‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 40 sur 71 · Plutarque, Caion · texte numérisé non relu

Plutarque, Caion

œufs cuits à Ëphèse, et si, dans le moment même où l'on se livre dans l'âcadémie à ces disputes, on n'est pas tranquillement chez soi discourant sur autre chose... En proie à cette manie, les jeunes gens laissent là les questions de morale et de politique, qui seules ont de Futilité en philosophie, pour chercher leur gloire dans un vide et paradoxal partage ^ » Il eût été fâcheux en effet que celte espèce de maladie mentale pénétrât dans Rome, mais il n était pas à craindre que la jeunesse romaine s'éprit de ces inutiles exercices. Son esprit était d'ailleurs trop peu souple et trop lourd pour se plaire à ces agilités et à ces tours de la sophistique. A l'opposé des jeunes Grecs dépeints par Polybe, les jeunes Romains devaient ne chercher dans la philosophie que l'utilité pratique, c'est-à-dire précisément la politique et la morale. Sans doute le scepticisme de Carnéade ne leur apportait point la vérité ; mais, par l'incertitude piquante où il les laissait, il les incitait à la chercher. Au premier abord, on est tenté de dire qu'une doctrine sceptique, le dernier fruit d'une civilisation fatiguée , désabusée et sénile , n'était pas faite pour un peuple jeune encore et à ses débuts ; mais bientôt on reconnaît qu'il fallait d'abord à Rome mettre les esprits en branle, les

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