De ltcpiibl.,U\, 9; saint Augustin, Cité de.Dieu, IV, i
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pourtant que l'illustre savant montre ici un excès de délicatesse et que Timpertinence est plus excusable envers un vainqueur qu'envers un vaincu.
Celte grande scène oratoire, si imposante par le sujet traité, si piqusCnte par l'éloquence inconnue de l'orateur et par son audace, devait encore une partie de son éclat à. la majesté de l'auditoire. A ce discours assistait tout ce que Rome renfermait alors de plus distingué par le nom, le talent, la vertu, l'autorité. C'étaient Scipion Éinilien, le futur destructour de Carthage et de Numance, son ami Lélius surnommé le Sage, le lettré élégant Furius Philus, le futur jurisconsulte Scévola, le savant Sulpicius Gallus, qui avait prédit une éclipse de lune avant la bataille de Pydna, Galba, le plus grand orateur du temps, enfm le vieux et terrible Caton. Jamais leçon de philosophie ne fut faite devant une assemblée plus redoutable et, à ce qu'il semble, plus incommode. Mais il ne faut pas croire que cette leçon ait, comme on a dit, causé du scandale. Tous ces politiques tenaient fort peu à la justice absolue, ignoraient peut-être ce qu'elle est, et n'étaient pas tentés d'en prendre la défense* Leur justice à eux, c'était la
justice de Rome, la vraie morale > la morale romaine.
Quand Carnéade, par exemple, essayait de leur prouver que la diversité des mœurs et des institutions chez les différents peuples est contraire à l'existence d'un droit naturel, les Romains étaient tout prêts à reconnaître cette diversité qu ils avaient d'ailleurs observée eux-mêmes dans leurs courses à travers le monde, et, bien loin d'être choqués de cette affirmation qui leur paraissait irréfutable, ils en étaient plutôt flattés et en tiraient seulement cette fière conséquence que les mœurs et les instir tutions de leur propre cité étaient de toutes les meilleures.
Il est d'ailleurs à remarquer que dans tous les temps, aux yeux des hommes politiques, la justice absolue est plutôt un embarras qu'un secours, car c'est en son nom, au nom de ses principes, qu'on demande dans l'Etat des changements, que se font les revendications téméraires et que se préparent les révolutions. Si l'on eût proposé à ces glorieux auditeurs, à ces âmes civiques, de choisir entre la sagesse et la justice, elles n'eussent pas hésité à se ranger du côté de la sagesse, c'est à-dire de la politique, comme le prouvent d'ailleurs leurs hauts faits. Est-ce pour la justice que Scipion Émilien anéantira les villes rivales de Rome, que Lélius, président futur des cora-
missions répressives, poursuivra avec une sévérité atroce les amis et partisans des Gracques, que Furius Philus, consul, rompra sans pudeur le traité Qonclu avec les Numantins, que Galba massacrera trente mille Lusitaniens désarmés, que Caton demandera avec tant de constance Tentière destruction de Carthage? C'était non la justice, mais la sagesse romaine, l'intérêt de TEtat, qui leur dictait ces terribles et iniques exécutions. On répète partout que Caton, en entendant le discours du philosophe, fut indigné contre sa doctrine. Non, Plutarque dit formellement « qu'il n'en voulait pas à Caméade ». La doctrine n'était pas ce qui l'irritait, car de tous les philosophes grecs celui que le vieux censeur parait avoir le plus détesté c'est Socrate, qui est précisément l'auteur de la théorie sur la justice absolue. Caton l'appelait c un bavard et un séditieux qui pervei*tissait les mœurs de son pays en tirant ses concitoyens en opinions contraires à leurs lois et coutumes anciennes ». Caton, on le voit, exécrait les novateurs par cela qu'ils étaient novateurs, sans même examiner si les innovations étaient justes ou non. Dans la circonstarjce présente, le vigilant gardien des institutions romaines voyait avec impatience; le goût nouveau de la jeunesse pour une éJoqucn^;^; oisive, pour de séduisantes discussions^ qui [>e>u valent la détourna des travaux rnilitaires. c II craignait,
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dit Plutarque, que les jeunes gens ne tournassent entièrement là. leur affection et leur étude et ne quittassent la gloire des armes et de bien taire pour riionneur de savoir et de bien dire. » Il méprisait les orateurs qui n'étaient point hommes d'action, qui vieillissaient dans les écoles et n'étaient bons, disaitil, « qu'à plaider des causes en l'autre monde devant Minos. » Ce qui l'animait encore, c'était la haine de l'étranger, lui qui disait à son fils en grossissant sa voix plus que la vieillesse ne le lui permettait : « Toutes et quant es fois que les Romains s'adonneront aux lettres grecques, ils perdront et gâteront tout. » En un mot, Caton — l'homme pratique par excellence — était l'ennemi des théories et de ceux que, depuis, d'autres politiques ont appelés les idéologues, et, de plus, en vrai Romain, repoussait les importations étrangères. C'est pourquoi, après le discours et l'inquiétant succès de Carnéade, il courut au sénat et proposa de son ton acerbe et chagrin, non pas d'expulser, comme on a dit, mais d'éconduire sous quelque honnête prétexte les dangereux étrangers : « Pourquoi retenir si longtemps ces ambassadeurs? Ce sont des gens capables de nous persuader tout ce qu'ils veulent. Dépêchez donc leur affaire, renvoyez-les en leurs écoles disputer avec les enfants des Grecs, et qu'ils laissent ceux des Romains apprendre à
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obéir à nos lois, à nos magistrats, comme aupara* vant *. » Le sénat hâta Taflaire d'Orope; l'amende ftit modérée, et les Athéniens condamnés à cent talents au lieu de cinq cents. Tout fut pour le mieux : Athènes gagna quatre cents talents et Rome apprit à penser.
Si Caton eut tort de mépriser les lettres et la philosophie, il avait bien raison de railler dans son discours au sénat les « enfants des Grecs, » dont les occupations étaient en effet assez ridicules, depuis qu'ils avaient été condamnés aux loisirs forcés de la servitude. Sous la domination macédonienne ou romaine, ne pouvant plus agir, ils se dédommageaient en parlant. Le scepticisme de la nouvelle académie, par cela qu'il n'affirmait rien, permettait de disputer sur tout. Un contemporain, un Grec, Polybe, nous a laissé un spirituel tableau où il nous fait assister à cette folie savante et bavarde qui s'était emparée des maîtres et des élèves. « Quelques-uns de ces philosophes, pour embarrasser leurs adversaires, dans les questions les plus claires aussi bien que dans les plus obscures, usent de telles subtilités, savent vous troubler l'esprit par de si trompeuses vraisemblances qu'on en est à se demander s'il ne serait pas possible de sentir à Athènes Todeur des