‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 42 sur 71 · Le deuily ch · texte numérisé non relu

Le deuily ch

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heureux ses illusions, si elles sont innocentes? à le bien prendre, la consolation, quelle qu'elle soit, n'estelle pas bonne, si elle console ? Que l'on rie de la médecine qui applique sur un membre malade un remède inepte, rien de plus permis; mais, dans les maladies morales, les remèdes sont ce que le n)alade veut bien qu'ils soient, et il n'est jamais sot le remède qui soulage une âme endolorie. On doit donc, sans renoncer aux justes libertés de la critique, examiner avec quelque respect les moyens plus ou moins raisonnables et bienfaisants que les anciens ont imaginés pour calmer les chagrins et le désespoir.

Sans doute on peut sourire des naïvetés de Tignorance primitive. Les anciens Grecs, comme il arrive chez les peuples enfants et encore aujourd'hui chez certaines peuplades sauvages, essayaient sur les douleurs morales des remèdes purement physiques. Ainsi Homère vante le Népenthès, plante ou substance salutaire qui avait la vertu de calmer toutes les passions, les ressentiments aussi bien que les chagrins. La célèbre Hélène, qui avait beaucoup voyagé, trop voyagé, avait rapporté de la mystérieuse Egypte un suc merveilleux qui faisait tout oublier et dont on peut croire qu'elle versa quelques gouttes à son époux, puisque celui-ci semble n'avoiï plus souvenance de ce qui s'est passé et que nous retrouvons la belle fugitive, après dix ans d'absence,

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assise de nouveau dans le palais de Sparte, radieuse et honorée, aux côté§ de l'heureux Ménélas, Or un soir, à la table du festin, quand des hôtes héroïques se rappellent les parents et les amis qu'ils ont perdus à la guerre, et que les larmes coulent de tous les yeux, l'idée vient à Hélène, pour ranimer la joie, de jeter dans les coupes le Népenthès, dont le poète vante la vertu en ces termes hyperboliques : « Celui qui en boit ne versera pas une larme dans tout le jour; même si son père, si sa mère avaient expiré devant lui, même si un frère, un filsbien-aimés avaient été égorgés par un fer ennemi, sous ses yeux *. » Les savants ont beaucoup discuté sur la nature de cette substance; les uns ont cru y voir l'opium, d'autres le thé, qui serait venu de l'extrême Orient en Egypte. Le café même a eu ses partisans, car, au XVII® siècle, on attribuait à cette plante des vertus moralement calmantes, comme en témoigne l'exclamation de cette dame qui, apprenant la mort de son mari tué à la guerre, s'écria dans son désespoir, dans un désespoir prudent : « Quel malheur I vite qu'on m'apporte du café ! » Et elle fut consolée, ajoute le narrateur. Peut-être ne s'agit-il, dang V Odyssée, que de l'ivresse du vin, d'un vin aiguisé sans doute par quelque substance accessoire. Quoi qu'il en soit,

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