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njure est une violence et toute violence , croyez-moî , < un acte contre la tolérance. Il faudrait donc, pour 2e pas pécher contre cette vertu aimable, substituer une iiscussion sérieuse et calme aux emportements, aux olères d'un style effréné. H faudrait ne pas prodiguer des outrages gratuits. Il faudrait ne pas écrire un livre tout entier sur le ton de l'invective; il faudrait enfin ne pas poser à d'honorables adversaires des dilemmes dans le goût de celui-ci : « Un dogme manifestement faux ne s*iniposera jamais qu*à des esprits bornés ou à •les âmes flétries, « Que dites-vous de cette politesse? Voilà tous ceux qui ont le malheur de croire aux dogmes que rejette notre jeûna auteur, les voilà dans un terrible embarras, condamnés à choisir entre l'idiotisme et ITiypocrisie. Vous êtes chrétien? pas de milieu; esprit borné ou âme flétrie , tartufe ou imbécile ; choisissez ! Quelle agréable manière de pratiquer la discussion et comme cela nous annoncerait un doux et patriarcal régime , si ces apôtres de la tolérance étaient un jour les maîtres ! D'une violence dans la discussion il n'y a qu'un pas aux violences de fait. L'injure n'est qu'une des formes de la persécution : n'est-ce pas la persécution par la parole ?
Quant aux erreurs morales, elles remplissent le livre, n est de fort mauvais goût de déclamer contre Voltaire. M, Lanfrey le dit, et il a raison, parce qu'il est toujours de mauvais goût de déclamer. Mais il ne faudrait pourtant pas transformer le patriarche de la philosophie de l'avenir en sage antique ni en ange de lumière. S'il est un fait avéré, c'est que Voltaire a plus d'une fois abaissé les lettres, qu'il représentait, jusqu'à une flatterie sans dignité à l'égard des grands seigneurs et souvent même d'illustres courtisanes. Écoutez M. Lanfrey. Ce ne sont
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plus là que des caresses charmanles et pleines d'ironie; ce n'est plusdeTadulation, c*est la raillerie de Socrate. On nous dit crûment que nous sommes des paysans du Danube si nous songeons à en faire un crime à Voltaire. Péchez, nous dil-on, péchez, ô purilains! pourvu que la civilisation progresse ; nous périrons par les puritains» — Ailleurs , celte haine naïve contre les puritains et les paysans du Danube éclate dans tout son lyrisme. Il s'agit des femmes duxviir siècle. M. Lanfrey nous avoue qu*il les aime invinciblement. 11 les aime parce qu'elles ont aimé. Il feut lire tout le chapitre pour voir à quel point le sens moral peut s'égarer quand il n'a pas de principe et de règle. C'est l'éternelle répétition de la chanson que vous savez : l'amour qui purifie et qui absout, la passion qui rend à toutes ces héroïnes, plus ou moins Qétries, des virginités de contrebande. C'est la morale de la Dame aux camélias appliquée à la critique du xvin* siècle. La chose est trop connue pour qu'il soit besoin de nous y arrêter davantage.
Nous en avons dit assez pour faire comprendre quel est l'esprit du livre et le caractère de la philosophie nouvelle, dont il est l'expression tant soit peu indiscrète et téméraire. Ce serait donner trop d'importance à ce petit ouvrage que de discuter à fond des théories aussi peu originales et qui ne sont qu'un écho sonore du xvnr siècle. Tout se réduit à un scepticisme à peine déguisé sur les principes les plus essentiels de la raison, à une morale individuelle très-complaisante et très-relàchée, à une morale sociale très- vague et très-déclamatoire. Telle est, ramenée à sa plus simple expression, la philosophie du parti de l'avenir. Il nous a semblé utile de la mettre en lumière, laissant à chacun le soin dé tirer les conclu- ^jons. Si, comme d'autres critiques, nous n'avions vu
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dans ce livre qu'une atlaque emportée contre l'Église , ! nous ne nous en serions pas occupé ; c'eût été une dé« damation de plus, et en vérilé le mal n'était pas grand. I Mais il y a autre chose que des invectives contre le chrisi tianisme, il y a le procès même de la raison, la négation de la raison dans ses idées les plus élémentaires; il nous a para qu'il serait à propos de montrer ce qui se cache de scepticisme réel au fond de ces invectives furibondes contre la foi. Il nous a paru qu'il serait bon de faire I Toir ce qu'il y a de faiblesse et d'emphase, de prétention bruyante et de stérilité dans cette philosophie de Favenir qui s'annonce avec tant de fracas dans le monde et qui commence par proclamer son indifférence absolue, sa neutralité presque ironique dans ces deux questions, si chétives, il est vrai, la question de l'dme et celle de Dieu. Nous prenons note de l'aveu et nous attendons , pour la discuter à fond , que cette philosophie ait fait une profession de foi plus explicite et plus nette. Il n'y a, jusqu'à présent, de parfaitement clair dans son programme que des négations.
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m PEiDICATBUa DB MORALI aux ÉTATS-UNIS. --^ CHANNING ^ — 01 LA MiCBSSITÉ D'ONB LITTÉBATOIB FOrULAIRB BN rBAITGB.
Williams Channing est un de ces hommes qui, à yrai dire, n'ont pas d'histoire ; leur biographie est dans leurs livres et non ailleurs. C'est le privilège de certains ^tres doux et pacifiques de traverser ce monde sans y laisser d'autres traces que leurs calmes vertus ou leurs bienfaisantes idées, et de vivre sans payer le prix de la vie par cette rançon des souffrances qui sont l'épreuve des grands courages. Rien de plus contraire à l'idée que l'on se fait d'un ardent prédicateur ou d'un missionnaire , que ces types paisibles de vertu un peu bourgeoise, qui ont passé à peu près toute leur vie au coin de leur feu, dans l'habitude des pensées régulières, des repas à heure fixe, des sentiments tempérés, et qui ont pour ainsi dire mené de front cette double hygiène du corps et de l'âme qui conserve à la fois le calme de l'âme par l'exercice modéré des sens, et la santé du corps par la frugalité des passions. C'est un saint , nous dit-on , et les États-Unis ont enregistré son nom sur le calendrier de l'opinion publique ; nous le voulons bien , mais c'est de la vertu en pantoufles et de la sainteté en robe de
1. OEuvres sociàUs de W, E. Channing ^ traduites de l'anglais , et précédées d'une introduction par M. E. Laboulaye.
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chambre. Tout cela n'exclut pas, reinarquons4e bien, JL sncère honnêteté de l'homme et des doctrines , le (tmrage de Tidée et du caractère, l'excellence des mœurs » et cette beauté morale qui consiste dans la beauté des sentiments; seulement, c'est un genre à part et qui ne ressemble guère à l'expansiye activité du zèle catholique , à cette impatience des grands périls et des dévouements lointains qui a été , dans tous les temps , la marque et l'honneur de la propagande chrétienne.
C'est à Newport , dans l'État de Rhode^sland, au milieu d'une population turbulente de marins et de mardiands, que naquit, le 7 avril 1780, Williams EUery Channing. Il n'y a d'intéressant dans sa vie que des événements d'idée; on nous dispensera donc d'insister sur les détails de cette paisible biographie, retracée par son neveu avec une sorte de piété filiale qui veut donner du prix aux moindres choses , mais avec une diCTusion extrême qui noie les faits les plus vulgaires dans un océan de mots. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à son traducteur une page simple comme la vie qu'elle résume : « Après des études brillantes à l'Université de Cambridge, en Hassachussets , Channing résolut de se vouer au saint ministère ; il avait à peine vingt-trois ans qu'une église de Boston lui offrit un établissement , on sait qu'en Amérique la plupart des communautés sont indépendantes, et que ce sont les fidèles qui choisissent leur pasteur ; cette église , dont le nom dit assez tout ce qu'il y a de local dans la religion aux États-Unis, c'était la Société chrétienne de la rue de la Fédération ^ réunion où dominaient les doctrines unitaires , déjà favorites parmi les théologiens de Cambridge , et que le jeune Channing avait embrassées avec une ardeur qui ne s'affaiblit jamais. Depuis 1803 jusqu'à sa mort» arrivée
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en 1842, Channing a été le ministre de cette église dissidente, et, malgré l'opposition décidée, et même la répulsion que rencontraient les unitaires dans une ville qu'on pourrait nommer la Genève du nouveau monde et le sanctuaire du calvinisme, il leur a conquis une position considérable , et que chaque jour a rendue plus forte et plus respectée. Durant ces quarante années, tout entier à ses devoirs, usant une santé délicate à répandre ses doctrines religieuses et sociales, Channing n'a connu d'autres événements que l'émotion causée par ses écrits, ceux surtout où, avec un courage et une chaleur admirables, il a poursuivi l'aboh'tion de l'esclavage, et demandé la liberté des noirs, au nom de l'Évangile ; en deux mots, sa vie est tout entière dans les idées qu'il a propagées et défendues. »
On rencontre deux hommes et comme deux personnages dans Channing ; il y a le théologien et le moraliste, il y a le sectaire et le philosophe chrétien : je voudrais faire comprendre ma pensée et ne laisser prise à aucun malentendu. Tout le monde sait que le christianisme comprend deux parts, profondément unies sans doute par des Uens naturels et nécessaires, mais pourtant faciles à distinguer, le dogme et la morale. Le dogme parle expressément à l'mtelligence , la morale s'adresse au cœur et à la volonté; le dogme règle la foi, la morale règle nos sentiments et dirige nos actes. Ce sont là des vérités élémentaires sans doute, mais qu'il n'est pas inutile de rappeler à propos de Channing. Chose digne de remarque I le dogme a souvent divisé les hommes, la morale les réunit. Les théories religieuses de Channing répugnent à Torthodoxie catholique; il n'y a presque pas une page de ses OEuvres sociales à laquelle ne put souscrire le plus rigide ûéteusevw de la tradition
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ifis droits de l'Église. Nous montrerons, en toute «trié , en quoi la théoU>gie de Channing nous semble ■mériqae , en quoi elle nous patalt s*écarter de Tes- ~1 comme de la lelire du christianisme; mais nous -Jamons le bénéfice de cette môme liberté pour rendre -duement justice à sa morale sociale, vraiment chréime de tendance et d'inspiration. Nous insisterons CI particulièrement sur la seconde partie de cette
"stion complexe, à Toccasion de la remarquable traiciion que M. Laboulaye nous a donnée récemment ts Œuvres sociales de Channing, en la faisant précéder "• deux Essais où Tbonorable publiciste tésume à sa ion, c'est-à-dire avec une rare franchise et une sin- •iière pénétration de critique, le caractère et les œu- :es de cet écrivain devenu presque illustre, et qui nV ait commencé que par être un excellent homme.
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On rencontre, à l'époque où qous vivons, un assez grand ombre d'esprits curieux et distingués pour lesquels il • y a pas au monde de spectacle plus intéressant que tlai des sectes religieuses et des luttes métaphysiques. Cest là pour eux la condition normale, la vie même de l'humanité, et rien ne vaut, à leurs yeux, ces grands combats de l'esprit ou ces transformations hardies des symboles qui semblent être , sur un point rétréci de Thistoire, comme une irréfragable démonstration de leurs théories critiques. Pour ceux, au contraire, qui mettent dans ces luttes intellectuelles une part de leur vie, pour ceux qui sentont que leur pensée et leur c<eur y sont engagés , pour ceux qui ne s'arrogent pas le droit superbe de se désintéresser de l'humanité, le spectacle
ut ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
esl moins gai peut-être , et l'on se plalt au rêve mélancolique de l'unité perdue et laborieusement recherchée, au prix de tant de sbufihtnces, dans la nuit des doctrines y à travers les ruines des temples et le chaos des idées.
Nous avouons naïvement que c'est là notre situation d'esprit chaque fois que nous voyons se produire dans le monde une secte nouvelle , un nouveau démembrement de doctrine. La variété indéfmie, la diversité, la contradiction ne nous semblent pas être la condition vraie de l'humanité , et nous croyons d'une foi absolue aux grandes destinées de l'esprit humain , qui ne serait qu'un jouet dérisoire aux mains d'un sort aveugle , s'il ne devait, s'il ne pouvait jamais atteindre, en quelque matière que ce soit, ce point fixe, ce nescio quid incon^ cussunty terme suprême de sa raison, objet de son immortel désir. Et ici , qu'on m'entende bien. Je n'ai pas pour l'esprit de l'homme ce fol orgueil de rêver qu'il aUeindra jamais la vérité totale, universelle, et que sa science sera un jour adéquate à l'être. Mais autre chose est ne pas tout savoir, autre chose se tromper sans fin. Nous croyons que, sans usurper jamais le privilège de la raison infinie qui est de tout savoir, la raison bornée de l'humanité peut savoir avec certitude quelque chose. Et pour ne parier que de ce qui a trait au sujet spécial que nous avons en vue, nous croyons que dans la sphère des religions positives , ce point fixe sera éternellement le christianisme, le vrai christianisme, révélé par le Verbe, organisé, défini, maintenu par une autorité permanente et visible; nous croyons que, dans la sphère de la philosophie pure, ce point fixe et définitif sera éternellement le spiritualisme avec ses principes simples et féconds, ses méthodes sagemenlhatdtes, ses lumineuses