Plut., Caton
90 i£ pfinjosoniE cifisôiœ a boxe
Da reste, quand on a la les comédies de Plante et de Térence, qn*on sait à quoi les j^ines gens à Rome passaient leur temps, quand on les a tus dans leur monde de parasites et de courtisanes, on comprend que les pères, sans P'Ourtant partager renthousiasme de la jeunesse pour les étrangers, aient encouragé ce goût nouveau pour la philosophie, qui de tous les goûts était le plus innocent et, ce qui ne déplaisait pas à des Romains, le moins dispendieux*
Durant un assez long séjour à Rome, en attendant l'arrêt du sénat, les ambassadeurs, de plus en plus sollicités à parler en public, ouvrirent des cours ou plutôt, comme nous dirions, des conférences, et discoururent séparément dans les lieux les plus fréquentés, devant un nombreux auditoire. S*ils exposèrent chacun, ce qu^on peut supposer, quelques points de leurs doctrines respectives, les leçons du péripatéticien Ciitolaûs, le disciple dWnstote, durent bien souvent passer Tesprit des Romains. Aussi est-il des trois philosophes celui qui parait avoir eu le moins do succès et qui est le plus resté dans l'ombre. Dans le cas où Diogèoe le stoïcien aurait enseigné que le bien est dans la vertu, le mal dans le vice, que la douleur ne doit pas troubler la sérénité du sage, il eût été compris, parce que de pareils principes sont assez conformes au caractère romain ; il y a comme un stoïcisme naturel à Rome, bien avant les pbilo-
lE PHILOSOPHE CARNÉADE A ROME 91
sophes; les Fabricius, les Régulus, sont d'avance les beaux exemplaires de l'idéal sloïque, si bien que Hegel a pu dire : « Dans le monde romain, le stoïcisme s'est trouvé dans sa maison. t> Quant à Carnéade, il éblouit par sa prestigieuse dialectique qu'on ne put oublier; car Lucilius, longtemps après, dans une de ses satires, mettant en scène Neptune qui discute avec les dieux sur une question difficile, lui fait dire plaisamment « qu'on ne pourrait en venir à bout quand même Carnéade sortirait des enfers pour la résoudre *. » Pçut être les doctrines frappèrent moins les Romains que l'éloquence diverse de ces orateurs qui parlaient 'chacun le langage de sa secte. Polybe, qui a pu les entendre, rapporte qu'ils se firent admirer chacun dans un genre diiïérent, et Aulu-Gelle, plus précis, nous apprend que la manière de Diogène était simple et sévère, celle de Critolaûs élégante et fine, celle de Carnéade fougueuse et entraînante. Il ajoute, en grammairien préoccupé de rhétorique, que les trois orateurs représçntaient le genre simple, le genre tempéré et le genre sublime, c'est-à-dire les trois aspects de l'éloquence *. Ainsi, par la plus heureuse conjoncture, il était donné aux Romains d'admirer toutes les savaulos merveilles de l'art oratoire et de goûter