Commentaire sur les Vers dCor, ch. XIX
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entretenir l'illusion de ceux qui n'étaient pas bien entrés dans la doctrine.
Le chapitre de Hiéroclès n'est pas le froid commentaire d'un érudit qui interprète un texte ancien, c'est l'édifiante explication d'une pratique encore usitée et vivante. On le voit au soin qu'il met à donner le sens moral de chaque mot, à exprimer toute la substance d'un précepte qui lui paraît entre tous salutaire et sacré ; on le voit aussi à son enthousiasme, qui se pare d'expressions poétiques. Il veut que l'examen de conscience « soit comme un cantique à Dieu avant notre coucher ». Il trouve des mots qui ne sont pas sans éloquence sur le repentir redonnant la santé, sur le bonheur d'une âme qui, se voyant conforme à la loi prescrite, « se couronne elle-même des fruits d'une joie divine. » On s'étonne de rencontrer dans le monde païen, à une si grande distance des sources de la doctrine, une si nette intelligence de la prescription pythagoricienne, une pareille ardeur à la propager, enfin cette délectation dans l'étude et la surveillance de soi-même. Ainsi au V* siècle, dans Técole platonicienne, on avait retrouvé le sens des vers si platement interprétés par Porphyre et Jamblique, et l'antique précepte, après bien des éclipses, reparut encore une fois dans tout l'éclat de sa raisonnable simplicité et de sa grâce morale.
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Le précepte de Pythagore, devenu à la longue stoïcien, puis platonicien, ne manqua pas d'être adopté par le christianisme primitif, qui recueillait volontiers et sans vain scrupule dans la sagesse antique les prescriptions Salutaires capables d'assurer la pureté de Tâme. On peut ici se demander si le christianisme n'a fait qu'emprunter le précepte ou s'il l'a transformé en l'adoptant. Au premier abord, il semble qu'il n'y ait aucune différence sur ce point entre la pratique des philosophes et celle des chrétiens, et pourtant les différences sont notables. Selon le christianisme, l'examen de conscience et l'aveu des fautes impliquent une prière pour demander à Dieu la vertu qu'on n'a pas ou qu'on n'a plus. Une pareille demande eût paru à la plupart des anciens tout à fait superflue, et la prescription eût été pour eux incompréhensible. Ils pouvaient bien dire çà et là vaguement que la vertu est divine, qu'elle est une inspiration; ils pouvaient comme Sénèque ou Juvénal, par mépris pour les basses prières courantes, engager les hommes à demander la sagesse plutôt que la richesse, ou bien, comme fait Hiéroclès dans un langage mystique, prier les dieux d'achever ce que nous avons commencé; mais, en général, les anciens, ne laissant aux dieux que le gouvernement du monde, tenaient à régner sur euxmêmes et à régner sans partage. Leurs biens, leurs
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corps étaient livrés au caprice de la divinité, mais leur âme n'était qu'à eux, et tout Teffort du stoïcisme consistait à s'appartenir. Sur ce point, leur langage est souvent des plus explicites. On connaît la prière d'Horace : « Demandons à Jupiter ce qu'il peut donner ou retirer, la vie, la richesse ; quant à la paix de l'âme, c'est affaire à moi de me la donner :
Det vitam, det opes, aequum mi animum ipse parabo ^. »
Cicéron fait dire à un de ses persorînages plus formellement encore : c Pour la vertu, personne n'a jamais cru la tenir d'un dieu, virtutem nemo unquam acceptam deo retulit. » Il ajoute : « Quel homme a jamais rendu grâces aux dieux de ce qu'il était homme de bien? On les remercie de ce qu'on a des richesses, des honneurs, de la santé; c'est pour en avoir que l'on invoque le très bon, le très grand Jupiter, mais on ne lui demande point la justice, la tempérance, la sagesse. Judicium hoe omnium mortalium est fortunam a Deo petendam^ a se ipso sumendam esse sapientiam *. » C'est aussi le sentiment qui anime Hiéroclès dans son commentaire philosophique des Vers d'or. Il dît et répète