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phrase. Ils ont beau faire , Tidéc résiste à tous ces procédés arlificiels. Si elle est pauvre et chétive, sa pénurie perce à travers la pourpre menteuse , et rien n'est aussi navrant que cette royauté d'emprunt, cette splendeur d'oripeaux» cette mascarade de l'indigence. Cette dissonance entre Tidée et la forme est un des vices les plus communs de la nouvelle école. L'hyperbole continuelle, rimage outrée, l'effort puissant, mais monotone, la violence des tons, l'irrégularité calculée des allures, les inégalités préméditées du style, l'apostrophe ftunillère, un lyrisme excessif et à tout propos, tels sont les carac* tères à peu près infaillibles auxquels vous reconnaîtrez les adeptes de cette école , véritable école de la décadence. Vous ne serez plus étonnés si nous disons que ces écrivains déclament presque toujours. L'idée ne peut ^ soutenir au ton sublime de cette phrase étemelle , et bientôt il arrive que la sonorité du mot accuse le vide de la pensée.
A Dieu ne plaise que nous prétendions appliquer ce JQgement sommaire au livre de M. Lanfrey ! nous avons réuni , dans un^ idéal abstrait , tous les caractères du genre que nous combattons, voilà tout; mais enfin, M. lanfrey est jeune. — Nous ne le disons qu'en trempant , sachant avec quelle indignation il a relevé der* nièrement cette imputation où il croyait voir un outrage ; nous reconnaissons volontiers que spn livre est une idée, et qu'une idée n'a pas d'âge. Nous reconnaissons aussi, de bon cœur, que tous ceux qui ne partagent pas cette idée sont des vieillards de pensée et de cœur, et nous consentons, pour notre part , à être relégués aux invalides de la philosophie , persuadé que nous y serons en bonne (X>mpagnie. Nous sera-t-il pourtant permis de iioter ici une apparence de contradiction? Si les adver-
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saires de la philosophie nouvelle sont nécessairement des vieillards d'idée, il est nalurel de conclure que M. Lanrrey et ses amis sont nécessairement aussi de très-jeunes gens*; qu'ils sont le printemps de Tannée dont nous sommes Taulomne. Pourquoi donc M. Lanfrey s'est-il irrité contre l'imprudent critique qui nous a dévoilé son âge? — Ceci est un épisode, un simple détail. M. Lanfrey est jeune , disions-nous ; s'il nous permet de lui donner un conseil, qu'il se défie de son école! qu'il ne se fasse pas le -plagiaire des défauts de ses maîtres! L'imitation n'est déjà que trop marquée dans son livre. — N'a-t-il pas craint d'émailler son style de métaphores excessives ? n'a-t-il pas usé avec trop de tendresse du dithyrambe , et pratiqué avec intempérance l'hyperbole? Nous ouvrons son volume, et dès la première page nous remarquons ces lignes caraclérisliques: « La route fut semée de sang et de larmes, comme toutes celles qui marchent à l'affranchissement, et, plus d'une fois , les subHmes aventuriers qui devaient nous donner un monde s'arrêtèrent hésitant, troublés, le cœur plein de doutes et d'angoisses. Mais ces défaillances furent aussi rares que passagères; l'esprit de justice était en eux, ils portaient l'arche sainte, c'est là ce qui les rendit invincibles. » Nous demandons pardon do celle citation, el nous serions désolé de faire descendre le débat à une critique de mots; mais cette citation nous donne le ton du livre. Il n'y a pas une page qui ne semble, elle aussi, porter l'arche sainte, tant Taccent est . solennel. Tout est écrit sur le ton lyrique et prophétique ; il y a du lyrisme môme dans les violences, cl certes les violences ne manquent pas. M. Lanfrey le sait aussi bien que nous; nous aurons plus d'une occasion d'y revenir. Un seul exemple, qui sera court : on peut juger de
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bien des manières diflereiitcs le siècle de Condé et de Pascal» de Corneille et de Bossuet; mais que dites-vous de celte sentence péremptoire : « Le xvii* siècle est la réduction à Tabsurde du principe chrétien? » Cela ne vous semblent -il pas bien trouvé? Quelle grâce et quelle aménité!
La violence du ton amène inrailliblement la déclamation ; on nous permettra d'appliquer cette qualification à la fameuse page où M. Lanrrey trace le portrait de Fabbé Desfontaines. Nous en extrairons quelques lignes: ■ D porte sur son front les hideux stigmates des vices innommés; au sortir des mauvais lieux, vous l'entendrez tonner contre la licence des romans du jour; il vante les douceurs de la chasteté.... Son style, sorte de compromis grotesque entre le catéchisme poissard et le catéchisme des sacristies, crie et titube comme un homme pris de vin. Ses philippiques ressemblent à un sermon prononcé dans une orgie ; il ne connaît qu'une tigure de rhétorique , l'injure ; qu'une forme de raisonnement, l'injure; qu'un genre de polémique, l'injure. Hais dans sa règle de conduite, il admet jusqu'à trois procédés différents: 1* la calomnie; 2** la calomnie; 3* la calomnie.... Une seule chose égale son effronterie, c'est sa lâcheté. Dans ce bandit, il y a l'âme d'un cuistre.... son échine de cynique appelle les coups de bâton, elle y est vouée par une sorte de prédestination. Qui pourrait compter les soufflets accumulés sur sa face impudente ? Lui-même vous dira qu'il n'en tient pas un registre.... Éternel objet d'opprobre et de mépris, indécis entre le monstre et la caricature , ce type ignoble , qui se nommait Desfontaines au dernier siècle, et depuis n'a fait que changer de nom en changeant d'époque, ^e type ne s'évadera pas des gémonies où l'histoire em-
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prisonne, marquée d'un fer rouge, la sinistre armée du crime et de l*ignominie. *• M. Lanfrey n'a-t-il pas peur d'avoir trop bien pris le ton du sujet? Je comprends Tiridignation lilléraire , je comprends la colère philosophique, je comprends et j'excuse, en une certaine mesure , la déclamation ; mais la déclamation outrée jusqu'au gros mot, c'est de la littérature d'estaminet, rien de plus. Je sais bien que Desfontaines n'est qu'un mannequin; je sais qu'il reçoit sur son échine de cynique les coups de bâton oratoires destinés à tout un parti ; mais les écrivains qui se respectent ne donnent pas de coups de bâton.
Une dernière observation et nous en aurons fini avec la critique littéraire. M. Lanfrey admire et imite naïvement la fameuse apostrophe de Rousseau : 0 Fabricius! etc. Cette figure, employée à propos, peut produire de l'effet, mais pour cela il faut la ménager. M. Lanfrey la prodigue à l'excès , et l'apostrophe devient chez lui un véritable tic littéraire. La plus éloquente de son livre est, sans contredit, celle qu'il adresse & Bayle : « Mais toi , héroïque soldat de la libre pensée , tu attends encore une inscription digne de toi sur la pierre qui recouvre tes os! La postérité, ce refuge des exilés, n'est point venue pour toi , ni la gloire, cette justice tardive , cette lumière qui luit sur les tombeaux. Les érudits — race ingrate — profitent trop de tes écrits pour proclamer ton génie! » Fort bien, mais à la longue cette figure devient monotone, et l'on sait quel est l'ordinaire effet de la monotonie. Chaque passage un peu saillant amène inévitablement son apostrophe; un morceau sur l'Angleterre nous vaut celle-ci : « Et c'est pour cela que tu seras toujours cher à l'humanité, et grand parmi les nations» ô peuple de la liberté! » Gulliver lui-même est
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iiterpellè : « Gulliver ! tu fais rire les énfanis et pencher nsicment le front du vieillaiHl ! * Rousseau , le père de apostrophe, en provoque de fort belles; nous choisissjQs : « Tu ne seras ni précepteur» ni laquais, ni prêtre, :i secrétaire d'ambassade, ni musicien , ni caissier d'un xrmier général ; tu seras Jean-Jacques le proscrit. Le &u t'attend sur la route de Vincennes, où tu tomberas comme foudroyé par lui , pour écrire sous sa dictée la HiMime prosopopée de Fabriciusl » J'aime beaucoup la prosopopée» et je ne déteste pas l'exclamation; mais on conyiendra que les sensations les plus agréables s'usent par la répétition, et que l'excès de l'éloquence peut devenir, pour les tempéraments un peu faibles , un vrai sipplice.
M. Lanfrey se consolera bien aisément de nos critiques ; il parait que c'est là le style à la mode. Nous autres , vieillards, revenants littéraires d'un autre Âge, nous demeurons quelque peu surpris devant ces tours de force et ces convulsions, devant cette gymnastique violente du st)le et ce lyrisme forcené. Nous pensions que la prose était la prose, c'est-à-dire qu'elle n'était pas la poésie , et que pour écrire convenablement la prose, il fallait» avant tout, être de sang-froid , réservant pour le dithyrambe en vers la figure énergique» les brusques saccades» les écarts , les surprises du style» les hyperboles effrénées et les brûlantes apostrophes ; nous nous trompions , la mode a tout changé. Par une métamorphose inattendue» la prose est devenue jQgurée, passionnée, hyperbolique comme devait l'être autrefois le vers lyrique ; mais aussi, par une compensation providentielle, le vers a regagné sur la prose tout le terrain que la prose lui a pris; il est devenu d'une platitude timide, si bien que» selon une ingénieuse observation, les vers qui
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t*écriYcnl aujourd'hui ressemblenl , site sont bien lus ^ à de la prose un peu rocailleuse. Puisqu'il y a com|K*n^ salioo, qui donc songerait à se plaindre ?
Malgré tout, lorsque nous lisons ces pages où non «h sommes loin de nior l'éclat, mais où dél>orde rinTe<ii\ o et le dithyrambe, notre pensée s'attriste, et noua songeons involontairement à ces belles qualités littémirrH que notre siècle ne semble plus goûter, le naturel et la simplicité. N'eiagérons rien pourtant; nous savons qn'il y a en France, à l'heure qu'il est, des écrivains aises , harmonieux , qui ne se croient pas déshonorés pour exprimer simplement leur pensée , et qui trouvent dr grands effets sans les demander aux efforts d'une rhétf >* rique désespérée. Ils ne meUent à la torture ni leur imagination, ni la langue ; ils sont coulants et naturrU, quand leur pensée se tient dans un certain milieu ; ils sont ékMiuents et chaleureux, comme ne s'en doutant pas, quand leur pensée s'élève et s'éciuiuffe. Leur »t> Iv suit le mouvement intérieur de l'idée, ou plutôt ils n'ont pas de st>le, dans le sens où ce mot s'emploie aujourd'hui , car le style • pour etix , n^est que l'idée rendue visible |iar l'intermédiaire du mot. Ils écrivent comni«» ib parient, pour penser tout haut; vous n'êtes, devant eux, ni prosternés d'enthousinsme, ni terrassés d'adini* ration ; vous n'avex ni surprime à craindre , ni ravis^irment , ni exUue , ni veriige. Ils ne vous enlèvent pas brusquement et d'assaut à vous-mêmes ; seulement, iwir une action lente et insensible, paisible et continua. Us gagnent votre symp-ithie après avoir gagné %olrer<>n. fiance, ils s'introdui^nt dans l'intimité familière d<* \otre Ame, ils %iius <iépossi*drnt doucem(*nt de vou«mêmes sans effort, san» liolencc, presque h %otre iihii. Ils vous attirent à eux par rirréststiblc nwigie de la