‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 17 sur 56 · W. £. CHANNING · texte numérisé non relu

W. £. CHANNING

; démonstrations et ses immortelles espérances. Nous ; croyons enfin à la distinction radicale de ces deux sortes de foi, la foi philosophique et la foi religieuse. Non pas fue, de ces deux manières de penser et de croire» Fnne exclue l'autre ; bien au contraire ; mais leurs procédés , leurs méthodes, leurs sphères d'action diffèrent essentiellement. La raison bien dirigée ne contredit pas à la foi ; la foi bien entendue ne contredit pas à la raison ; seulement l'une n'est pas l'autre , et il serait aussi prë- ^ somptueux de vouloir exclure l'une ou l'autre de l'esprit homain que de prétendre les confondre dans une syn-* I thèse impossible.

j Nous ne sommes pas aussi loin de Channiug que l'on ; pourrait le penser. La théologie de Channing est un { QouTeau démembrement dans le sein du protestantisme jdéjà si violenunent désorganisé. Cette évolution qui, ! pour certains juges habiles , mais préoccupés d'un peint ■ de vue exclusif, représente un progrès incontestable dans l'histoire du protestantisme, est pour nous une déchéance de l'esprit chrétien , un degré de moins dans le christianisme. Channing tend de plus en plus à confondre les deux sphères d'action où je montrais tout h l'heure la religion et la philosophie travaillant, chacune à sa manière , selon des méthodes distinctes et pour des œuvres spéciales. Sa théologie n'est plus qu'un christianisme épuré de tout sentiment surnaturel, et un pa^ reil christianisme, on le conçoit sans peine, n'est plus lai*même qu'un rationalisme tempéré d'aspirations religieuses. C'est là le véritable caractère de Yunitaria^ nisme^ la nouvelle secte que Channing n'a pas fondée, mais qu'il a propagée par sa parole et par ses livres , qu'il a consacrée , si je puis dire , par l'austère probité de son caractère, et qui est devenue en si peu d'années

lii ETiDKs r-iiiLosoiMiiorr-s.

la seclc dominante parmi les écrivains les plus distingués, les hommes les plus influents , en un mot, dans tout ce qui forme Faristocratie de la pensée et le patriciat intellectuel de la Nouvelle-Bretagne.

On Ta dit : posez un principe dans le monde, et le temps se chargera d'en développer toutes les conséquences. Cet axiome sert avec une merveilleuse facilité à expliquer toute l'histoire du protestantisme. Une fois le principe du libre examen posé , il n'était plus donné à personne d'en retenir les conséquences, et l'histoire du protestantisme n'est que le tableau des vicissitudes infinies et des caprices sans règle de la raison émancipée. L'histoire du protestantisme ne sera plus que l'histoire de ses variations. Nous ne referons pas ce grand récit qui est resté jusqu'à présent un argument incontestable, je ne dis pas incontesté. Mais quelles pages nous aurions eues si Bossuet avait pu voir ce que nous voyons de nos jours en Angleterre et aux États-Unis! Le principe du libre examen éclate de toutes parts en divergences infinies, en dissidences nationales, protinciales, individuelles. Tout se divise et se fractionne. C'est un morcellement sans fin, une anarchie d'idées sans mesure. Chaque secte a son église, chaque groupe de fidèles a son pasteur; la religion se fractionne par quartiers , par rues. Nous avons vu que Channing était pasteur de la Société chrétienne de la rue de la Fédérations^ à Boston. Et croyez-vous que ces noms collectifs de sociétés indiquent au moins une certaine unité de doctrine? Pas le moins du monde. Counnc dans l'ample sein de la religion réformée chaque secte dissidente s'isole suivant son inspiration ou son caprice, ainsi dans le sein moins vasic des sectes particulières chaque fidèle s'isole par sa docirmo propre, et la communauté , isolée du

at, se fractionne elle-même en individus. Telle est la irique irrésistible. du libre examen.

Il semble que là où il n'y a plus de hiérarchie, de i^ipline ni d'autorité, il ne puisse plus y avoir de reigion dans le vrai sens du mot. Que peut être la religion, elte chose qui relie les intelligences et. les cœurs là où i n'y a pas d'autorité ? Où manque l'autorité , l'unité :sanquera infailliblement. Où l'unité manque, peut-il y ivoir véritablement une religion ? C'est là un doute que sous posons en face de ce spectacle navrant du proiesiantisme divisé en mille sectes, déchiré en mille lambeaux , tombant en une sorte d'atomisme intellectuel et le poussière d'idées.

Un des plus grands esprits de ce temps réduisait un :our à trois les formes essentielles de nos croyances : Tane , qui ne veut puiser la vérité qu'à la source de la mison ; l'autre , qui tempère et règle sa foi par une au-^ torité ; la troisième , qui fait une part égale à l'autorité et à Texamen. Ces trois formes sont la philosophie ou le rationalisme, le catholicisme et le protestantisme. Nous sommes tout à fait de l'avis de l'éminent penseur, quand il déclare que ces trois doctrines doivent vivre ensemble et que leurs débats ne soulèveraient plus la société. Comme lui nous désirons et nous espérons que la raison publique, l'opinion éclairée des sociétés modernes main* tiendra la paix des âmes , et empêchera à tout jamais les idées de descendre dans l'arène sanglante des faits pour imposer ou pour subir un despotisme sans dignité. Mais nous ne saurions souscrire, pour notre modeste part, à cette promesse d'éternité que fait à chacune de ces croyances l'illustre écrivain. Isau du catholicisme, le protestantisme tend de plus en plus à s'en éloigner et finira par s'absorber dans la philosophie , au sein dç

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laquelle il perdraf^ avec son titre de religion , sa raison d'être. C'est une doctrine de transition destinée, comme toutes les transitions, à disparaître, comme tous les compromis , à s*effacer. Voyez plutôt révolution naturelle des choses et la logique des événements. Jusqu'à ces derniers temps, on sait en combien de sectes s'était partagé chaque pays réformé; on sait que les églises évangéliques ne s'entendaient presque plus entre elles , et que, dans le sein de chacune d'elles, les fidèles ne continuaient à s'entendre qu'à force de tolérance et de bonne volonté. L'unité nominale ne subsistait plus que par la tolérance réciproque de la diversité. Il y avait pourtant encore, même dans cette dissidence infinie d'opinions , un point commun par où tous les réformés se rattachaient à ce qui fait l'essence même du christianisme , je veux dire la divinité de Jésus-Christ. Il semblait qu'on ne pût aller plus loin sans cesser immédiatement d'être chrétien. C'était là comme le point vital de la religion réformée, celui par où se maintenait encore sa fragile unité , mais enfin cette unité qui est l'àme des religions : il y avait encore un dogme commun.

Ce dogme n'existe plus dans la secte des Unitaires, qui ont repris, dans ces derniers temps, l'idée fondamentale des vieilles hérésies antitrinitaire , sabelliennc, arienne, contre lesquelles l'antique Église eut à fournir, dès son origine, tant d'illustres combats. Celte idée se réduit à nier la distinction des personnes et la divinité de Jésus-Christ. Le Rédempteur n'est plus qu'une créature privilégiée, une sorte de médiateur supérieur à l'humanité, mais inférieur à Dieu. L'unité de personnes est rétablie en Dieu, il n'y a qu'une personne comme il n'y a quunc substance. Comme pour les sociniens, leurs aïeux dans le protestantisme, le Père &e i(ï^w&-Chnst est seul

W. E. CfANNING. i47

le Christ est une créature engendrée par une

Brtu divine. C'est bien le Messie, c'est bien le Fils Dieu , car il vimt porter aux hommes la parole de

Srité. n est encore le Fils de Dieu , mais il n'est plus

ieu.

La divinité de la religion est menacée dans la divinité ée Jésus-Christ. Qui ne le voit ? Si Jésus-Christ n'est plus fi'une créature privilégiée, il n'y a plus entre lui et le itste de l'humanité de différence de nature, il n'y a plus qu'une différence de degré. La parole du Rédempteur, la révélation n'a pas été la manifestation d'un ordre de Térités divines inaccessibles à la raison ; ta révélation n'a été qu'une sorte de perfectionnement, d'achèvement de la raison humaine. La raison du Christ a été en avance sur celle de l'humanité. La révélation a devancé Theure de la vérité humaine, plus encore qu'elle n'en a dépassé la mesure. Proscrivons tout ce qui excède la mesure agrandie de l'intelligence humaine, tout ce qui la contrarie, le mystérietix et le surnaturel, les dogmes îhcompréhcnsibles, et il faudrait ajouter, pour être logique, les miracles qui servent de caution à la révélation des mystères.

La théologie unitaire'vient donc se pl^rdre dans le sein du spiritualisme philosophique. Elle naturalise la religion, et dès lors elle l'anéantit. La religion naturalisée n'est plus la religion, c'est une doctrine philosophique : rien de plus. Si, comme le pense M. Laboulaye, l'unita-r nanisme est destiné à prendre une place dans l'histoire de la réforme ; s'il est vrai que l'avenir du protestantisme est à lui, le protestantisme aura bientôt fini de vivre, à titre de religion, et l'avenir de la Nouvelle-Angleterre n'est pas aux unitaires, mais aux philosophes, dans les rangs desquels les unitaires ne tarderont pas t se

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confondre. Leur place y*est marquée d'avifnce; ils viendront la prendre, n'en doutez pas.

Toutes ces conséquences n*ont pas été reconnues ni adoptées par Channing. Biais son principe sera plus fort que sa volonté. Il voudrait en vain retenir la secte sur le penchant de la philosophie; le principe rentrainera, de force ou de gré.

Ce principe y nettement dégagé par M. Laboulaye et mis dioms une éclatante lumière par des citations bien faites, c*est la souveraineté de la raison. C*est dans ce principe et les mille applications qu'il en fait que réside l'originalité de Channing et le secret de sa force. Il doit son influence extraordinaire à la netteté extraordinaire des conclusions qu'il a tirées de la réforme. Si chacun est juge et arbitre dans sa croyance, ce qui est implicite dans le libre examen, il sait que la raison est en droit de juger, de contrôler la révélation. La révélation et la raison, suivant la comparaison de Channing^ sont une même lumière, avec la différence de l'aurore au midi; mais là où l'aurore et le midi ne s'accordent pas, croyonsen l'aurore. L'aurore est plus près de nous, étant en nous. Quand l'Évangile s'oppose à la raison, c'est dans le sens naturel qu'il faut interpréter le livre divin. N'imposons aucun sacriflce à notre raison. Ce serait une superstition, ce ne serait plus une religion qui contrarierait l'intelligence humaine, et qui, au lieu de l'achever, viendrait la renverser. Voilà la doctrine. Voici les preuves :

La révélation n'est que l'achèvement de la raison. Cette doctrine ressort à chaque page des opuscules théologiques de Channing : « La première école de Thomme est celle de la nature et de la raison, et elle est nécessaire pour le préparer à une comm^iication du ciel. La ré-

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