‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 50 sur 71 · Voir Sénèqne, De la Providence · texte numérisé non relu

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LES CONSOLATIONS DANS l'aNTIQUITÉ 487

jusqu'aux reproches. Singulier état de Tàme qu'on ne peut dépeindre qu'avec des mots qui semblent se contredire : La patience s'impatientait de ne pouvoir déployer toute la bonne grâce de sa vertu.

Cependant, il est naturel qu'avec le temps on ait peu à peu démêlé la faiblesse de ces raisons consolatoires et que la plupart aient de siècle en siècle perdu de leur crédit. Autrefois, leur nouveauté plus ou moins surprenante pouvait donner à l'esprit une salutaire secousse; mais, quand l'accoutumance les eut émoussées, elles glissèrent sur les âmes sans les pénétrer. On les connaissait trop pour s'en laisser charmer encore. Outre que les philosophes errants les avaient colportées avec un zèle qui n'était pas toujours discret, les rhéteurs, dans leurs traités didactiques, avaient compromis l'art de consoler en révélant ses artifices. Nous avons encore quelquesuns de ces traités où sont rangés par ordre les lieux communs auxquels un orateur peut recourir selon que le défunt est un enfant, un jeune homme, un vieillard, où l'on fournit même des moyens évasifis : si vous avez peu de chose à dire de la personne, étendez-vous sur la noblesse de sa famille ou sur les beautés de sa ville natale. Le rhéteur va jusqu'à enseigner au consolateur quel style convient à telle ou telle partie de son discours : ici soyez simple, là brillant, plus loin sublime; ici ne manquez pas de

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donner à vos regrets une Tivacité croissante. Toat cela €st si minutieusâment dassé, si bien rangé par paragraphes qu*un lecteor lettré savait d'avance exactement ce que le consolateur lui dirait un jour; le malheur venu, Taffligé aurait pu réciter au philosophe ce que celui-ci venait lui dire ^. L*art n'eut plus de pouvoir quand il fut devenu une routine prévue; la douleur fut défiante quand elle sut qu'il y avait des préceptes pour la tromper. En un mot, la vieille médecine morale ne guérissait plus, parce que ses remèdes étaient éventés. Aussi, sous Tempire, Pline le Jeune, plongé dans le deuil et demandant des secours à un ami, lui déclare qu'il ne veut pas de ces réflexions communes qui courent le monde, qu'il lui faut des raisons qu'il n*ait pas entendues ni lues dans un livre : « Donnez-moi de hautes pensées, des pensées nouvelles, nova aliqua sed magna K > Au moment où Pline exprimait sesdégoûtsen demandant des pensées nouvelles, son vœu, sans qu'il s'en doulât, était déjà rempli autour de lui par le christianisme naissant qui, sans répudier entièrement les idées an* tiques, sans renoncer aux usages de la rhétorique tra* ditionnelle, ranimait la veilu mourante des anciens

1. Verba nota. (Ovide, F/>w/. ex Fonto, IV, II, 18). Scio pertriliim esse. Sèuèque, lettre 6^1 . Je rougirais de te donner de cei leçons bonnes pour le vulgaire. (Julien, letlre 37).

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