‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 31 sur 56 · I.eçon imposante, enseignement précieux pour tous eea · texte numérisé non relu

I.eçon imposante, enseignement précieux pour tous eea

hommes de parti, si absolus dans leur système, et qui sacrifient à leurs passions les plus chers intérêts de la patrie. Pour qui assiste au spectacle quotidien des irritations et des bouderies dont la faiblesse des hommes est si féconde, on peut dire que c'est une des victoires les plus complotes que le patriotisme ait jamais remportées sur l'esprit de système, sur l'orgueil humain, et sur l'égoïsme en politique.

Un fait curieux dans leur vie à tous, c'est la lassitude qu'ils éprouvèrent après Taccomplissement de leur œuvre, et le besoin immense qu'ils ressentirent de se retirer de la scène publique pour rentrer dans la vie privée.

Depuis les plus grands jusqu'aux moindres d'entre eux, tous le proclamèrent hautement.

A ce sujet, M. Guizot s'écrie :

c< C'est un fait grave dans une société démocratique

D libre, quel'éloignement des hommes les plus éminents,

» et des meilleurs entre les plus éminents, pour le rema-^

y> niement des affaires publiques. Washington, Jefferson,

x> Madison ont aspiré ardemment à la retraite; comme si,

» dans cet état social, la tâche du gouvernement était trop

» dure pour les hommes capables d'en mesurer l'étendue

D et qui veulent s'en acquitter dignement, n

7* LES IIEllX AMËllIQUfS. ^^

M, Guizoï, i]»\ nikrililo belles pit(esturW*shin^lnn, ni qui a jugâ nviic une hauteur d'esprit remafiuable la révolulion am^ricainu, s'eal trornpûon sccusanl la démocraliâ de fuira trop pénible uux hommus dmineni» U liîcbe <Jii gouvernement. Les hommes lie cette é|io(]iiD t\\ni nous venons d'eequisser, avaient d'autres mr;tifs pour aspirer à la rDlrailfl. Tous avpiiunl compris, comme inspirés pur Ii Providence, jusqu'à quelle limites ahail leur eoQOMm dans l'œuvre qu'ils avaient accomplie. C'est ce qui leur doit être attribué à honneur, et c'est un des o6tés les plus glorieux de leur bîsloire.

Heureux l'homme d'Etat qui, après avoirieou le pouvoir, devine el saisit l'instant où il doit se retirer, pour ne point se voir emporter par un courant qu'il n'est plus le maître de gouverner!

M. Gui^ot l'a senti lui-même quand, examinant point à point les dernières heures du second terme de la présidence de Washington, il fait remarquer que, débordé par une politique qui n'était plus la sienne, ce grand homme avait fait une halle salutaire et prudente pour la renommée 81 pour son pays.

Il en fut de même de tous les hommes qui avaient concouru, avec Washington, ù l'établissement de la Képublique. Leur rôle tini, ils se retirèrent.

xin.

Un seul d'entre eux, JefTerson, n'avait pas encore dit

son dernier mot, parce que sa politique n'avait pas eu son heure encore. 11 s'était comme tenu à l'écart pendant la première période de la révolution ; il lui avait prêté toutes ses forces, tout son talent, toute son énergie, mais il ne la voyait point entrer dans la voie qu'il avait rêvée pour elle.

Comme tous les hommes de génie, il avait refoulé et contenu ses espérances, en jetant ses regards vers l'avenir. Tout ce qu'il pouvait, c'était de maintenir la République, pressentant que le seul fait dé son existence amènerait un jour, par la force des choses, la réalisation de ses idées à lui.

Washington avait été aux yeui^ de Jefferson l'homme d'une transition laissant ouverte encore l'ère des révolutions, qui ne devait.se clore qu'à l'avènement d'une politique nouvelle, laquelle avait de vieilles racines dans la société américaine, mais dont les germes avaient été comme étouffés. Jefferson en était le représentant direct.

Il pouvait, après l'abdication de Washington, aspirer déjà à apporter au fauteuil présidentiel l'esprit démocratique qui avait envahi le pays. Mais Washington, se retirant du pouvoir, laissait derrière lui de trop grands et de trop glorieux souvenirs pour que l'opinion publique, mètne à rencontre de ses sympathies, n'obéit pas à la voix de celui qu'on avait surnommé le père de l'Amérique. L'élection d'Adams était un dernier tribut d'hommages et de re^ pect payé aux services de Washington. Jefferson l'avait senti. Il s'était retiré dans son isolement, voyant autour de lui le flot de cette démocratie qui le porta naturellement jusqu'au niveau de la présidence le jour où il fallut dési-

T6 LES DEUX AMÉBTQCE8.

gDer Ut] remplaç-mi â Adams, le dernier écho de la politique el de la pensée de Washington : Adams se retira complète me ni des affaires, et se voua aux études littéraires ei scienliliques.

Comme leurs coatemporaina , Washington et J svaienl été des hommes vertueux et dont l'Irae sspirait aux plus hautes destinées.

Une république fondée par un con'cours sans exemple d'hommes exceptionnels, ne pouvait rencontrer pour l'affermir deux esprits plus nohles, deux consciences plus pures, deux intelligences plus solides.

Ils ont fait leur pays grand el respecté, ils oïit assuré la victoire de la liberté dans le présent et dans l'avenir, ils ont ouvert à l'humanité le chemin de sa véritable destinée.

Chacun d'eux a suivi une politique différente, mais chacun d'eux a été de son moment. Déplacez-les; faites que Jefferson eAl tenu le pouvoir a la place de Washington, et Washington à la place de Jefferson, ils eussent perdu la République, la liberté el la démocratie, dans ce qu'elles ont de plus sage, de plus régulier et de plus divin.

Les paroles de U. Guizoï qui suivent celles que nous avons citées plus haut, sont éloquentes, mais nous ne les

croyons pas vraies. Elles sont la traduction d'un sentiment louable» sans doute» et peut-être personnel ; mais nous ne croyons pas qu'on les doive ériger en axiome.

ce A eux seuls pourtant ( les hommes éminents) cette là- » che (celle du pouvoir) convient et doit être confiée. Le x> gouvernement sera partout et toujours le plus grand » emploi des facultés humaines» et par conséquent cei> lui qui veut les âmes les plus hautes. Il y va de Thon- D neur comme de l'intérêt de la société qu'elles soient ^t- )» tirées et retenues dans l'administration de ses affaires ; » car il n'y a point d'institutions» point de garanties qui )» puissent les y remplacer, d

Nous le répétons» Washington a quitté le pouvoir à temps» Jefferson est venu à son heure I Arriver trop tôt ou rester trop tard au gouvernement était la ruine de tous les deux.

GHAPiTRI iV

l*lMair«r4toM paMkiae •«& fttote-t'

On doit •iiribuor une bonne |mii1 de la proHpf^ritô poliiM|ue des KtAU-Ini» à riroroenMe développemenl de l'in- Mruftion dan» ce |Kiy<.

Te n*(»»l pa* M»ul(*ment au poinl de vue de la siiuali«»n aciurilt* de ri'nion amôriraine que les bienfiiU de 1*10- Mrurtion donent «Mre nmMdt'rés n>fnme une des rau^te^ Ir^ plu» M*rieuv^ du \iTntt\ dt'*\fl<ip|H*roenl de celle nalKHi L'instruction ) a vUi* de tout t4*m|is r(*|»aiidue à floU, ri a eucnv une inflii<-nrc ron«MJt'*ralft<* nur le caractère de« pn^mien colon*; iiifluiMice dont le |4s<« de ces pa)» c^t en droit de te glorifier.

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 79

Les états voués à la forme démocratique, y aspirant ou persistant à y demeurer, doivent donc, avant tout, se demander s'ils ont préparé les générations passées, présentes et futures au rôle difficile qu'ils leur ont réservé ; s'il les ont façonnées moralement è l'accom plissement de devoirs pénibles quelquefois à remplir, et dont l'exacte intelligence échappe quand les passions primitives et les entraînements grossiers n'ont pas été préalablement domptés.

Nous allons voir comment le peuple américain a pratiqué l'enseignement i l'égard des masses, quelles applice^ tions il en a faites^ et les avantages qu'il en a retirés.

Les besoins intellectuels des peuples peuvent très-bien différer entre eux, malgré la similitude, sympathique ou contrainte, des besoins politiques. Il n'est donc pas dit que partout les mêmes causes doivent produire les mômes effets, et que les mêmes résultats s'obtiennent de la pratique des mêmes principes,^— -surtout en matière d'enseignement.

En France, par exemple, nous avons, tle plus qu'aux Etats-Unis, un héritage littéraire glorieux à continuer ; nous avons, de plus qu'eux, des loisirs qui demandent à être intelligents et cultivés, des traditions nationales qui obligent.

Si donc la pensée nous venait d'établir un rapproche-

80 I.F.S DlilLlS ASIÉniQlIES.

meoi enire la France et les Ktals-Lnis, sous m rapport, nous devrions tout d'abord icnir compte des conditions morales des deux pnys, — en dehors des conditions politiques;— el cela seul suffirait pour écarter toute idée d'application absolue d'un même système. Je n'oulrepasserai donc pas la limite do mon sujet.

On sait que les colonies du nord de l'Améri({ae, connues sous le nom de Nouvelle-Angleterre, furent le berceau des instilulions et de la société américaines telles qu'elles existent aujourd'hui , et telles qu'elles étaient déjà réglées et comme arrêtées dans la pensée des émigrants qui vinrent peupler ces contrées. En mettant le pied sur le rocher de Plyroouth, ils y avaient, pour ainsi dire, déposé le germe de l'avenir da l'Amérique. Ces hommes, qui appartenaient presque tous à la secte des puritains que les persécutions de l'Angleterre envoyaient au désert, représentaieni des doctrines religieuses qui se confondaient en plusieurs points avec les théories républicaines et démocratiques les plus absolues.

Les principes qu'ils réchauffaient au fond de leurs cœurs étaient connexes à œus d'une austère morale, llsseoiaient que l'instruction seule pouvait les conserver intacts et purs. Forts, au milieu de l'exil , de leur foi dans le présent et

DE L'instruction publique aux états-unis. 8t

dans Tavenir, ils se constituèrent immédiatement en société; et, faisant reposer le triomphe de leurs idées sur la diffusion deslumiôres» ils proclamèrent^ lespremiers, celle maxime» qui devint peu à peu un axiome en Amérique : que « tous les enfants d'un État devaient être gratuitement instruits par l'État, d Et ils firent, par la pratique, que celte croyance s'introduisit dans les mœurs. Or, toute pensée qui» en s'infiltrent dans l'esprit et dans le cœur d'une nation^inspire en quelque sorte la loi avant que la loi impose ses obligations, est évidemment une pensée vitale, inhérente aux besoins de ce peuple, comme le sang est nécessaire au corps.

Si bien que la démocratie et l'instruction populaire qui est son premier, son plus ferme et son plus efficace appui, étant nées, pour ainsi dire, le même jour en Amérique, elles se soutinrent l'une l'autre, et s'entr'aidèrent à se développer au fur et à mesure que la République des États- Unis prenait de l'extension.

Cet axiome, proclamé jadis par une poignée d'hommes ardents et sincèrement convaincus, a porté ses fruits en devenant une loi commune et acceptée aujourd'hui par tous les États de l'Union , dans des limites plus ou moins étendues, que je ferai ressortir plus loin.

Il est évident que c'est quelque chose de plus qu'un sentiment de pure générosité qui a poussé les États-Unis à adopter et à pratiquer sur une large échelle l'axiome que j'ai cité plus haut.

Il faut en attribuer l'honneur à des préoccupations po*

82 LES DEUX AMÉMQOBS.

litiques très-élevées, inspirées par rinleHigende eiMle des besoins et des conséquences de la dénioentie.

Sous une forme de gouTemementoA chacun est positivement et dé fait, i prendre une part plus fna moins directe, plus ou moins active aux aflhires, l'inlérAl de tous exige qiio chaque citoyen soit capable de remplir sûrement et avec garantie le mandat qui lui est confié. «— De même qu'il y a pour cliacun un intérêt individuel trie évident i se montrer digne de ce mandai, soit qu'il l'accomplime par le vote, qui est un des actes les plus importants dans celle sorte de société, soit qu'il se traduise par l'éleclion i quelque fonction publique. Or, le vole est une choee de tous les jours, pour ainsi dire, aux États-Unis, et les fonctions publiques y sont très-nombreuses et très-recherchées, depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevées, quoique la plupart soient peu ou pas rétribuées, liais on aHacbe une véritable importance à en t^lre revêtu, parce que, données à 1 élection presque toutes, elles ont la valeur d'une sanction accordée au caractère et à la personne de l'élu. Il est même certains ÉUits, comme celui du Massachussctts, où, dans les communes, les citoyens sont Migé;s^ soim peine ifatnende^ d'accepter les fonctions auxquelles les élisent lears eondloyens.

DE l'instruction PUBLlQUIi AUX ÉTATS-UNIS. 83

Ce double intérêt que ressentent à la fois la communauté et l'individu, chacun de son côté, a aidé prodigieusement au développement de l'instruction aux Etats-Unis.

Par contre, les institutions sociales ont acquis d'autant plus de force et de stabilité, qu'un plus grand nombre d'intelligences en pénétrent bien et profondément le sens et l'esprit.

Il faut eoDSialer, en outre, que la question de l'enseignemeot, aux États-Unis, est une question toute résolue dans Fesprit et le cœur des habitants ; que les causes que nous avons développées, nées. Tes unes de Tétat social même de l'Amérique, les autres d'une sage prévoyance, et toutes se rattachant fc des idées d'un ordre très-supétîeur, font que Tinstruction y est un objet de constante sollicitude de la part des gouvernements et des cttoyens eux-mêmes.

Les taxes que l'entretien des écoles nécessite sont les moins impopulaires de tous les impôts (et souvent elles sont fort élevées), car toutes les classes comprennent également l'importance et l'urgence de ces sacrifices considérables. T coopérer, c'est, pour tout le monde, accomplir le premier et le plus saint des devoirs *.

' Les ressources des écoles sont considéraM es , outre les taxes partiealières pvélevées sur les habitasu. Ainsi» dam la réparti tioa des terres qui a été faite entre les États par le Congrès, une certaine portion de ces (erras a été spédalement aflSBCtée «ux besoins des éooles, et sent désignées sous le non de êchooi't'kmdt. jL'EUt e& paye l'iaiérèt à raison de ê penr % par an. Les encans, les jeux, les loteries sont taxés au profit

LES pem UUAMXIES.

Mais, diaoos-le, on n'a tmo négligé Don plos ea Anérique pour réptodre dans les nusses ce juste Noâment. C'est le bat perpétuel des eSorts de ceux à qui il est dooné de i^uveroer et d'influencer l't^inion publique. Le làls et l'aetiviié de certains hommes soDt iofatigU>lei i eei égvd.

Enfin, on peut le dire, en Amérique, on est parvenu ■ créer le fanatisme de l'enseignement, non moins ardent et non moins inlolérant que le fanatisme religieux. Il semble même que ce ne soit pas assez d'avoir soufflé au sein des masses intéressées cette forte conviction du devoir, il a fallu encore l'imposer à ceux qui en sont l'objet.

Aux yeux mêmes des enfants, on relève, si je puis m'exprimer ainsi, la condition de l'écolier en élargissant le cercle de ses obligations. Dans toutes les fêles publiques, dans toutes les solennités nationales, les écoles ont lu droit de préséance, une place réservée qu'elles occupent avec leurs bannières. A Washingtoa, par exemple, à l'époqne des sessions du Congrès, on conduit les écoles au

de* écoiei ; toutes ie« amendes judiciaires doDt la toi n'a pts préra l'emploi, les successions vacantes, etc., sont pour ellM ■ntant de bénéllces auxquel* viennent se joindre des irapAU immobiliers.

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 85

Capîtole, aux jours où quelque grande voix, comme celle des Webster, des Clay, des Galhoun» des Cass, doit retentir dans son enceinte; ou bien à la Cour suprâme, lorsqu'un avocat célèbre doit y prendre la parole pour débattre quelqu'une de ces larges questions où les intérêts de l'Union sont en jeu.

On bit ainsi comprendre aux enfants, par les leçons et par la pratique, pour ainsi dire, tout ce que le pays a le droit d'attendre d'eux un jour; en les mêlant, dès les premiers pas qu'ils tentent dans la vie, aux choses publiques; en les initiant de bonne heure aux intérêts les plus sérieux de la communauté.

Des trois degrés formant l'ensemble de l'enseignement, celui qu'il est le plus véritablement opportun d'étu* dier c'est l'instruction primaire, qui est le pain moral du peuple, en même temps qu'il est le fondement essentiel de la démocratie.

Des six colonies de la Nouvelle-Angleterre, si bien favorisées à leur naissance, et désignées par la Providence pour imprimer leur physionomie et leur caractère au reste de l'Union, leMassachussettseul le privilège glorieux de marquer entre tous, par la splendeur et par la prospérité de ses écoles et de son système d'enseignement. Aussi les

86 LES 1>ELX AMKHlCirEâ. ^P

écoles du Hlis«a<'hus9el$ onl-^iles K^rvi el servent-ellec encore Rujourd'h'ii de iiio)^Ie« » \oai Im nulreu Eut»- Jo prendrai donc le plus souvent le Matmc)iuwM« pour sujet de celle élude.

A memr» <fu« !■ eomélé t'ot^ninil kmib les aSorU intelligents «les premiers nolonisateurs, la population eroHMh égilenieni; mai», dans son rapide e»tor, elle s'était gTOMie (t'élémenu moins purs, propres â compromoWe l'oenvre iloni leur foi poursnivsil le triomphe, l'n tel état de choses dut nêcossairemenl leur inspirer d'astn ■érieuMs intjuiéliides pour qu'ils jugeassent à écrire dans la loi ce que l'austérité seule des ntamn milîn»qu&-là surfi à garantir, à proléger.

Ils s'attaquèrent d'abord aux personnes, cela était logique, ei ils introduisirent dans leur législation des peines très-dures contre ceux qui, en refwant d'envoyer leur» mfatUs aux écoles, contrilnieraient à entretenir l'ignorance el l'irréligion ' .

L'intervention de la société dans cette grave quettion alla même ai loin que, m sululiluant à la famille rebelle ■ux injonctions de la loi, elle enlevait aux pères les droits qne la nature leur avait donnés, mais dont ils usaieDt d mal, et s'emparait de la direction des enfants. Et, eoMme s'ik tvaieni en même temps pressenti l'iofluenee, qu'un joar, leur système d'eowignement d«viH eitereer sur loale l'Amérique, les colons du HsasschuaBels voulureal en «•ueir les bues dans un code écrit. Ils établirent donc

■ IrOH doi pnviHea, Ms de» oetoùa*.

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 87

une double législation pénale et organisatrice, trôs-volu* mineuse aujourd'hui, mais dont l'esprit, sauf les modifica* tions imposées par le temps et par la marche dea idées, est resté le même.

Ne perdons pas de vue, et ceci eai important, que iet colons du Masaacbuasets, en décrétant des lois pénales en matière d'instruction, agissaient dans un intérêt de ooa* servation ; qu'ils voulaient sauvegarder et protéger une chose exisuinte, et qu'ils donnaient en quelque sorte un tuteur à un arbuste déjà en fleurs. Ils déteodAÎent tout siaiplement la civilisation contre renvahissement imminenl de la barbarie.

C'est le sort de toutes les idées vraiment grandes el exploitées, dès leur débol, habilement et avec inteiiigence, d'entraîner le progrès avec elles, au lieu de le suivre dans sa marche rapide, et de le modifier si bien avec le temps, qu'à peine on s'aperçoit, à des époques données, si, à leur origine, elles se sont imposées par la terreur. Aussi n'estce plus, aujourd'hui, à la sévérité de la loi qu'il faut attribuer le magnifique spectacle qu'offre en Amérique l'état de l'enseignement populaire.

Si, dans le Massachussets, la loi s'est montrée inflexible envers les personnes, en tant qu'eUe élaii piéveBliie» à

88 LES DEUX AHtolQlUa.

mesura que le senlimeot du devoir a pénéiré, 'mnm «n influeuce, dans les femilles, elle a su se reUeber pea i peu de ses rigueurs exoenives i l'^rd des partienlien pour les appliquer aux communes, sur lesqudles aile pesa actuellement d'un poids lourd mais inlelligeot.

Cependani, tout en élargissant le cercle de son Éetion, la législation du Hassachussets s'est réservé encore un recours, faible et indirect en appar«)ce quoique toujoars sAr, contre les individus. Ainsi, par exemple, tueuD enhnt au-dessous de quinze ans ne peut être employé dans une msnuficlure ou fobrique quelconque, s'il n'a suitï, pendant trois mois au moins, avant l'année où il est admis dans rétablissement, soit une école privée, soit une écolo publique '.

Tout propriétaire, agent ou administrateur d'une manufacture ou fabrique qui emploie un enfant sans s'être assuré, au moyen d'un certificat en règle, que celuici a rempli les conditions voulues par la loi, est condamne i une amende dont le cbiffre est fixé i 270 francs ^.

La loi, plus douce aujourd'hui pour les individus, ai-je dit, est précise et rigoureuse â l'égard des communes. En effet, la création el l'entretien d'écoles gratuites * pour l'é-

1 Stahiitt of 1836, chip. 31S.

^ Aui Euts-Unis on a ud mojeo toujours iQr, quoique peu digue, d'iMurer l'eiéculion de ces sortes d'artéls. Le produit de l'amende, en beaucoup de cas, comme dans cc1ui-ci,par eiemple, est toujours au proflt de celui qui dénoDce la contravention.

> Bmttd ttatHtei, chap. 3.1.

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 89

ducatioD des enfants résidant dans leur circonscription respective, sont pour elles une des obligations municipales les plus importantes inscrites dans leur acte d'incorporation S et elles sont tenues d'y satisfaire» sous peine d'à* mondes dont le chiffre est très-élevé ^.

Le nombre des écoles è établir» le nombre de mois pendant lesquels elles doivent rester ouvertes, durant l'année, sont subordonnés a l'importance de la corporation. Ainsi :

Toute ville, quelle que soit, dit la loi, l'étendue de son territoire, quel que soft le chiffre de sa population, est obligée d'entretenir au moins une école pendant six mois, chaque année.

L'existence de cent feux dans une commune nécessite l'entretien d'une école, ouverte pendant les douze mois de Tannée, ou de deux écoles pendant six mois.

Pour cent cinquante familles, la loi ordonne l'entretien de deux écoles pendant neuf mois, ou de trois pendant six mois.

Du moment où le chiffre de la population atteint cinq

> L'incorporation est la franchise. On obtient de la législature une loi d'incorporation pour des sociétés commerciales, industrielles» etc. Cela équivaut à peu près aux arrêts qui autorisent en France des sociétés à se constituer en sociétés anonymes, c'est-èhdire à mettre les individus à l'abri des mauvaises chances de fortune de l'association, et réciproquement.

^ Dans des rapports que nous avons sous les yeux, le secrétaire du bureau de l'éducation ne cite qu'une seule commune dans le Massachussets qui se soit refusée envers les écoles i toute dépense autre que celle strictement exigée par la loi.

90 LES DEUX AHÉniLives.

cents familles, oulre deux i^les primaires ouvertes pendant toute l'antH^, la corporation doit «fnirelenir une Iroisiëme ^le spâcialo, où tes enfants reçoivent iiiie ÎDsirortion primaire d'un dogtà supérieur.

Dans les villes d'au moins quatre mille ItiMÉ, l'iBatltiH teur doit âire an état d'ens^gner le gtee, le Iftiln al toutes lei branches de l'enseignement secondain.

Tel est, en résumd, l'esprit de la I^alatlon do HâMh chussets en cette matière.

C'est sous l'empire de celte IdgialaUm, sotM llBlItMbce du senUmetit droit, juste et profond qil'a de Wk idlMH k société amâricalna qUe furent fondées les école« publtqaei ou communes dont les résultats sont brefs s énuraérer, ter ils se résument en ces quelques lignes : qu'on aé rehoontre pas, pour ainsi dire, dans tous les Etats du Nord un aeul individu qui ne sache lire ei écrire, et qui ne possède, en outre, cerlainesconnaissancesessentiellffl et indispensables sous un gouvernement démocratique.

Un sjntème qui produit de tels résultats devait agir fortement sur le reste des Elata-Unig, qui se sont empressés de l'adopter.

Ces écoles publiques, ouveriet gratuiiameot, pour l'in- Mruetion prinkaii*, i toutes l«s classes d« la soeiélé in-

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 91

distincteroent, sont l'œuvre de tous, de l'Etat comme des communes qui y coopèrent simultanément et dans les limites de leurs obligations respectives, comme nous le verrons plus loin. Elles ont toutes les sympathies, toutes les affections, toute la faveur des masses. Lés eSlorts de chacun tendent constamment à en assurer le succès et la prépondérance sur tous les autres établissements de ce genre, parce qu'elles représentent véritablement Topinion publique, parce qu'on les considère, avecraison, comme la création la plus complète née du souffle démocratique, comme le moyen le plus puissant et le plus efficace d'entretenir entre toutes les classes de la population les sentiments d'égalité politique et de fraternité qui, dans tous les pays, sont la base des institutions républicaines.

Aussi, est-«e bien dans ces écoles, aux deux degrés où elles existent, qu'il faut chercher et qu'on trouve véritablement l'instruction publique aux Etats-Unis; car c'est là seulement qu'elle a pris ces développements prodigieux qui frappent d'étonnement, d'admiration et d'envie. La liberté entière qui existe en ce pays, en matière d'enseignementi a donné naissance à une multitude innombrable d'écoles et d'établissements de toutes sortes, laïques ou religieux, dont la plupart même sont gratuits aussi.

Mais il ne faut pas croire qu'il y ait lutte ouverte entre les écoles publiques et ces dernières. Ce serait faire supposer qu'en Amérique il règne deux esprits. Il n'y en existe qu'un seul en fait d'instruction, et il y est général : répandre les lumières par toutes les voies possibles.

A coup sûr, les écoles publiques y satisferaient ample-

9S LES DEUX AMftRIQim.

ment si, à eblé d« besoins iniellaetuds, ne s'dmiieal pn les nécessilés religieuses qui difinDt, mita «ur ce Mul poÎDt, les ÉUts-Unis en une multilodtt de fractions dilBeOcs àéaumérer.

Le fanatisme des sectes est t'uniqne adversaire que ren> contrent les écoles communes. Ce sont donc les aeeta religieuses qui élèvent, uniquement dans l'iniérét de lean controverses, des écoles privées. En eflist, la coiuUlalion des Etats-Unis ne reconnaissant aucune relîgîoD et s'îslerdisant d'en prohiber aucune, l'ensagnemenl rdigianx eM nul dans les écoles publiques. Il en est mtaie proaerii, d défense est faite à tout inslilateur de porter alleinle, d'une manière quelconque, à cette abs(dae liberté de religion. L'enseignement religieux étant considéré comme un droit du foyer qu'on respecte scrupuleusement, les sectes ont, dès lors, beau jeu de spéculer sur leur iniluence respective pour appeler à leurs écoles tous ceux qui sont en communion d'idées avec elles. La société n'en retire pas mcùns le bénéfice qu'elle recherche.

Si grandes sont les préoccupations qui domineol les masses en Amérique, su sujet de l'instruction, qu'il s'y est formé une vasle association, sous le nom à'Union amé- Hcoitw pour ta éaila du dimanche, et dont la mission

est de répandre les lumières et les premiers principes de moralilé parmi les classes de la population qui ne peuvent assister aux écoles pendant la semaine : ainsi les ouvriers, les domestiques, les esclaves même, etc., etc. Cette société compte parmi ses membres des femmes riches, des hommes influents, qui consacrent librement et gratuitement leur journée du dimanche à Taccomplissement de cette œuvre. Elle a des ramifications sur toute la surface de l'Amérique, et exerce une grande influence par ses missionnaires, par ses publications, par ses journaux, par ses livres excellents, se vendant à des prix d'une modicité qui nous semblerait fabuleuse.

De cet état de choses découlent naturellement deux importantes questions, celle de la liberté absolue de l'enseignement et celle du système d'organisation des écoles publiques.

Il importe d'abord de faire ressortir ici ce point capital que dans toutes les écoles, privées ou publiques, laïques ou religieuses, un même esprit anime les instituteurs à l'endroit du double résultat que la société se propose d'atteindre. Par exemple : que l'instruction primaire, réduite aux simples notions de l'écriture, du calcul, de la morale, ne suffisait pas, au point de vue de l'intérêt de tous, et qu'il était nécessaire d'y ajouter, — et c'est un acte de prudence, — l'explication précise et nette des droits que chacun a à faire valoir dans la société , et des devoirs auxquels chacun est tenu envers elle. 11 est donc à remarquer que dans toutes les écoles, quel que soit le degré d'enseignement qu'on y reçoit, l'une des branches de cette

instruction est d'abord l'étude de la constitution de l'État» puis, plus tard, celle de la constitution fédiSrative. 11 en résulte, et le fait est constant, que tout citoyen, dans quelque classe qu'on le prenne au basard, connaît les institutions à l'abri desquelles il vit, et en possède non pas seulement la connaissance superficiellet puais encore le sentiment exact et juste, car on le lui inculque dès le bas âge.

Un tel fait a des conséqnences qu'il serait superflu d'essayer de démontrer, elles frappent assez.. L'enseiguement primaire, réduit aux simples proportions où nous nvons l'habitude de le réduire, quoique étant un immense bienfait au point de vue de la morale, manque encore cependant aux obligations que lui impose l'avenir de l'État, si on ne sait pas ajouter aux connaissances qui font de la brute un homme, celles qui font d'un homme un citoyen. Ce n'est pas assez d'ouvrir l'esprit d'un enfant à la perception, il faut prendre garde encore qu'on ne proGte de ce rayon de lumière que vous aurez allumé dans son intelligence pour y jeter plus facilement des germes de désordre et de perturbation, et pour détruire une œuvre achetée au prix de grands sacrifices. L'instruction primaire ne sera et ne peut donc être complète qu'autant que l'enseignement politique lui fera cortège. Cela a été jugé nécessaire en Amérique. -^ Ce n'est pas à dire qu'il en puisse être de môme partout.

Tant libérales que soient les institutions d'un pays, elles ne paraîtront jamais répondre aux besoins de tous, et vacilleront sans cesse sur lours bases, si la plus grande

DE l'instruction PUBLIQUE AUX ÉTATS-UNIS. 95

masse de ceux qu'elles abritent, protègent et appellent à se mouvoir dans leur centre, ne les comprennent pas exacment et ne s'élèvent pas jusqu'à leur niveau. Il est rare que ceux à qui manquent les lumières croient que l'obscurité soit en eux» ils l'accusent plus volontiers d'être au foyer qu'ils regardent sans que ses rayons leur frappent la vue. A ceux*là, le sens précis de leurs droits échappe toujours; et alors, ou ils en abdiquent l'exercice, ou ils en exagèrent la portée réelle.

En deçà et au delà de la vérité, on rencontre donc des indifiérents ou des factieux.

Les institutions, dans les deux cas, sont exposées à subir de graves atteintes, et la société peut être mise en péril. Ce sont surtout les États démocratiques qui se trouvent ainsi le plus menacés et courent le plus vile à la décomposition, à la déconsidération, à leur perte.

Il faut en outre observer, ceci s'applique spécialement aux États-Unis, que la population s'y accroît, chaque année, autant et peut-être plus, par l'immigration que par la reproduetion naturelle* Il arriverait donc inévitablement que, dans un temps donné, l'esprit national, l'esprit même des institutions disparaîtrait, si l'instruction né se répandait pas à profusion parmi ces nouveaux venus sortis de

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lous les centres européens, et doal pas un n'i la lentimei

juste des libertés américaines.

Pour peu donc que l'enseignement fftt difBcîle ou «ri teux à acquérir, les lumières ne pdnétrenieni pas jiisqu ces dernières couches. L'ignorance et les pr^ugés dont o populations portent le germe en elles, sortiraient bieni de leur sein pour jeter de profondes mânai dans le Noi veiu-Monde.

C'est à New-York surtout qu'on se rend bien ounp des pi^es innombrables qui sont linsi tendus aux inst tulions américaines. Ce port est le réoéplaele de loot les émigrations; 30,000, et quelquefois même 30,0(1 individus y débarquent chaque mois. Ils se dispersent, est vrai, sur la surface de l'Union, mais ce gnnd courai dépose toujours un limon en passant. Que de zèle, que d'e forts, que de sacrifices ne faut-il pas pour tromper le m: qui trouve pourtant encore à surprendre la vigilance et s'infiltrer par quelques fissures inévitables '.

Ce qui ne laisse pas de donner une féconde impulsio en Amérique au développement de l'instruction dans li masses, c'est que, à côté des soins de la communau pour la répandre à profusion , cette instruction est n partie sur les femmes i un égal d^ré que sur les homme

■ Il suffit, pour démontrer le lële Avec lequel oo combat mal, d'indiquer le nombre d'écoles qui eiistent i New-YorI Ou j en compte 170 que fréquenlenl 76,000 individus. Dai tout l'Eut lie New-York, la nombre des écoles est de 34,718 1 celui des élèves de plus de 700,000. La population de cei Eb est do prèi de 3,000,000 d'hsbiunts.

Elle est pour ces derDières tout aussi grave et tout aussi sérieuse, et elle concourt à exercer une influence salutaire sur les premières impressions que les enfants reçoivent de leurs mères.

L'éducation du foyer est donc grave et austère aux États- Unis, comme renseignement public qui doit la suivre» et c'est bien à cela qu'est due cette maturité précoce qui distingue les Américains.

Les mœurs, les habitudes de la vie exigent d'ailleurs cette gravité dans l'instruction des femme39 et la fendent plus nécessaire en Amérique qu'elle ne le serait partout ailleurs. On sait d'abord que, dès leur plus tendre jeunesse, les filles sont libres, absolument livrées a ellesmêmes, maîtresses de leurs instincts, de leurs penchants, de leur personne ^ Il est donc indispensable qu'on élève leur esprit autant que leur cœur, et que la force du premier serve de défense aux faiblesses du second. En outre, l'éducation du foyer est tout entière dévolue aux mères, les hommes étant absorbés par des occupations qui ne leur permettent guère de jouir de la vie de famille que pendant de très-courts instants de la journée. Cela est absolument général aux Etats-Unis. Il est donc urgent que la femme applique son intelligence à des études dont plus tard elle aura mission d'inculquer les éléments et les principes à ses enfants, non-seulement dans leur bas Age» mais aussi pendant le temps de leur jeunesse, attendu que, dans les

1 Voir le volame que j'ai publié sous le titre : Les Femmes du Nouveau- Monde,

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écoles publiques, renTaut revient toujours, chaque soir, sous le lait palernel. Là, pour le guider, pour l'aider dans ses travaux, il n'u que sa mère!...

En Amérique, la décentralisation administralire est poussée aux dernières limites. Les écoles publiques en ont profilé.

Dans les détails de la vie politique des Américains, rien ne vous fait pressentir l'Union. Il semble que la nation mente à son propre nom. Au contraire des systèmes européens, plus vous remontez au point que l'on désigne pour le centre du pouvoir, moins vous l'y rencontrez.

Hais vous le retrouvez à la base, dans la commune. C'est là que luisent la force, la stabilité, l'ordre.

La commune est la véritable pairie de l'Américain. Dans le mouvement habituel des affaires, le gouvernement de Washington-Cily, le grand milieu de l'Union, est un mytbe pour la commune. Il touche par un point imperceptible é l'État, l'État pèse à peine sur le comté, le comté n'est jamais gênant pour la commune. Celle-ci est réellement le cœur de ce grand corps.

Eh hieni là est la cause la plus réelle de l'immense développement qu'a pris l'instruction aux États-Unis. Maitresse en quelque sorte de ses propres destinées, livrée a

ses propres forcesy chargée de la défense, de Tadministralion, du poids de ses intérêts et de sa fortune, contrainte de prendre dans son sein ses nombreux fonctionnaires, la commune, en Amérique, se trouve obligée, ne fût-ce que par un sentiment d'égoïsme, de s'élever à la hauteur du rôle qui lui est assigné, sous peine de déchoir à ses propres yeux. Le sort de tous exige donc que la plus grande masse possible de lumières, d'instruction, d'intelligence et de moralité pénètre dans l'esprit et le cœur des habitants.

C'est là, dans cette agglomération de quelques maisons, au sein de quelques familles unies dans un même bbt, que le sentiment de l'éducation de tous prend naissance pour se répandre sur la surface entière du pays et devenir une loi générale. U en est ainsi da tous les intérêts politiques et sociaux aux États-Unis; ils s'élaborent et se résolvent, pour ainsi dire, au foyer domestique.

L'État, n'exerçant qu'un contrôle très-secondaire sur toutes les affaires des communes, se trouve, dans la question de l'instruction publique, comme dans toutes les autres, à peu près complètement effacé. Son action directe est nulle.

•Laissant aux communes la charge de la presque totalité des dépenses afférentes aux écoles, celles-ci s'en réservent exclusivement, en vertu de leurs droits de constitution, l'entretien, l'administration, la direction. Elles jugent souverainement toutes les matières qui s'y rapportent, et sont seules responsables.

Les fonds votés pour les écoles forment même une bran-

U)0 LES DEUX AMÉRlQbES.

che d'admÎDstralion financière en dehors du maniement ordinaire des revenus de l'État et de la odmmune. Elles constituent une fortune particulière, sauvegardée par la loi et gérée par des comités directeurs ( incorporés], qui ont droit de posséder, d'acheter, de vendre des capitaux , des immeubles, etc., au nom et pour le mieux des intérêts des écoles.

Tout tend donc à garantir aux communes cette souveraineté.

Le concours moral de l'État, son autorité, sont bornés à la part d'influence que son faible concours pécuniaire peut lui donner. Il ne s'exerce que dans la limite de la loi

^ qu'il a décrétée.

r. Par exemple, les communes sont tenues d'entretenir un

certain nombre d'écoles. L'Etat cx)nstate qu'elles se conforment à cette obligation ; il s'assure que les subsides qu'il accorde sont équitablement 'répartis entre toutes les localités, selon leurs besoins respectifs ; que les fonds sont bien employés à l'usage qui leur est destiné. Le plus loin que son contrôle s'étende, c'est d'exiger des comités directeurs institués dans chaque centre, qu'ils fassent connaître annuellement à la législature la situalion des écoles, les résultats obtenus, les actes accomplis, enfin tous les faits qui peuvent intéresser ou éclairer l'opinion publique sur un sujet aussi important. L'État est représenté dans l'exercice de ce droit par un fonctionnaire désigné sous le titre de surintendant général de l'enseignement. Toute l'intervention de l'administration centrale se borne à cet unique fonctionnaire.

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L'État du Massachussets est le seul» je crois, qui, ayant senti fortement le vice d'une telle décentralisation en une matière aussi délicate, ait créé,' depuis quelques années, un bureau central d'éducation, lequel, sans empiéter sur les pouvpirs des comités locaux, s'est réservé d'exercer une haute influence sur la direction des écoles^ en leur donnant une impulsion unique et homogène.

Ce qui frappe aux États-Unis, non moins que l'admirable organisation des écoles, au point de vue matériel comme au point de vue moral \ non moins que les résultats produits par le système qui y est mis en pratique, c'est le corps des instituteurs, véritables gardiens de la morale publique, responsables devant Dieu et devant la société des jeunes cœurs et des jeunes intelligences que l'on confie à leurs soins.

< Je ne saurais trop signaler à l'allenlion la beauté de la plupart des locaux dans lesquels sont établies les écoles. Dans les villes importantes ils ont toujours des proportions monumentales, rarement ils laissent quelque chose k désirer. Ces immeubles sont presque toujours la propriété des écoles ellesmêmes; dans quelques Etats ils représentent une valeur considérable : dans l'EUt de New- York on l'estime h près do 2,500,000 dollars (plus de 12,500,000 francs).

La sollicitude dont l'enseipement est robjel en Amérique devait nécessairement se refléter sur les personnes chargées de la donner; et l'œuvre si largement entreprise par les États-Unis ne pouvait manquer d'offrir enoore, sous œ rapport, un caractère tout particulier.

On s'est attaché à faire aux instituteurs des deux sexes une position honorable, considérée ; et pour cela on n'appelle généralement à remplir cette belle mission du professorat que des gens présentant des garanties réelles de considération et de moralité.

Pour avoir à coup sûr de tels hommes, il fallait leur faire des traitements dignes et convenables. C'est ainsi qu'on trouve à la Nouvelle-Orléans, par exemple, de simples instituteurs primaires dont le traitement s'élève jusqu'à près de 2,400 fr. par an '.

Il faut le dire, le concours qu'on attend d'eux ne se borne pas seulement au strict accomplissement des charges de leur profession. Leur rôle est plus large et plus élevé. Ce ne sont pas seulement des preuves de savoir qu'on exige d'eux, ce sont encore des garanties de moralité qu'on place sur la môme ligne que les premières. On ne les prend jamais à tout hasard ; on les choisit toujours, et les comités

> Les traitements des instituteurs varient dans toutes les parties de l'Union. Us ne sont pas également élevés partoai; mais partout ils sont convenables et en rapport avec les besoins de la vie. Dans le Massachussels ils sont, en moyenne, de i,CH)0 fr. à 4,800 fr. pour les instituteurs mâles, et de 7tO à i,300 fr. pour les femmes qui se livrent à renseignement public.

exercent sur eux une surveillance et une autorité actives et incessantes.

Tous les instituteurs sont appelés à prendre une paH réelle à Famélioration et aux progrès des écoles et des méthodes d'enseignement. Ils se réunissent fréquemment, et à des époques fixes, en présence des comités directeurs, dans le but d'apporter dans ces assemblées les fruits d'une expérience et d'une pratique quotidiennes, qui jettent de vives fumières dans les questions débattues. Geia-est une mesure généralement adoptée. •

Outre ces réunions éparses, il m tient tous les ans, dans une des villes du Massadrasselts, un congrès de tous les instituteurs, auxquels s'adjoignent les personnes <|uî s'intéressent véritablement à la question de l'enseignement et à sa prospérité. Ces conférences ont une grande portée; et il en est sorti des résultats très-importants, <tos amélioritions très-sérieuses, des progrès tràs-réels, tels qu'on pouvait en attendre d'hommes aossi compétents, et qui apportent, de toutes les parties de l'Union, une expérienee qui manque évidemment aux comités dirsetears^oonplélement étrangers à la pratique des choses rpdimentaires.

Les institQtewirs sont généralement reorutés dans les écoles normaleB dont l'organisatioii proeède direelement du principe et du système des écoles communes. GomiM dans ces dernières, l'instruction y est grataile, mais en an cas, savoir : lorsque les élèves sont nés sur le territoire de l'État, ou lorsque, étrangers è cet État, ils déclarent avoir l'intention de se livrer à l'enseignement dans les éooles publiques communes établies sur son territoire. Alors ils

LES IIËUX AMËHUJUES.

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104 ' LES DEUX UÉIUQIiea.

sont exempts de toute rétribution ; oe qui a*t une preuve nouvelle des sympathies exclusives dont jouissent les écoles

H est un dernier point, enfin, sur lequd nous croyons devoir appeler, l'attention. En Amérique on a créé, dans presque toutes les communes, et en tous cas, dans les plus importantes, des bibliothèques uniquement destinées aux éodes. Quelques-unes d'entre elles sont Irès-remarquables par le nombre et par le choix des ouvrages.

Les comités directeurs y consacrent des sommes asseï considérables ; et les Etats, de leur côté, Tacili tent cas bonne; dispositions en coopérant, par des secours pécuniaires, à la prospérité de ces établissements. Ainsi, la l^islature du Hassachussetts, par exemple, accordes chaque école, pour cet objet, une somme égale à celle qu'elle y consacre ellemême. La création des bibliothèques est la conséquence inévitable, la conclusion du système populaire de l'enseignement. Après avoir donné l'instruction aux enfants, il est logique, il est prudent de leur assurer les moyens d'en faire un bon et sain usage. Après avoir ouvert leur intelligence à la science, on sauve leurs cœurs.

De même que les bons engrais améliorent les terres ci , les fécondent, de même les bons livres font éclore de bonnes et honnêtes pensiies dans les fîmes.

GHAPITRK V

lies Arts et les liettres aum ÉSt»ts-lJiils.

Cette diffusion de Tinstruction aux États-Unis, dispensée à tous sur un pied d'égalité générale, est-elle aussi profitable au développement des arts et de la littérature, qu'aux institutions politiques? — Il faut bien le nier.

Toute la littérature des États-Unis se résume, pour la France, dans trois hommes :

Fenimore Cooper, dont les ouvrages sont si populaires parmi nous;

Washington Irving, que nous ne connaissons ni n'apprécions peut-être pas suffisamment;

t06 LES DEDX AlrtRIQIlIS.

El Prescoll, l'élégant historien de la eonqniie du Meii que.

On croit, assez généralement, qu'entre ces tnns éeri vains s'opère tout le mouvement littéraire de l'Amérique

Des artistes de ce ptys nous ne savons rien ; pas u nom n'est venu jusqu'à nous; U renommée d'aucune œti vre n'a traversé l'Atlantique, soit en peinture, smt e sculpture, soit en architecture.

Quant aux travaux que, dans une autre sphère, pe« produire l'intelligence: histoire, politique, philosophie économie politique, discussions religieuses, ils nous sont peu près complètement étrangers. — J'en excepta FranMii dont le nom est universel.

Je dirai même qu'en France on a sur le compte <i l'Amérique des préjugés assez arrêtés, en matière inle lectuelle. Je ne veux pas prétendre cependant que chez I peuple des États-Unis, la culture des lettres et des ar soit arrivée à un point comparable au degré de ^lendei et de prospérité que ce pays a atteint comme nation pol tique. Loin de làl

Le plus court et le plus simple est donc de présenler l< choses dans l'état où elles sont.

Non, les AméricaiDS n'ont pas, à proprement dire, ui littérature à eux. Pourtant, ce n'est ni l'intelli^ce d<

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