‹ Études morales et politiquesChapitre 48 sur 58 · S lit is very prulific in hcr gcncrating qualities · texte numérisé non relu

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la guerre a épuisé les deux partis et les force enfin aux accommodements qu’ils auraient dû accepter le premier jour. Il en fut ainsi du mouvement de 1831. Tandis que les abolitionistes répandaient leurs associations dans les États , les comtés et les villes , qu’ils multipliaient les journaux et les pétitions, qu’ils envoyaient partout des missionnaires pour prêcher la croisade; l’émeute, poussée ou tolérée parle-parti contraire, outrageait les orateurs, et arrêtait les malles-poste pour en arracher des pamphlets incendiaires qu’on brûlait publiquement. Dans le Sud , on mettait à prix la tête des avocats de la liberté; les Chambres demandaient qu’on arrêtât ceux qui, dans le Nord, se faisaient remarquer par leur zèle pour l’émancipation; le président des États-Unis appelait l’attention du Congrès sur cette agitation, et lui recommandait de prohiber, sous des peines sévères, la circulation des pamphlets abolition nistes dans le Sud. Les-maîtres d’esclaves trouvaient du reste des amis zélés parmi les négociants et les armateurs de la Nouvelle-Angleterre. Entre le Sud, qui est un pays de production brute, et des États qui vivent de transport et d’industrie, les intérêts sont trop mêlés pour que le contre-coup de la Géorgie ne se fît pas sentir dans le Massachusetts ; aussi à New-York comme à Boston ne manquait-il pas de personnages considérables dans l’État ou dans les affaires qui, fatigués d’une lutte incessante, demandaient vers 1834 qu’on mit fin à tout le bruit que faisaient les abolitionistes. C’est à ce moment, et quand la popularité abandonnait une bonne cause un peu compromise, que parut Channing.

Channing, dont j’ai ailleurs esquissé la vie 1 , avait un grand avantage sur la plupart des abolitionistes; ses convictions étaient aussi ardentes, mais il n’avait pas les mêmes passions; il parlait de l’esclavage en connaissance de cause, et sans préjugés. Chrétien sincère, ce qu’il voyait dans le nègre, c’était une âme immortelle, destinée à posséder la vérité et à s’élever jusqu’à Dieu ; pour lui, l’esclavage qui tient l’homme dans l’abrutissement était donc le plus grand des crimes; mais en même temps il savait par expérience que rien n’est plus dangereux que de juger les hommes et les choses d’un point de vue exclusif. Au lieu de s’abandonner à un courroux qui semblait légitime, il défendait la cause des maîtres dans son propre cœur, et ne se décida à écrire que lorsqu’une longue patience lui eut permis de faire la part de la justice dans l’injustice même. Si Channiug est sans pitié pour l’esclavage, il excuse souvent le maître; il sait combien l’habitude nous rend insensibles à des maux que voient des yeux moins prévenus, dt comment l’éducation donne cette dangereuse sécurité qui nous fait prendre pour un droit ce qui n’est qu’une usurpation.

Les idées que Channing s’était faites de l’esclavage après l’avoir étudié sur place, je les trouve exprimées avec autant de sagesse que de sensibilité dans une lettre qu’il écrivait en 1831, avant l’agitation, lettre datée d’une des Antilles, Sainte-Croix, où Channing avait été chercher un peu de repos et un climat plus doux pour sa poitrine épuisée :

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