‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 41 sur 71 · Polybe, XII, 26, c · texte numérisé non relu

Polybe, XII, 26, c

agiter, les troubler même, montrer qu'il y a des problèmes et par l'éloquence produire un certain entraînement vers la philosophie. Pour des esprits pesants et inertes, il n'y a de coups qui portent que ceux qui renversent. L'étonnement est la première des forces persuasives, et de tout temps une certaine inquiétude a été l'origine de la philosophie. Qu'on estime peu en lui-même le scepticisme de Carnéade, nous le comprenons, mais qu'on reconnaisse du moins qu'il avait plus que toute autre doctrine le pouvoir d'éveiller les intelligences. Carnéade faisait à Rome ce qu'il avait déjà fait en Grèce, au témoignage de Gicéron : « Il donnait aux hommes le désir de chercher le vrai, excitahat.,, ad veri investigandi cupiditatem *. Maintenant à Rome on a soif de lumière; on avait vu briller le soleil. Des écoles vont s'ouvrir non seulement de philosophes grecs, mais de rhéteurs latins. La vieille discipline catonienne cherchera quelque temps à se défendre et provoquera encore des mesures de rigueur. Il y aura un sénatus-consulte contre les maîtres latins, comme il y en eut cinq ans auparavant contre les maîtres grecs; mais les lois seront impuissantes contre les idées nouvelles. Le sénat, en train de dompter le monde, s'étonnera de ne rien pouvoir

!. Denat. deor,, I, 2,

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sur les esprits. On venait de vaincre Annibal, on ne vaincra pas Carnôade *.

Ce grand événement, si important par ses résultats , puisqu'il initia les Romains à la philosophie, mérite d'autant plus d'être raconté en détail que les écrivains, modernes en ont toujours parlé avec une dédaigneuse brièveté ou une sévérité injurieuse. Presque partout en des livres d'histoire ou de philosophie on Ut des jugements tels que ceux-ci : Carnéade est un écolâtre grec, un rhéteur, un sophiste; on flétrit le scandale de sa doctrine, son excès d'impudence , son scepticisme puéril ; on parle de son expulsion méritée. De pareils jugements nous paraissent fort légers et peu conformes aux sentiments éprouvés par les Romains du temps. On méconnaît entièrement la noblesse de la scène : noble a été la controverse profonde de Caj*néade,

i. Il importe ici de remarquer que Carocade par un heureax hasard est venu à Rome en un temps où la république n'avait pas de grande guerre à soutenir. Entre la batuille de Pydna en 167 et la troisième guerre punique en 149, il y eut près de vingt années de pais. Les leçons de Oirnéade en 156 surfjrirent donc les Romains au milieu de leur loisir, si favorable aux plaisirs de Tesprit; elles durent être d'autautplus goùlccs et d'autant moins oubliées.

noble le ravissement des auditeurs, noble aussi ^impatience civique de Caton. Il n'y eut ni scandale ni expulsion, mais des hommages rendus, des hommages si éclatants qu'ils finirent par imiuicter le vieux censeur et lui firent chercher un prétexte, honorable encore, pour ramener chez eux ces trop séduisants étrangers. Pourquoi serions-nous plus sévères que les Romains, qui parlent toujours de Carnéade avec admiration et respect? Aux yeux de Lactance, c'est « un homme du plus grand génie » ; Valère Maxime le regarde comme « le laborieux et infatigable soldat de la philosophie »; Pline l'Ancien appelle la députation athénienne « cette imposante ambassade des trois princes de la sagesse ». Parmi les modernes, le seul peut-être qui se soit montré équitable, c'est RoUin, qui estime que l'éloquence de Carnéade était « solide et ornée » ; il va jusqu'à dire que « la prévention de Caton était mal fondée, comme si l'étude de la philosophie et de l'éloquence était opposée à l'obéissance qu'on doit aux lois et aux magistrats, d C'est assurément une des curiosités de notre sujet de voir que, à propos des prétendus périls que la philosophie fait courir à la vertu, l'écrivain qui a montré le plus libre esprit est le pieux Rollin *.

• \. Uist.anc, l.\\\y, ch. 3.

On a été plus loin, et en ceitains livres savants on a déploré la venue de Carnéade à Ronoe comme le commencement et la cause de la corruption romaine : Maintenant tout est perdu, s*est-on écrié; vienne un Sylla, un César, ils trouveront les Romains façonnés à la servitude I En un mot, on attribue à la philosophie la chute des mœurs et de la république. Déjà Montesquieu en avait rendu responsable Épicure; d'autres, après lui, ont imputé cette corruption à diverses doctrines et à Fezercice même de la libre pensée. Sans doute, une fois la digue rompue par Carnéade, 1-invasion subite des idées grecques ne fut pas en tout heureuse. Ces sortes d'inondations morales ne vont pas sans dommage. Si dans la suite elles fécondent les esprits, elles commencent par les bouleverser. Rome a dû être particulièrement déconcertée, puisque, par une singulière rencontre, sa simplicité ignorante fut tout d'abord en proie aux raffinements de la Grèce dégéi]érée. Il se trouva que la jeune Rome, au moment où elle désira s'instruire, reçut une sagesse usée et doutant d'elle-même. Ce n'était pas en tout pour un peuple neuf encore la meilleure des écoles. Aussi n'est-il pas étonnant que les vieux Romains, à leur tête Caton le censeur, aient repoussé comme un péril public ces idées étrangères, et que par leurs ures bons mots méprisants ou des mesde rigueur ils

aient résisté à cette science suspecte. Leur erreur seulement a été de croire que Tignorance était une vertu patriotique, que cette ignorance pourrait durer toujours, qu'un peuple maître du monde, chargé de ses dépouilles, voudrait rester pauvre et simple et ne céderait pas à l'attrait des loisirs, des arts et de la science. Ces vieux Romains opiniâtres, mais à courte vue, travaillaient, sans le savoir, à établir ce qu'ils redoutaient le plus. C'étaient eux qui conseillaient sans cesse de nouvelles conquêtes, qui demandaient la ruine de Carthage ; c'étaient eux, Caton surtout, qui dépouillaient le plus consciencieusement les provinces au profit de Rome; c'étaient eux enfin qui, dans leur civique avidité, contribuaient le plus à détruire cette pauvreté qu'ils déclaraient, par une visible contradiction^ la gardienne des mœurs.

Les écrivains politiques de Rome, qui pouvaient juger sur place les effets et les causes, n'accusent pas la philosophie et attribuent tout le mal à la soif des richesses que la conquête excita chez les plus humbles comme chez les grands. Tel est le sentiment de Salluste dans ses mélancoliques réflexions sur la conjuration de Catilina! Ces causes étaient si manifestes qu'elles furent sans cesse remises en lumière et finirent par être célébrées par les poètes,' interprètes de l'opinion publique. On connaît les

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beaux vers de Lucain « sur la pauvreté, mère des héros, » ceux de Junéval « sur l'opulence qui venge l'univers vaincu ». Poètes et moralistes sont d'accord pour reconnaître que l'Etat déclina quand il n'eut plus à se défendre, pour déclarer que les citoyens furent corrompus d'abord par la victoire et la richesse, puis corrompus par les profusions insensées ou criminelles que la richesse permettait, enfin plus corrompus encore par la ruine qu'amenaient ces profusions, et que tout fut perdu quand il s'éleva une génération de gens qui, selon l'énergique et concise expression de Salluste, c ne pouvaient avoir de patrimoine, ni soulfrir que les autres en eussent ^ » Le peuple était en proie aux mêmes convoitises que les nobles, car c'est une erreur de croire que la foule fut peu à peu dépravée par les classes élevées, les seules alors accessibles à un enseignement philosophique. La contagion fut subite, générale, et courut dans tous les rangs, avec cette seule différence que les uns pouvaient satisfaire de monstrueuses fantaisies, et que les autres se contentaient de les rêver.

Il en est de ces reproches adressés aujourd'hui à la philosophie comme de ceux qu'à Rome on faisait aux beaux-arts. Bien des Romains amoureux d'igno-

1. Qui neque ipsi habere possent res familiares, ncqae ollos pati. {Fragm.)

rance, ennemis de tout ce qui était étranger, condamnant tous les luxes, surtout celui de l'esprit, invectivaient contre les nouveaux amateurs de tableaux et de statues, et les regardaient comme des gens pervertis. Ils trouvaient tout naturel qu'on eût enlevé aux peuples vaincus leurs chefs-d'œuvre pour en orner les places et les temples de Rome ; mais ils ne voulaient pas qu'on y attachât les yeux et le cœur. Bizarre et naïf reproche I Puisque Rome, par droit de conquête, avait rassemblé dans ses murs les merveilles de l'art, que pouvaient faire de mieux les citoyens que d'apprendre à les admirer? C'est une honteuse folie, disait-on, que de donner quelques millions de sesterces pour une toile ou un marbre. Mais, puisque les gigantesques fortunes romaines permettaient de si coûteux caprices, et que rien n'était plus ordinaire que les profusions insensées, n'était-il pas plus honorable d'enlever à l'enchère un Zeuxis ou un Praxitèle que d'acheter au même prix, comme il arriva quelquefois, un surmulet pour la table ou quelque oiseau rare? Ces invectives contre l'influence pernicieuse des arts nous paraissent aujourd'hui outrées , mais elles avaient cours et se rencontrent chez de grands écrivains. En tout temps et en tout pays, les sociétés qui se sentent malades cherchent en aveugles la cause de leur mal ; elles le voient où il n'est pas et

ne le voient point où il est. Dans les temps antiques, à Rome du moins, c'étaient les arts qui semblaient être les coupables ; dans les temps modernes, c'est le plus ordinairement la philosophie.

On accuse encore la philosophie et, en général, la culture littéraire d'avoir donné aux Romains le goût d'une instruction autre que celle des camps et d'avoir affaibli leur esprit militaire. Qu'un tel regret soit sorti de la bouche de quelque vieux quirite uniquement jaloux de conserver à sa patrie ses fortes et égoïstes vertus, on le comprend, mais sous la plume des modernes ces doléances sont faites pour surprendre. La domination romaine n'a-t-elle pas été assez universelle et accablante? Peut-on souhaiter que le monde eût été conquis par un peuple resté farouche et ignorant? Peut-on se figurer seulement que la Grèce et l'Asie soient gouvernées par les héros des anciens jours, par les Curius et les Fabricius? Le joug n'eût-il pas été encore plus pesant sous des mains intègres sans doute, mais rustiques? Qui sait si Fabricius n'eût pas fait en Grèce ce qu'il propose de faire dans la célèbre prosopopée de Rousseau : « Romains, brisez ces marbres, brûlez ces tableaux... le seul talent digne de Rome est celui de conquérir le monde. » Il est plus heureux que les armées romaines dans les pays des lettres et des arts aient été commandées par les Scipions

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et leurs pareils qui goûtaient le génie délicat des vaincus. C'est peut-être grâce à cette culture de Rome que les monuments des arts et des lettres n'ont pas péri. Que seraient-ils devenus si le grossier conquérant ne s'était pas laissé conquérir par les charmes savants de la nation conquise? A nos yeux, Rome n'a eu des droits sur le monde que pour s'être laissé instruire et pour avoir pu dès lora porter à d'autres peuples une civilisation supérieure. C'est pourquoi, en lisant l'histoire, nous fai- i sons des vœux pour le succès de ses armées, vœux I qui seraient déraisonnables et impies si ces armées n'avaient pas amené à leur suite une administration intelligente, une justice éclairée et des lois épurées par la raison des sages et rendues sans cesse plus justes par l'influence croissante de la philosophie.

Enfin la suprême accusation contre la philosophie romaine, c'est qu'elle a ébranlé la religion. C'est le grief qu'on fait surtout valoir dans les livres qui se piquent le plus d'être chrétiens. Pourquoi donc prendre tant à cœur les intérêts de l'Olympe? Ne devrait-on pas savoir gré aux philosophes d'avoir signalé les hontes et les inepties du culte païen? Sans doute la religion romaine n'était pas en tout corruptrice; elle prétendait être la gardienne des mœurs et souvent le fut en effet. Le Grec Polybe en a fait la remarque, et il est le plus autoi'isc des té-

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moins. Par une sorte d'arrangement difficile à démêler entre la terre qui voulait être morale et le ciel qui ne Tétait pas, arrangement qui était le résultat du temps et de successifs ajustements qui se firent d'eux-mêmes, on concilia plus ou moins une religion sans raison et sans vertu avec la vertu et la raison. Jupiter, ce don Juan céleste, ne laissa pas d'être le protecteur de la foi conjugale; les hommages rendus à des divinités impudiques n'empêchaient pas de consacrer et même d'immoler des vestales à la pudeur. Ce n'était pas la religion qui était morale, c'étaient les hommes qui la contraignaient à l'être. Ainsi que l'a dit un chrétien du lyo siècle, Théodoret, « les païens avaient une morale, le paganisme n'en avait pas. d On ne doit donc pas condamner les philosophes pour avoir repoussé de ridicules légendes indignes de la divinité et de riioinnie et préparé la voie à des doctrines religieuses plus pures. En cela, les sages païens ont rendu un imniLMiso service aux premiers chrétiens , qui du n\slii s'en sont montrés fort reconnaissants et qui ont siuivoiit déclaré que Dieu avait suscité les philt)S()plu's i)our ouvrir le chemin à la foi chrétienne* Uui^ siérait en elTet devenue la doctrine nouvelle, si cllt^ n'avait rencontré que des esprits aveuglément rotrancht^s dans leur foi antique comme dans une furlcresse non encore attaquée? Pour tout dire en

un mot, peut- on se figurer saint Paul venant prêcher à Rome au temps de Gaton le Censeur? Au reste, il règne un trouble assez étrange dans les jugements que certains modernes portent sur la philosophie aux prises avec le paganisme. Par une singulière contradiction^ on y maltraite à la fois les personnages qui ont de la piété païenne et ceux qui n'en ont point. Si, par exemple, un général romain observe consciencieusement les rites, s'il immole des victimes, s*il croit aux présages et en tient compte, on blâme sa crédulité ; si des historiens tels que Tite-Live ou Tacite racontent des prodiges et se montrent bons païens, on accuse sur ce point leur petit esprit ou leur lâche complaisance; quand^ au contraire, d'autres personnages négligent les cérémonies; se mettent au-dessus des préjugés reli« gieux, on prononce des paroles déplaisantes et se* vères sur leur incrédulité ; quand un Cicéron ou un Lucrèce déclarent leur mépris pour les dieux du paganisme, on condamne leur audace. Il nous semble pourtant, en bonne logique, que si les pre« miers ont tort, les seconds ont raison, et qu'il n'est pas permis de condamner les uns et les autres.

L'inévitable corruption romaine eût été bien plus hideuse si les arts et la philosophie n'avaient adouci les caractères et si les vieilles vertus n'avaient été remolacécs du moins par des goûts délicats et dc«

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bienséances nouvelles. Sans une haute culture, qu'auraient donc été les riches LucuUus, sinon des Apicius? Même l'esprit guerrier ne parait pas avoir souffert, puisque jamais la puissance de Rome ne fut plus irrésistible. Il est à remarquer qu'au temps dont nous parlons, un peu avant la venue des philosophes, la discipline militaire était affaiblie, que tous les généraux étaient sans cesse battus et que le sénat, pour rappeler la victoire, se vit obligé de donner le commandement, avant l'âge, à un jeune homme qui était précisément l'auditeur de Carnéade, l'intime ami du stoïcien Panclius, à Scipion Émilien. Quant à la religion, elle était déjà fort en péril, et il était opportun qu'à sa mourante influence se substituât celle des doctrines qui peutêtre n'ont rien corrigé, mais du moins ont tout ennobli. Aux écrivains qui prétendent que la philosophie a précipité la chute des institutions, il est facile de répondre par les faits qu^elles ont été défendues par ceux qui étaient philosophes et attaquées par ceux qui ne Tétaient pas. Ici, notre sujet nous invite à recourir un moment à la célèbre balance où Carnéade avait coutume de peser les vraisemblances et qui peut servir aussi à peser les mérites de ceux qui ont détruit la répubUque et de ceux qui ont tenté de la sauver. D'un côté, on trouve Marins, Sylla, Catilina, Pompée, César, Antoine, Octave, auxquels on

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ne reprochera pas de s'être beaucoup occapés de philosophie; de l'autre, racadémicien Brutus, Tépi* curien Cassius, le nouvel académiden Cicéron, le stoïcien Caton d'Utique. CecLx qu*on a justement appelés les derniers des Romains sont des hommes de doctrine; au moment suprême, dans les champs de Philippes, c'est la philosophie qui tient le dra^ peau de la liberté. Cest elle encore qui, sous le des* potisme des premiers Césars, résiste seule, proteste, défend la dignité humaine et s'honore par de beaux trépas, ou bien console les victimes impériales, et, quand elle désespère d'apprendre aux hommes à bien vivre, leur enseigne encore à bien mourir. Plus tard, lorsqu'il est donné au monde de respirer c'est sous l'autorité clémente du philosophe Marc-Aurèle; enfin, au iv« siècle, après les fils de Constantin, quand le pouvoir de plus en plus avili n'a pu reprendre quelque grandeur, même entre des mains chrétien* nés, Tempereur philosophe Julien fera reparaître sur la scène des vertus antiques dont Fétranget^ un peu théâtrale ne doit pas faire méconnaître la beauté. Il ne faut donc pas maudire la philosophie romaine, ni se plaindre de sa naissance. Puisqu'elle a été l'honneur de Rome, qu'elle a soutenu les esprits, les mœurs et surtout les courages^ que les ouvrages qu'elle a produits sont encore parmi les plu.^ a/Jrni' rés de nos jours et servent encore à Tédacation

morale de nos enfants, il ne doit déplaire à personne que les barrières' qui s'opposaient à sa venue aient été renversées, et que Carnéade ait donné par son éloquence un puissant coup de bélier au plus épais de l'ignorance romaine.

On a fait quelquefois Thistoire de la médecine depuis les temps les plus reculés; pourquoi ne ferait-on pas brièvement l'histoire de la science qui prétend offrir des secours à la douleur morale? L'entreprise semble avoir tenté Lucien, qui écrit en tète d'un de ses livres : « Il est curieux d^examiner ce qu'on dit aux hommes pour les consoler *. » Seulement le satirique se borne à railler avec une légèreté peu décente tout ce qui se dit et se fait dans les cérémonies funèbres. A nous, il semble que ce sujet doit être traité non sans gravité et même avec une particulière réserve. Pourquoi montrer à l'infortune par des raisonnements cruels que les soulagements dont elle se contente n'ont pas de valeur logique? Ne doit-on pas se faire scrupule d'ôter au mal-

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