LE XVIIP SIÈCLE ET LE PARTI DE L'AVENIR
t ton. Ce n'est plus cette harmonie , cette grâce lim-
ie, cette sérénité, ce moelleux abandon d'autrefois.
est une âpreté, unç amertume, une mélancolie pas-
Hinée , une rancune maladive. C'est de la poésie en-
re , mais c'est une poésie qui a la fièvre et qui la donne.
iTez-Tous^ lu ce livre étrange, la Renaissance? Quel style
isirté, quel coloris discordant, quels tons criards! Je
> parle pas de l'idée du livre , qui n'est rien qu'une
rcotestation pénible de l'écrivain contre les admirables
iiges où U nous avait raconté le moyen âge avec ses
^res et ses splendeurs , ses ignorances naïves et ses
j^Tindéurs sauvages. Non ; je ne considère que la forme
littéraire, et je m'en afflige. Ce n'est plus là de l'histoire,
est un symbolisme délirant , c'est im panthéisme for-
-tmé, c'est une vision magique. Tout flamboie ettour-
|v>ie autour^de vous. C'est la manière du second Faust
>^piîquée à l'histoire du xvi* siècle. Le talent est
I prodigieux encore, même dans ce grand écart de la
l'oison et de la vérité ; mais vous n'en jouissez plus. Une
: boloureuse pitié vous gagne. Vous n'admirez plus , vous
I souffrez.
Ce style fiévreux a fait école. Nous pourrions citer ! Irais ou quatre écrivains très-connus qui appliquent une remarquable industrie d'espril et des ressources consi- , dérables d'imagination à tourmenter la langue française pour lui imposer leurs extravagances impérieuses. Us la surchargent d'images violentes , jusqu'à la faire plier bOus le poids. Chaque pensée, même la plus simple, est mise dans un relief saisissant. Tout est gravé, buriné, tout est marqué, par un effort continuel et puissant, en creux et en saillie. Chaque phrase semble porter l'infini et retentir pour l'éternité. Ces écrivains sont des artistes sans- doute , mais des artistes idolâtres d'eux-mêmes.
110 ÉTUDES PIlLOSOraïQUtS.
TantAlils cisèlent une période atec le même soin rv ligietu que les {n*i^nds artisans inconnus du mojrn A;;e mettaient à ciseler un vase sacré pour les saints nijhtères. Ib arrivent ainsi à donner à leur style une sorte de beauté plastique qui n'est plus la beauté littéraire. Leur manière d'écrire est alors quelque chose d'intermédiaire entre le style proprement dit et Tart du joaillier. Tantôt ils s'abandonnent aux Ainlaisies de la imssion la plus capricieuse « ani écarts de Timairination la plua emportée. C*cst alors une sorte de délire, un rêve, une hallucination. Mais examines les choses de prés, et voun terrez que, dans cet abandon d'eux-mêmes, ils consertent le sanjc-froid de la phrase : c'est un délire qui soigne Tépithéle , c'est un rêve qui calcule le mot à eiïet , c'est une hallucination qui prépare une ^rrande suqirise de st)le; c'est la comédie de la grande inspirtition; c'est le Jeu simulé de la sibvlle. Il semble que l'écrivain fr^ misse sur le trépied, et que Tonicle h*érliappe avec am'* vuMon de sa plume, 0«te le naïf lecteur se rassure ! Tous les frissons de l'inspiration sibylline sont compila d'avance, et toutes ces con^ulhionsde stvic simt des ar» tlflcet prémédités.
Paut*il s'étonner si ces éeri vains dé(*lament? Déclamer, c'est, si Je puis dire, parier au-dessus du ton de sa pMSée. La déclamation vient toujoun d'un dt*fant d'ae. cord enfrp le style et l'Idée Or, il est clair qu'avec de pareilles habitudes , ces écrivains doivent à chaque instant fausser Tarcord. (ki peut bien enfler le mot et gi>nflrrla phrase; mais l'idée ne s'iSargil |ms nu irré de ces %okMités lm|)érieuses. Klle n*ste ce qu'elle est; onlinaire, simple, banale, on n'en fera Jamais une pensée extraordinaire et sublime. Cef4 là que Ment perpétuellemeol échouer reffort de eea grands artisana de U