I . Dans la Liberté religieuse. (Üibliollièque-CharpenÜcr
« Sainte-Croix, 10 mars 1831 *. Je suis de plus en plus convaincu que les grands maux de l’esclavage sont de nature morale. 11 y a sans doute de cruelles souffrances physiques, mais elles se ramènent presque toutes à des causes morales. Je crois que les ennemis de l’esclavage ont exagéré la peine physique infligée par le maître; il en est résulté que le maître, ayant la conscience d’être traité injustement, repousse avec colère l’intervention du philanthrope, et soutient que les nègres sont dans une meilleure condition que les paysans de la plupart des pays. Il y a si peu de sagesse et de justice dans les institutions sociales, que le maître n’a que trop raison.
« Les esclaves ont de la nourriture en quantité suffisante, et elle leur est fournie avec une parfaite régularité ; ainsi les premiers besoins de la vie sont satisfaits. Ils ont l’habitude de vendre une partie de ce qu’on leur donne pour vivre, et portent aussi au mar-» ché des fruits et de la volaille, si bien qu’ils peuvent se procurer les jouissances qu’ils estiment le plus, du tabac, du sel, de la viande et surtout des habits. Leur apparence prouve qu’ils ne souffrent point de manque de nourriture. Vous ne voyez jamais chez les femmes cet air de misère et de fatigue, si commun en Suisse et en Allemagne. Quant au vêtement, la seconde nécessité de la vie, le climat ne demande pas de grandes dépenses, et les esclaves souffrent moins que les journaliers dos climats froids. A Noël et au jour de l’an, qui sont des espèces de saturnales pour les esclaves, on les voit entrer dans la maison de leur maître, chanter et danser aussi familièrement que chez eux, et se parer, surtout les femmes, d’habits non-seulement à la mode, mais coûteux. Quant au logement, il n’y a pas de comparaison entre la case des esclaves et la hutte où vit le paysan irlandais. Il ne leur manque que la propreté pour être logés aussi bien qu’ils peuvent le désirer.
« En ce qui touche le labeur, ils ne travaillent jamais autant qua. nos ouvriers et nos journaliers qui font deux fois plus de besogne en un jour.
« Et cependant les esclaves sont surchargés comme les ouvriers do tout pays. Ce qui fait la dureté de leur condition, c’est qu’il n’y a pas d’intermittence dans le labeur. Ici, l’été est perpétuel,