CHAPITRE IX
•e ritopHt
Puis(|ue j'ai dit que le premier «oin «*n ni*»itafil Ir |— uiir l« sol Ai*$ KUU-l nia êUiil de m» (w^nelrer d«» r»-*f ■• amiTifâin, il n*est pan inulile peut^^lre que j*r%^i^ d«*linir ce qu'on entend par ce^ iiioLs. La dHiniiMio q • jVn %ai4 donner ^ rap|¥>rt« plu» parliculièrement «bi ma*urs |M>liiique?« du |»ays qu'aut monirv pn\*vs: iimi« aéra aiM) do coioprendre comineni h» unaa se raOeiciit <k influent nur le» autres.
1^ aociete aux l!taU-l ni» d' \ro«*nqoe « conipo^ é r*^ mental en ap|iarenre e?>M»ntielleoienl cuotradicluirB», «i qv tendent pourtant ven un but unique.
DE l'esprit américain. 195
Cette société semble morcelée, et pourtant toutes ses parties sont liées fortement entre elles, bien que le fîl qui les unit soit à peine perceptible. Il en est ainsi dans l'ordre moral, comme dans l'ordre matériel, comme dans l'ordre politique.
Là est l'attrait des études auxquelles on se livre sur les Etats-Unis. Là est en même temps le péril pour qui ne se rend pas compte, à l'avance, sur quels points il faut exiger que la société entière soit solidaire, sur quels autres points il convient de scinder cette responsabilité.
Celui qui ne sait pas faire à chacun sa part d'action et qui, toujours et en tout, opère sur l'ensemble de ce vaste territoire^ court risque de faillir à l'impartialité. Car alors, dans cette synthèse de la société américaine, si je puis m'exprimer ainsi^ on est exposé à rencontrer autant d'ombres que de lumières, — la faiblesse à côté de la vigueur, — plus d'instabilité que d'ordre et de régularité, — moins de calme réel que do fiévreuses agitations.
Aussi n'est^il pas rare de voir des voyageurs qui ont traversé l'Atlantique, rapporter des impressions différentes et des jugements complètement opposés sur ce pays où il se fait, — dans les idées et dans les choses, — un mouvement si rapide et si continuel, qu'on a besoin d'un retour sur soi-même pour se l'expliquer et le bien comprendre.
LUS ÙtX-X AHÉaiUOES.
Il y B deux choses bien distinctes que l'on tomtiie îmmédiaienienl aui Élsis-Unis : le d^ré de mauirilétnqoel sont parveous quelques lÉtals, et l'enlanlement laborieux auquel sont encore en proie beaucoup d'entre eux.
Dans les uns, tous les éléments d'ordre et de stabilité qui assurent le jeu libre et fauile des institutions apparaissMil avec éclat ; — dans les autres on est aflligé quelquefois da triste spectacle des tiraillements intérieurs. — On s'étonne de l'inintelligence profonde qui y règne des grands inlértts sociaux, et de l'abus qu'on y fait des principes qui constituent la paix et garantissent la prospérité.
On s'explique aisément, dès lors, l'erreur que s'exposent à commettre ceux qui, persistant à voir dans la société américaine un tout indivisible, en prennent texte, pour punir les uns des fautes des autres, et pour les conrondre tous dans UQ même anathéme.
Non I autant on se sent porté à vouer toute son admiration à ceux des États de l'Union qui marcheai dans la lumière, autant les seconds pourraient inspirer de mépris pour les institutions démocratiques et do sérieuses terreurs, si l'on ne savait pouvoir se reposer sur l'esprit américain pour faire justice un jour de ces débordements.
C'est donc dans l'apprécialion véritable de la constitution
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de la société aux Étals-Unis, que git le sentiment d'impartialité que Ton doit rédamer pour elle.
Ceux qui agissent autrement, ignorent qu'il n'existe point aux États-Unis, comme dans la vieille Europe, de centres responsables d'où rayonne tout, — le bien et le mal, — de têtes qui pensent et font mouvoir des bras obéissants, — de cœur d'où part le sang pour aller porter la vie dans toutes les parties du corps, — que, autant il y a d'États, ou mieux autant il existe de communes sur le sol de l'Union, autant on compte de centres, autant de têtes, autant de cœurs! et que chacun de ces États, chacune de ces communes a seul, et demande à avoir seul la responsabilité de ses actes, de ses progrès, du bien-être qu'il se crée.
Comment raisonnablement alors établir de solidarité?
Comment raisonnablement l'exiger?
Pourtant, si elle n'est écrite nulle part cette solidarité, il ne faut pas négliger de constater qu'elle existe, — comme point d'honneur au moins, si j'osais le dire ; — parce qu'elle est dans le cœur et dans l'âme de tous les Américains ; parce que le sentiment de l'orgueil national étant poussé chez ce peuple à un point excessif, chacun là-bas
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semble coonincu qu'il > reiju dft DisO ta miariOn de fi
pousser sur ce vaste sol l'arbre du bon aani «I lea Sean la raison.
Si donc le mol d'ordre ne pari pas d'un centre OMun on peut dire qu'il émane de parlout à la fois.
Tous ceux qui ont assisté au fjrand mouvement qu produit quolidiennemeni aux Etats-Unis et qui fait qu moins de dix années, des villages de quelques centaine! feux se convertissent en villes de trente mille itam, ■ des villes à peine peuplées deviennent tout i coup cités de premier rang, qu'un État tout entier te régéoi — ceux-là, dis-je, qui ont élé à même d'assister à de progrès, peuvenl atlester qu'il y a dans l'air de ce y une influence providenlielle qui, des points les plus (i rîséa, transporte avec la rapidité de l'élecirilé aux exiré lés les plus laborieusement éprouvées, la civilisation a tout son conége de bienfaits et de grandeurs.
<:omment, encore, nier cette influence quand on ' ces nuées d'émigranis sortis de tous les coins du gk qui s'abattent cbaque année sur les rivages de l'.Atlanliq se façonner ^^i promptement sun moeurs, aux lois de t nouvelle patrie, et s'inoculer, presque d'un jour à l'au quand ils séjournent au milieu de la civilisation ami caine, l'expérience de la liberté et la praUque de la dvi craiie ï
Quant à ceux qui s'enfoncent dans les déserts, qui v grossir le nombre des populations déjà turbulentes, el fi dcr pour ainsi dire le désordre aux lieux oH régnait la si tude, ceux-là sont un déti continuel jeté à celte puisse
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domîriatiod de l'esprit américain. C'est contre eux que sont dirigées ces croisades delà civilisation qui laissent toujours la victoire au parti de l'tirdre, de la paix, et de la saine démocratie.
On peut donc dire qu'au milieu même des troubles et de l'instabilité qu'on surprend dans certains Etats, il reste une consolation et iine espérance^ b'est de penser que tout cela n'est qu'une question de temps et de patience. Et quand on a sous lés yeux l'exemple de si miraculeuses cures réalisées comme par enchantement, on place dans Tavenir une confiance illimitée. L'agitation dans les portions de la société le moins bien constituées, aux Etats- Unis, n'est donc presque toujours qu'un fait trés-passager et très-accidentel. Quelque forte que soit l'oscillation, il ne vient en doute à personne que l'équilibre ne se rétablisse bientôt.
Je le répète, il suffit de porter ses regards à quelques pas en arrière, de se rappeler que sept provinces de l'Amérique ont été le berceau de la liberté et de la démocratie dans cette partie du globe; il suffit de compter le nombre des conquêtes glorieuses que l'esprit américain a faites depuis, de se souvenir de l'histoire de la veille, en quelque sorte, pour ne point s'effrayer de ce bruit, de ces
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léoëbres, de ce chaos d'oà la Imnito est prtto A jailHr.
Chose éirange ! lelle est la puissance de eetta inSneme dominatrice, que c'est assez qudquefois, pour aamrer ce miracle, de l'arrivée d'un steamboat, de l'apparition d'oD journal, d'un tronçon de chemin de fer qui vieot hin si dernière halle au milieu de contrées qui ne sont eaeore que l'asile de la discorde, de la barbarie, de la misàre, et de luttes inintelligentes et brutales.
C'est qu'il faut savoir aussi tout ce qu'apporte avee soi le génie américain quand il se mêle de r^ténénr et de vivifier un pays ; soit qu'il le constitue au point de vue politique, soit qu'il l'organise sous le rappOTl mitériel, soit qu'il y jette les fondements de la morale. C'est d'abord un grand respect pour la liberté, un culte ardent pour les institutions démocratiques, l'amour du travail, une sérieuse ambition à s'élever, par l'honnêteté, >u\ hautes fonctions que donne le suffrage de ses concitoyens : — c'est l'éducation qui se répand A pleines mains, par tous les moyens, dans tous les rangs ; ce sont les rigid<» préceptes de la religion qui s'empsreni des 3mes pour les gouverner ; c'est enfin un bien-être profond et réel dans la vie animale; — les portes de la fortune, du luxe, de l'aisance ouvertes à qui veut yenirer; ce sont les lumièn-î du progrès pénétrant partout !
Ainsi se réalisent les plus belles conquêtes de l'ordre sur l'anarchie; ainsi s'obtiennent les plus sûrs triomphe» de la civilisation sur la barbarie. — Aussi l'on comprend que des populations fatiguées de luttes, et qui aspirent au bien-élre qu'elles sont venues chercher dans l'exil^ se jet-
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tent au-devant de ceux qui le leur apportent, et s'assimilent leurs idées, leurs principes, leur âme.
Voilà pourquoi l'arrivée d'un stearoboat, d'un chemin de fer suffit pour changer la face d'un coin de pays au^x Etats-Unis. Il faut donc attribuer à la facilité, au nombre, à la rapidité des voies de communication en Amérique, une grande part dans l'œuvre de progrès, même moral, qui s'y accomplit chaque jour.
La Providence à qui nous attribuons, dans ce fait, un rôle qu'on ne doit point oublier, a créé ce pays pour les hommes qui l'habitent , et les hommes pour le pays qu'ils exploitent.
Certainement, ses desseins étaient bien marqués quand elle dotait le Nouveau-Monde de ces puissants fleuves grands comme des mers, et que l'on peut comparer aux veines qui font circuler le sang par tout le corps.
En effet, pourquoi là plutôt qu'ailleurs trouve-t-on, par exemple, un Mississipi navigable sur un cours de près de trois mille milles? Pourquoi les contours innombrables de ce fleuve géant? Pourquoi des rivières comme rohio et le Missouri, larges et profondes comme lui, et
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qui viennent à sa rencontre, ouvrant à l'esl a| à l'ooest de
nouvelles voies immenses?
Poiirquoi ce réseau d'autres Qeuves et d'tatres riviiies se ramifiant sur tous les points , et si nombreux que IVil a de la peine à suivre leurs sinuosités sur la carte?
Pourquoi ces lacs, véritables océans, mariant leun eaux a celles de toutes ces rivières et de toiia ces Oeuves?
Pourquoi? sinon pour indiquer au génie de l'homme que partout où il voudra pénétrer, la route lui est aisée: sinon pour lui prescrire d'accomplir ce pèlerinage de b civilisation, en lui interdisant tout prétexte d'impuissance.
N*esl-ce pas là un beau défi lancé à la hardiesse de rhomine, une magnifique tentation offerte à son audace? Disons-le, Tespril du peuple américain a accepté ce dêti et s'est jeté dans celte tenlation avec un audacieux courage, avec une surprenante hardiesse.
Si donc, d^ine part, la facilité des communications a priUé, aux- Etals-Unis, un grand secours à Tœuvre de la civilisation; d'une autre part le goût et le besoin delà locomotion et de l'émigration, qui sont le caractère distinctif de ce peuple, y contribuent, chaque jour, avec une activité merveilleuse.
Il ne s'ouvre pas à la spéculation, à l'ambition un champ nouveau que, dans un temps donné, de tous les coins de l'Union, ne s'organisent de nombreuiî^s émigrations. L'Américain abandonne avec une fiacilité inouïe la maison où il est né, et où il a été heureux , les villes les plus aUrayantes, un milieu de luxe, de plaisir, de
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civilisation, pour aller bravement planter sa tante au fond d'une forôt, en pleine société désordonnée ! Sa femme, ses enfants le suivent avec une docilité exemplaire, sans murmure, sans regret.
C'est ce qui explique les résultats que je signalais plus haut; c'est ce qui explique aussi cette grande mobilité, ce jeu si facile qu'on observe dans les fortunes privées. En se déplaçant ainsi , T Américain sait bien ce qu'il quitte, il sait également ce qu'il va chercher. Son caractère froid, calculateur, positif, a tout prévu, tout combiné. Il n'ignore pas qu'il laisse le calme pour la tempête, la prospérité et la civilisation la plus avancée pour tomber au milieu du désordre et de la lutte. Que lui importe I 11 a dans ses propres forces une confiance telle qu'il sait bien que sa présence seule et son exemple ramèneront le calme à la place de la tempête, qu'il assoiera la prospérité sur les ruines de la misère, qu'il étouffera le désordre et les luttes.
Aux Etats-Unis donc, la solution des plus graves questions qui se rattachent à l'organisation sociale git dans l'avenir, et cet avenir est toujours si rapproché qu'on y peut avoir une foi pleine et entière. C'est presque une affaire du lendemain.
Plus d'un, parmi ces pays de l'Amérique qui ont tenté d'imiter les Etats-Unis dans la pratique de la démocratie, est doté aussi de fleuves splendiHes , de lacs profonds, de terrains tout prêts à ouvrir de rapides voies de communication ; mais aucun des peuples des autres parties
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de l'Ainérique n'est doué de Tesprit qui Américains du Nord.
Là esl le mot de la grandeur des nos, de b dence des autres !