Ibid,, V
vaient tirer eux-mêmes, est celle-ci : Si vous, Romains, vous avez patriotiquement pillé le monde, pourquoi seriez-vous sévères pour nous, Athéniens chétlfs, qui n'avons pillé qu'une bicoque? Ce qui nous fiait croire que telle a été l'intention secrète de l'orateur, c'est que nous trouvons dans un fragment de Cicéron cette anecdote citée par Carnéade : « Un jour Alexandre demandait à un corsaire quel mauvais génie le poussait à infester les mers avec un seul brigantin. — Le même mauvais génie, répondit-il, qui te fait dévaster l'univers; parce que je n'ai qu'un frêle navire, on m'appelle pirate, et parce que tu as une grande flotte, on te nomme conquérant *. » Alexandre ici, c'est Rome, le pirate c'est Athènes. Nous sommes même tenté de croire que tout le discours sur la justice n'a été entrepris que dans ce dessein et pour incliner les esprits à l'indulgence. Sans doute le scepticisme de Carnéade sur ce point, comme sur tous les autres, était sin* côrc, puisqu'il l'a défendu toute sa vie; mais^ d'autre part, il faut bien reconnaître que jamais ce scep* ticisme n'a été plus opportun et d'un plus utile emploi. M. Mommsen juge tout le discours avec une extrême sévérité et le blâme surtout pour avoir été impcilinent envers les Romains; il nous semble