‹ Études morales et politiquesChapitre 8 sur 58 · Pensées, éd. Havel, page · texte numérisé non relu

Pensées, éd. Havel, page

DE LA PERSONNALITÉ DIVINE. Ci

Les anciens étaient meilleurs logiciens que nous, même dans leurs erreurs. Épicure livrait le monde au hasard ; il avait raison, c’était le seul moyen de sauver son système. Les idées de loi et de cause, étant tirées de nous-mêmes, sont tout imprégnées d’intelligence et de personnalité. Il est impossible d’y ramener les phénomènes sans qu’aussitôt l’univers m’apparaisse à nos yeux comme l’œuvre d’une raison et d’une volonté suprêmes. Nous ne comprenons pas une loi sans législateur, un ordre sans sagesse, une première cause qui ne sait pas ce qu’elle fait. C’est ce que Leibnitz a expliqué avec un sens admirable dans une de ses lettres à Pellisson 1 2 :

■ L’etTel ne s’entend jamais bien que par sa cause. C’est pourquoi on a grand tort de vouloir expliquer les premiers principes de la nature sans vouloir y faire entrer Noüv, la sagesse divine'. Il est vrai qu’on peut expliquer les particularités de la nature sansavoir recours à la cause première et souveraine, par les seules lois de nature ou de mécanique bien établies. Mais on ne saurait rendre la dernière raison de ces lois que par un recours à la se-, gesse du législateur. »

« Dieu, dit-il dans une autre lettre 1 , est la dernière raison de l’univers, ullima ratio rerum.

On dirait que Leibnitz a prévu les erreurs modernes. Les sciences naturelles, qui ne s’occupent que des corps et de leurs propriétés, n’ont pas besoin de métaphysique pour diriger leurs expériences; elles nomment lois, dans un sens peu philosophique, soit la simple

1 . OEuvres de Leibnitz, publiées par M. Foucher de Cartil, tome I, page 239.

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