‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 14 sur 56 · LE XVIIK SIÈCLE ET LE PAHTI DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

LE XVIIK SIÈCLE ET LE PAHTI DE L'AVENIR

rniction de son siècle aussi bien que de l'enfance , li-Lambert oublie Dieu. On sait aussi que dans son >tix traité de logique, Ponthiamas^ ce profond ^<ophe écrivait ces lignes mémorables : • Sages ci- :& de Ponthiamas, nous ne devons point chercher r Qoaitre si notre àme est la vie même ou une por- 3 de la vie ; si elle est matière subtile ou esprit pur ; -ile est simple ou composée, une faculté ou le résultat :*os facultés. Ces questions et beaucoup d'autres, agi- >s«iuYent chez des bonzes et des lettrés, qui avaient i^icoap de loisir, ne doivent pas occuper un peuple et les moments sont remplis par les vrais plaisirs et i rrais devoirs. » Helvétius, au commencement de son Tî de V Esprit, écarte avec le même soin la même i«stioD. Et notez que Saint-Lambert, aussi bien quHel- ^os, est un modéré, un Girondin, en comparaison quelques autres, comme d'Holbach et Lamettrie. Les iâltés niaient Tâme et Dieu ; les modérés déclinaient double et embarrassant problème. M. Lanfrey est -Mi la vraie tradition de ses maîtres en rayant du pro* imme de sa philosophie toute spéculation sur la ihstance et la cause.

La métaphysique n'existe plus. Mais, chose étrange, 3 prétend sauvegarder la morale. On assure même aelle sera plus solide et plus efficace, quand elle ne ^pendra plus de ces hypothèses et de ces rêves, qui, m le nom de ipétaphysiqne, occupaient, obstruaient < abords de la vraie philosophie. La philosophie vériible, définitive, la doctrine de l'avenir, à quoi se réduitlie? Au doute prudent de Bayle et de Voltaire sur )Utes les questions spéculatives, et à l'arfirmation des roits de l'homme, qui constituent la morale. C'est donc ne philosophie mixte, sceptique en métaphysique,

ISO ETOdES rnLOSOFBIQUBS.

en morale. Nous ^rirons tou^à Tlicurc quelles sont lu nature et l.i portée lie ces prétendues afiirinationt iiio^ raies. Un mot sur une question préliuiinaire qui s'oflr^i spontanément à nous. Le scepticisme en métapbysiquti peut-il aboutir au dogmatisme en morale? N*y a-t-U \m^ évidente contradiction? Peutnl y avoir une morale saii^ convictions préalables, sans systèmes, sans dogmes?

Nous ne le croyons pas. Il peut y avoir de booiit n intentions, il ne peut y avoir de doctrine. Quelle étrange? idée ces prétendus philosophes se font-ils de la morali% pour prétendre qu'elle se sufllt à elle-même et qu'elle n'emprunte aucun secours, aucune lumière à la iné* uqihysique? Vous ne vous inquiétei de savoir ni si l'àiiu* eiiste, ni si Dieu est autre chose qu'un ré%e gnuidi(>M\ et vous prétendes tracer des devoirs à l'homme, vouh prétendez eiciler et soutenir en lui le sc^ntimcnt austrit* de ses droits, vous lui parles de Justice, d'huouinité, tlo liberté! Mais tous ces mots sont vides de sens pour qui méconnaît ou ignore U nature de l'homme. La moraU* n'est rien, ou elle est raiTomplissement du bien, ht qu*t*st-c«* que le bien pour un étn*, si ce n'est sa Un, k.i destimV? Mais cette lin elle-même, cette de»tince de l'homme ne dépcnd^elle pas de sa nature ? Si riiomnH% comme il est arrivé souvent au x%m* siècle de le délinir, si l'homme n*i*st rien autre chose qu'une nuiKst* onraniséo iH sensible qui n*ç<Ht touti*s ses idées de la natun* estérieure par l'intemiédiaire de la M*nsalion , n'all«*ic pas lui parler de ces grandes vertus dr»intéres»ces, h* dévoueinnit, le Kacrilice, U charité. Il n'} a pour lui qu'une %ertu, le bien-être; qu'une morale, le culte cir ses organes; qu*une Mirte de diarilé, l'idoUtrie de un. Si rhomme est tout matière , il n*a qu'un intérêt et qu'une destinée, l'intérêt de son cor|« et sa dcstincc

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iiysjque. Tout le reste est pure chimère. Son devoir < de bien vivre , de vivre longuement et largement , ien de plus. Ou plutôt il n'a pas de devoir ; toute obliga- ~â)n morale suppose la liberté , et si l'homme est tout ^rps, le libre arbitre est la plus singulière des illusions. Lbomme retombe sous la loi de la fatalité qui règle dans .a ordre certain les phénomènes dociles de la matière. Hln*a ni liberté, ni devoir» comment aurait-il des droits? Tout droit suppose un agent moral, c'est-à-dire un être lisonnabla et libre, soumis, dans sa liberté, à certaines 'Uigallons, et trouvant, dans cette même liberté, un lire au respect d'autrui. Mais cette indépendance» cette i^ersonnalité, cet échange d'obligations entre les bomœs, tont cela ne 8uppose-t41 pas résolu le problème de \ spiritualité de l'Âme? C'est entre des Ames que cet diange d'obligations est possible. AUez^vous me parler . nne corrélation de devoirs et de droits entre deux ^rps? Quelle plaisanterie ! Si vous voulez donîier une l<ise solide à votre morale , commencez donc par bien Hablir la spiritualité. Alors tout se relève ; l'agent moral reprend sa place et son rang dans la hiérarchie des Hres ; I0 devoir et le droit prennent une signification précise ; la liberté ressuscite dans l'être affranchi de la 'atalité physique; la personne renatt dans son indépeniance, le genre humain recouvre ses titres compromis ^t sa dignité menacée. Je comprends la morale et ses jirescriptlons pour des êtres immatériels et libres ; je ne omprends que la physique et ses lois pour des corps, '^ointessenciez la matière tant qu'il vous plaira , vous n'en ferez jamais sortir ni l'idée du devoir, ni le prin* dpe du droit.

Et Dieu, pensez-vous qu'on puisse impunément le obliger sans porter du même coup une atteinte mor-

telle à la morale ? Si je ne conçois pas un Être infini dont la raison m'éelaire, je me demande où est le fondement de la justice. La loi morale n'est plus qu'une pure conception de ma pensée, conception toute relative, si elle ne s'appuie que sur ma pensée relative elle-même et si elle ne repose pas, en dehors de moi, sur une réalité absolue dont elle tire toute sa force et son autorité. S'il n'y a pas un souverain législateur, je nie la loi ; s'il n'y a pas un souverain architecte de l'ordre universel , je nie l'ordre; s'il n'y a pas une raison suprême, règle immuable de la mienne, je rejette loin de moi, comme des chimères fatigantes, toutes ces prescriptions qui entravent mes désirs et qui étouffent ma liberté. Si je peux supposer un seul instant que Dieu n'existe pas et que le ciel est vide, toute la morale s'écroule, elle n'a plus de raison d'être; elle n'a plus de sanction , elle n'a plus de fin. Je succombe sous la conspiration de la violence et de l'iniquilé. A qui me plaindre? Le ciel est sourd à ma plainte comme à ma prière, et je meurs désespéré, maudissant la justice. Otcz Dieu de ma raison, et du même coup vous ôterez à la victime toute consolation , à l'oppresseur toute crainte, à la vertu tout espoir de récompense, à la loi toute moralité. Car peut-il y avoir pour une loi quelque moralité , quand elle n'a pas de sanclion? Ce n'est rien qu'une prescription aveugle, impuissante à défendre ses défenseurs comme à punir ceux qui la transgressent. Et, peut-elle être, dès lors, autre chose qu'une illusion incommode et un préjugé superstitieux ! Heureux ceux qui auront le bon sens d'en affranchir leur liberté. Ceux-là seront les maîtres de la terre.

Sans Dieu, la morale n'est qu'une superstition; sans l'âme, elle est une pure contradiction à l'ordre, un dés-

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