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Télation ne trouve donc pas l'esprit & l'état de table rase, prêt à recevoir sans résistance tout ce qu'on y mettra ; elle le trouve en possession de connaissances diverses données par la nature et par l'expérience, et plus encore en possession de grands principes, de vérités fondamentales, d'idées fondamentales Urées de lui-même, et qui sont le germe de tout perfectionnement. Cette dernière vue a une importance particulière. L'esprit ne reçoit pas tout du dehors. Les grandes idées naissent en lui-même, et c'est à celte lumière native qu'il lit et comprend les livres de la création et de la révélation. Nous parlons; il est vrai, de la nature et de la révélation comme nous faisant connaître une première cause intelligente ; mais les idées d'intelligence et de cause, nous les avons tirées de notre propre fond. Les éléments de l'idée de Dieu, nous les puisons en nous-mêmes ; puissance, sagesse, amour, vertu, beauté et bonheur, ces mots qui contiennent tout ce qu'il y a de glorieux dans l'univers et d'intéressant dans notre existence expriment les attributs de l'esprit, et nous ne les comprenons que parce que nous en avons la scienceintérieure. Il est vrai que ces idées, ou principes de la raison, sont souvent obscurcies par d'épais nuages et mêlées de déplorables et nombreuses erreurs; cependant, elles ne sont jamais anéanties; le christianisme le reconnaît ; c'est sur elle qu'il est fondé ; il en a besoin pour êUre compris. » Yoilà qui est bien entendu. Dans la notion de Dieu que nous donne la révélation, il n'y a rien de plus que ce qui est en germe dans la raison de chacun. Nous prenons acte de cet aveu, qui est considérable.
Antre chose. La raison individuelle est instituée comme juge et arbitre absolu de la révélation : « On nous accose de faire un usage insoutenable de la raison dans
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Finterprétation des Écrilures. On dit que nous la mettons au-dessus de la réyélation» et que nous préférons notre sagesse à celle de Dieu ; ce sont des reproches imroérités« Nous croyons simplement que Dieu ne contredit jamais dans une part des Écritures ce qu*il ensei^e dans une autre, et ne contredit jamais dans la révélation ce qu'il nous enseigne par ses œuvres et par sa provi- ^ dcnce. Nous refusons donc d'admettce toute interprétation qui, après réflexions sérieuses, nous semble inconciliable avec une vérité démontrée... Qu'on dise ce qu'on voudra, Dieu nous a donné une nature raisonnable et nous en demandera compte. Nous pouvons laisser dormir la raison, mais c'est à nos risques et périls. La révélation nous est adressée comme à des êti*es raisonnables. Permis à notre paresse de désirer que Dieu nous eût donné une religion qui ne demandât pas la peine de comparer, de juger, de conclure. Mais une telle religion eût été en opposition avec notre condition présente, et c'est une part de la sagesse d^accepter la révélation comme on nous l'a donnée, et de l'interpréter en nous aidant des facultés qu'elle suppose toujours et sur quoi elle est fondée. » La révélation est fondée sur la raison ; il appartient donc à la raison d'exercer sur elle un contrôle vigilant. Tel est son devoir, et c'est son devoir parce que c'est, avant tout, son droit. Qu'elle rejette tout ce qu'il ne lui convient pas d'admettre.
Et maintenant, nous nous demandons comment des esprits élevés et sincères prétendent maintenir à l'ttntïarianistne le caractère d'une religion. Que Channing se fasse à lui-même cette illusion de se croire chrétien encore, quand il a introduit le pur rationalisme dans la foi, nous le concevons ; il n'a fait, après tout, qu'appliçuer en toute ngueur le principe de la réformoi et il a
pu ne pas s^apercevoir» en mardiant totgours , du che- 3un qu'il a fait. Nous concevons plus difQcilement qu'un critique aussi exercé, un juge aussi habile que M. Lalioulaye se soit laissé entraîner, par une sorte de douce < onfjplaisance et de complicité littéraire avec son auteur, à la même illusion. Il nous assure que personne n'a mieux indiqué que Cbanning la barrière insunnon* lable qui séparera toujours une communion chrétienne d'une école de philosophie. Il nous dit encore qu'en li- ^ant les deux petits traités : Preuves du Christianisme Evidences of Christianity)^ on sentira bien vite que l'Évangile, quelle que soit la croyance de celui qui s'y soumet, distinguera toujours un chrétien d'un philosophe, et tant qu'un homme fera de ce livre inspiré la règle de sa foi et de sa vie, il y aura une religion.
Nous ne perdrons pas le temps à discuter dans le détail ces assertions trop complaisantes. Réduisons-nous à ressentie!. On pourrait dire, il nous semble, aux unitaires : « Vous niez la divinité de Jésus-Christ. N'est-ce pas nier implicitement la chute de l'homme? Ce dogme n'éclate-t-il pas à chaque page de l'Évangile, qu'il a fallu un Dieu, le Fils de Dieu, pour l'œuvre de la Rédemption? — Vous reconnaissez dans le Christ une créature > privilégiée et dans l'Évangile un livre inspiré : quel rationalisme n'est pa^ prêt à vous accorder la supériorité morale du Christ et celle de l'Évangile? La critique allemande en dira, sur ces deux points, autant que vous. — Vous prétendez que la révélation est venue développer ce qui était en germe dans la raison , et qu'elle ne nous a pas donné une seule idée à laquelle l'homme n'aurait pu naturellement atteindre. En vérité? mais je ne vois plus alors la nécessité, je ne vois même plus l'utilité de la révélation. Eh quoi 1 ce grand œuvre de la
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bonté de Dieu n*est plus rien qu'une question de temps? Dieu n'a fait qu'ajouter à l'aurore de la raison quelque reflet des feux du midi? Ce n'était pas la peine de faire un miracle. Je prends l'idée de Dieu sur laquelle Channing appuie son argumentation. Le chrislianismd est venu, dit-il, nous donner la pleine connaissance des éléments dont se compose en nous l'idée de Dieu; ces éléments sont la puissance, la sagesse, l'amour, la vertu, la beauté et le bonheur. Est-ce là tout? En ce cas, je le demande encore une fois : à quoi donc a servi la révélation? Platon l'avait d'avance rendue inutile; tous ces attributs de Dieu, Platon nous avait appris & les connaître et à les adorer. — Un dernier mot. Vous subordonnez, d'une manière absolue, la religion au jugement individuel, au contrôle de la raison. Mais où s'arrêtera ce contrôle? M. Laboulaye dit fort bien quelque part que, dès qu'on repousse toute autorité extérieure et qu'on s'en remet à la raison de l'interprétation des Écritures, il est naturel qu'on aille jusqu'au bout,, et que toute limite est inconséquence et tyrannie. Fort bien ; chacun reprend donc sa pleine indépendance , son autonomie^ sa souveraineté. Chacun est libre, parfaitement libre de déplacer la limite et de la reculer au gré de son idée. Vous nous permettez de rejeter tout ce qui nous semble inconciliable avec une vérité démontrée. Me voilà maître absolu de l'espace. Ce qui ne vous semble pas inconciliable me semble incotnpatible. Channing admet l'authenticité des miracles : je les rejette. La vérité religieuse n'existe plus, ou du moins elle n'existe que dans la mesure capricieuse et mobile de l'intelligence de chacun, ce qui équivaut à ne plus exister. De tout côté le naturalisme vous déborde. Je ne vois plus là une religion, je ne vois plus ({u'une philosophie qui empiète sur le
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domaine du diristiânlsme, je ne vois plus qu'un raticnalisme inconséquent.
Tout cela, croyez-le bien, ne m'empêche pas d'applaudir à ces nobles paroles par lesquelles Channing^ annonce l'esprit de vérité opérant sous toutes les formes el dans toutes les communions. « Il y a, dit-il, il y a une Église plus grande que toutes les églises particu* Hères, quelle que soit leur étendue. L'Église catholique ou universelle s'étend sur toute la terre, et ne fait qu'une avec l'Église céleste... On n'entend plus parler d*Église grecque , romaine, anglicane, mais seulement de l'Église du Christ. Mes amis, ce n'est pas une union imaginaire. Quand l'Écriture parle ainsi, ce n'est pas une vaine rhétorique, c'est l'expression de la vérité. Tous ceux qui ont part à la vertu du Christ sont essen<« Uellement imis. Dans l'esprit qui les anime , il y a une puissance d'union plus forte que tous les liens du monde. Séparés par les mers, il y a entre eux des sympathies énergiques et indestructibles. La voix claire et puissante d'un seul chrétien inspiré vole par toute la terre , et va dans un autre hémisphère faire vibrer des cordes inconnues d'un cœur ami. Les paroles d'un homme tel que Fénelon, par exemple, touchent les &mes de millions d'hommes épars dans le monde ; ne sont-ils pas tous ensemble d'une même Église ? Je tressaille de joie au nom des saints qui ont vécu il y a bien des siècles. Le temps ne nous sépare pas ; je les vénère davantage à cause de leur ancienneté. Ne sommes-nous pas d'un même corps? cette union n'est-elle pas quelque chose de réel? Me voici dans une enceinte vouée au culte; je suis assis près d'un de mes semblables, assez près pour le toucher, mais il n'y a entre nous nul sentiment commun ; cette vérité qui m'émeut intérieure*
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ment, il 8*en rit comme d'un rêve ou d*une imagination ; le désintéressement que j*honore , il l'appelle faiblesse ou folie. Que nous sommes loin Tun de l'autre, quoiqu'on apparence si voisins! Nous appartenons cha«* cun à un monde diCTérent. Combien suis-je plus près de quelque âme généreuse et pure de l'autre continent dont la parole a pénétré mon cœur, dont les vertus m'ont enflanmié d'émulation , dont les saintes pensées passent dans mon esprit, pendant que je suis dans la maison de prières I C'est celui-là qui est de mon Églisel»
Plus loin , dans une page que j'abrège à regret , il s'écrie : « Qui donc me séparera d'hommes tels que Fénelon, Pascal, Borromée, de Tarchevéque Leighton, de Jérémie Taylor, de John Howard? qui rompra le lien spirituel qui existe entre ces hommes et moi? est-ce que je ne les chéris pas ? est-ce que l'esprit qui sort de leurs lèvres et de leur vie n*a pas pénétré mon âme ? ne sont-ils pas une portion de mon être? Une àme pure est indépendante de l'univers : elle appartient à rËglise , à la famille des Ames pures dans tous les mondes. C'est la vertu qui est le lien de TËgliso universelle. Nul homme ne peut être excommunié que par luimême , en laissant la piété mourir dans son cœur. »
Admirables paroles ! Touchants élans de l'âme auxquels personne n'applaudit de meilleur cœur que nous. L'Église de Channing , c'est la société mystique de toutes les âmes pures , vœu sublime du philosophe , rêve du chrétien. C'est là, s'il en fut, de la philosophie éloquente, c'est là de la théologie poétique, ce n'est plus de la doctrine. Nous avons dû restituer son véritable caractère à cette doctrine qui nous a semblé contenir une négation secrète du christianisme. Mais nous ac-
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aillons d*u]i cœur ému ces effusions d'une belle àmei lyrisme d*une grande pensée qu'inspire l'amour.
{ L'amour I c'est par là plus que par sa doctrine que Channing fut vraiment chrétien* Ce que Channing veut pour le dogme, n'est possible que pour la morale. 11 a'j a pas de christianisme doctrinal sans certains dog^ mes essentiels» immuables, rigoureusement définis, sévèrement maintenus contre les empiétements de la raison et les caprices de l'exégèse individuelle. Mais il fa, nous le reconnaissons sans peine, un certain christianisme des cœurs, un christianisme implicite qui lie entre elles , par une chaîne mystique , les grandes et saintes &mes de tous les temps et de tous les pays. La pureté du cœur, la loyauté des intentions , la bonne volonté, l'amour de Dieu, l'amour des hommes, la charité, enfin, voilà' de quoi se compose le christianisme primordial, étemel, contemporain de tous les âges, de Socrate et de Cicéron, de Platon et de Sénèque, de Marc-Âurèle et de saint Augustin. Channing est vraiment un héros pacifique du christianisme de l'amour. Il a créé un genre de prédication populaire qui méritera de rester comme un modèle d'élévation de pensée et de tendresse de sentiment.
Channing était une &me essentiellement aimante. Du christianisme , il n'a vraiment bien compris qu'un mot et qu'une idée, la charité. 11 aime Dieu, il aime les hommes. Il établit dans les cœurs cette unité brisée dans les intelligences. Ce fut là sa force , son originalité, sa grandeur. Peu lui ûnporte que tel homme se sépare def autres hommes par la singularité de sa pensée , s'il
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ne s'isole pas de la graQde communauté humaine par la recherche exclusive de son bien-être , par Tégoïsme et par l'oubli de ceux qui souffrent. La société ne vit que par la solidarité qui en unit tous les membres; c'est là le fait, mais il faut maintenir et, si je puis dire, consacrer le fiiit par un sentiment : il faut que la solidarité matérielle des intérêts devienne la solidarité sacrée des âmes. Et ce n'est pas là , croyez-le bien , une pure effusion de sensibilité vague, qui aime à se dispenser des petits sacrifices de la vie de chaque jour par l'amour immense et commode du genre humain; ce n'est pas là cette philanthropie banale et déclamatoire dont les partis aiment trop souvent à se faire une affiche ou un drapeau. C'est une philanthropie agissante, c'est une sensibilité pratique, c'est* un sentiment défini, réglé par un devoir. Voilà quelle est la source vive où s'inspirèrent ces admirables pages , recueillies avec un soin pieux. L'unité de ces œuires, c'est le sentiment vif et profond des devoirs de l'homme envers la sociélé et particulièrement envers les classes souffrantes de la société. Channing fut le prédicateur inspiré des ateliers et des faubourgs. C'est une belle gloire, aux yeux de ceux qui comprennent vraiment le devoir chrétien de l'aumêne spirituelle, comme aux yeux de ceux qui, prenant la chose au pomt de vue pratique , conçoivent les nécessités des temps.
Rien n'est rare et difficile comme de savoir parler au peuple. En France, on ne l'a presque jamais su, et moins que jamais ou le sait à notre époque , qui prétend néanmoins avoir créé une lillérature populaire. La question est assez grave pour que nous nous y arrêtions un moment.
La seule littéi'ature populaire qui ait réussi de nos
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;Oars , c'est un genre tout particulier de romans et de drames qui ont poussé la violence des émotions jusqu'à une sorte de démence et d'épilepsie littéraire. Le peuple se jette avec avidité sur ces lectures ou se rue à ces spectacles. Qu'arrive-t-il nécessairement f A de pareils exercices, la sensibilité du peuçle s*use vite. Voyez cet ouvrier qui va se délasser de son âpre travail de la journée en repaissant soq Âme de cette nourriture malsaine que lui servent des dramaturges violents : il a des pleurs , il a des ciris pour ces situations déchirantes qui se déroulent dans ce monde factice, devant ce soleil fameux allumé chaque soif par la main de l'homme ; mais quand il rentre dans la vie réelle , le soir dans sa mansarde, le lendemain dans son atelier, il 7 rapporte une imagination surexcitée, un cœur blasé. Au sortir de ces émotions terribles , il se trouve sans force devant les réalités de la vie , sans pitié pour les maux sincères , sans sympathie pour les vraies douleurs. Comment voulez-vous qu'il s'intéresse à cette pauvre mère ou à cet enfant malade , quand hier il a pleuré toutes ses larmes sur le sort d'une héroïne romanesque , succombant sous le poids des plus effroyables catastrophes? Il n'est plus en frais de sensibilité. La misère réelle est si fade auprès de cette poésie terrible de la scène livrée au mélodrame!
Le peuple , dont il faudrait si sagement ménager les instincts délicats, épuise ainsi tout ce qu'il a de tendresse au profit de ces infortunes imaginaires : il dissipe dalhs ces puériles horreurs ce doux trésor des larmes que Dieu ne fait fructifier en nous qu'à la condition que nous en soyons économes; les sentiments se dessèchent, et l'excès de l'émotion factice unit, par le rendre insensible aux maux sérieux, aux douleurs qui souffrent. Sa
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maip ne connaît plus l'aumône , son cœur ne connaît plus la pitié, cette aumône de l'àme, plus sainte encore f et qui enrichit celui qui la distribue*
Qu'arrive4-il encore dans cette littérature violente? Le peuple Yoit s'étaler sur le théâtre ou dans le roman des crimes gigantesques, d'épouvantables trahisons, qui ne se dénouent qu'à grand renfort d'intrigues abominables , de poignards , de poison. Est-ce donc ainsi qu'on prétend régénérer les classes illettrées î Le peuple frémit , cela est vrai , devant ce hideux spectacle ; mais savez-vous bien queUe impression il en rapporte? Le dramaturge a créé des monstres; le peuple les couvre de ses anathèmes , mais eh les maudissant il fait un retour complaisant sur lui-même, il se compare à ce qu'il a vu et cette comparaison le rassure. Que sont ses vices , à lui , près de ces crimes énormes ? Des faiblesses à peine; et, charmé de se trouver presque innocent en face de ce monde étrange où la nature est outrée dans le mal , il se console de ses fautes, il s'absout, il s'applaudit peut-être, et voilà ce qu'on a gagné à faire passer devant ses yeux, mornes de terreur, les spectres hideux qui agitent le rêve haletant du mélodrame.
Heureux encore le peuple , quand il ne sort pas de ces spectacles avec de mauvaises passions dans le cœur, la haine , l'envie et une sorte de mépris furieux pour les heureux du siècle, pour les riches. On a flatté le peuple bassement et sottement, en l'habituant au contraste éternel du vice, voire même du forfait sous l'habit,- et de la vertu immaculée sous la blouse. Le public n'ignore pas que ce sont là de pures fictions littéraires ; mais qui ne sait que les fictions exercent à la longue une influence secrète sur nçtre manière de voir, de sentir, de juger Y Que de pièces n'a-t-on pas vues, dans ces der-
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nières années, étaler sur les théâtres du boulevard e4to méchante et fausse anthithèse , qui n'est bonne ^u'à troubler les émes et A remuer les sanglants souTenirs f Ces courtisans du peuple soûl ses plus perfides ennemis^ On ne flatte pas ce qu'on aime ; on ne caresse pas les mauTais instincts de son ami ; on ne se fait pas un jen criminel d'irriter ses secrètes rancunes et d'ameuter ses passons. Si cela est toujours détestable» combien pÏM encore cela le sera-t-il quand il s'agit du peuple, cette portion souffrante, aigrie, irritable de l-bumanité; (juand tous ces dédamateurs s'adressent en hyperboles à cette sensibilité fléyreuse , à cette imagination, nalva^ ment crédule , à ce bon sens dont la rectitude naturelle, mal dirigée par une raison ignorante, s'égare si aisément, se trouble et tombe à chaque piège dressé' spr sa route ? Ce n'est pas ainsi que la morale yraiment chrétienne entend Téducàtion du peuple, elle ne veut pas qu'on le corrompe en le trop vantant, en lui persuadant que la bonne foi, la justice, les affections généreuses, exilées d'en haut , n'ont plus de refttge que dans son cœur. Elle ne veut pas que l'on sème ainsi la haine en« tre les classes; son effort est tout au contraire de réconcilier les âmes par l'estime mutuelle, de ramener les classes les unes aux autres par la solidarité du devoir et les tendresses chrétiennes de la charité, de persuader aux déshérités cette grande vérité, si fort calomniée, de la résignation et de l'épreuve , en présentant aux heureux du siècle cette autre face de la même et immortelle vérité , à savoir qu'ils ne peuvent justifier leurs richesses que par le bon usage , en se faisant, selon l'admirable parole de l'Évangile, les trésoriers des pauvres. Sans doute, ces vérités sont mieux. à leur place dans TEglise qu'au théâtre, et nous serions mal venus de
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convertir le drame en sermon. Mais si le drame ne doit pas être wie prédication, il ne doit pas être non plus un pamphlet. Si le roman ne doit pas être une homélie, il ne doil pas être un cri de haine. Je fois grâce aux autem's de ma tirade sur la charité ; mais qu'ils me fassent grâce aussi de leurs déclamations contre la richesse et de ]^urs anathèmes contre la société. Nous serons quittes et tout rentrera dans Tordre.
C'est là pourtant , c'est dans ces romans , c'est dans ces mélodrames que se trouve de nos jours, en France, la seule littérature que le peuple accueille avec plaisir et qu'il lise avec avidité. En dehors , il n'y a plus que des œuvres au-dessus et au-dessous de l'intelligence populaire. Tel est, en effet, le double écueil de la littérature destinée aux classes laborieuses ; elle demande à ses lecteurs prolétaires trop de sacrifices ou trop d'efforts; elle les abêtit par de puériles banalités, comme celles dont regorge la balle du colporteur, ou bien elle les tire trop violemment de la sphère de leui*s habitudes et du train ordinaire de leur vie. M. Charles Nisard nous a donné , dans son intéressant ouvrage , l'effrayante nomenclature des œuvres idiotes qui ont servi et qui servent encore de pâture à l'esprit du peuple. Faute de mieux, les pauvres gens se font. passer de main en main ces almanachs ignares et ces imbéciles facéties qui défrayent les veillées de la semaine et les loisirs du dimanche. C'est là , on en conviendra , une littérature hébétante , et , sHl est vrai , comme on le prétend , que des écrivains connus aient prêté plus d'une fois une collaboration anonyme à la rédaction de ces lucratives inepties, il fallait pour cela être doué d'infiniment peu de dignité personnelle et d'infiniment de mépris pour le public.