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c'est-à-dire plus de la moitié des colonies soulevées, faisaient passer des secours d'hommes, de vivres et d'argent aux Anglais, et se divisaient en deux camps.
Chaque jour voyait éclater des complots. L'armée républicaine, indisciplinée, mal recrutée, travaillée par des émissaires, était vacillante, et penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Un général moins prudent et plus ambitieux que Washington eût perdu l'Amérique et la cause dé la liberté, car sa gloire militaire fut grande surtout en ce que, avec de pareilles troupes, il savait éviter la guerre. Et son désintéressement fut sublime, en ce que, pressé d'accepter la couronne pour concilier les partis, il rejeta bien loin cette proposition qu'il reçut , selon sa propre expresssion a avec une grande et douloureuse surprise. » Eh bien I Washington lui-même, dont le nom et le caractère étaient profondément respectés de tous pour les éminents services qu'il avait rendus , Washington n'était plus en sûreté même au milieu de son armée. Un complot tramé pour livrer sa personne aux Anglais fut sur le point de réussir, et les soldats de sa garde se trouvèrent compromis dans celte affaire.
Le Congrès, pouvoir élu par l'unanimité des colons, aux premiers jours du soulèvement, le Congrès, fort* de
son origine, se regardait avec raiaon comme le dépositaire responsable des principes républica'ms qui l'avaieot constitué. Il ne dévia pas de cette route. Ce fut d'abord par des proclamations , par des mesures de conciliatîoD qui avaient pour but de rappeler Torigine, la cause et h sainteté des droits de rinsurrection, que le Congrès s'efforça de ramener les citoyens égarés. Des commissaires avaient été envoyés par lui dans toutes les localités dont l'esprit était douteux, pour combaUre l'apathie des ans, l'opposition des autres, et pour rappeler à tous, au nom de quels principes les colonies avaient planté le drapeau de l'indépendance au front de l'Amérique.
Ces efforts conciliants ayant échoué, la guerre civile qu'on voulait éviter, dont on espérait étouffer les germes, éclata avec toutes ses horreurs. Le Congrès remplaça alors la douceur et la tolérance qu'il avait épuisées par la répression. Les prisons s'emplirent, les confiscations de biens furent prononcées, la loi sévit enfin contre les coupables sans miséricorde. La multitude déchaînée et irritée outrepassait même parfois malheureusement les rigueurs de la loi , en faisant justice elle-même des loyalistes^ en brisant les presses des journaux qui entretenaient ou propageaient l'esprit d'opposition à la République. C'étaient là des écarts d'une autre nature que le Congrès était obligé do comprimer, et qui venaient ajouter un surcroit d'embarras à tous ceux qui s'amoncelaient autour de la République naissante.
Il faut ajouter aux sombres couleurs de ce tableau le désordre des finances, des dettes considérables, un Trésor
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public ruiné, l'argent retiré de la circulation, et remplacé par un papier-monnaie déprécié et décrié, le commerce comme annihilé, et une armée d'occupation qu'il fallait moins songer à vaincre qu'à détruire par la lassitude.
Enfin, tout compte fait, il fallut aux -Etats-Unis neuf années consécutives de guerre pour conquérir définitivement leur indépendance, d'abord ; et ensuite dix années de luttes, d'essais, d'efforts, de travaux persévérants pour établir un gouvernement durable.
Ce fut à travers les embarras inouïs que nous venons de retracer que fut faite la première constitution, terminée dès 1778, maris que les États mirent trois ans à voter et à adopter. Et encore ne répondait-elle pas, malheureusement, aux besoins du moment ; car elle ne servit qu'à alir monter les causes de désordre et de désunion que la République eut à subir jusqu'en 1788, époque à laquelle fut votée une seconde constitution, celle qui protège' aujourd'hui l'Union américaine, et à l'étude de laquelle présida Washington, qui semble avoir apporté, au sein de l'illustre assemblée d'où elle est sortie, ce souffle inspirateur qui fit de lui le bon génie de l'Union américaine.
Les pays qui ont tenté ou qui tentent encore de persister
^70 LES Dm AUfalQUlS.
dânsTéublisraDeoide la* forme ié|iiibli0tiii6b c^ nM déjà oes mêmes terribles péri|éties el eepteot toqoBii \m voir finir ae demandent, ei joaqQ'i qd eertnia point vm raison» si Ton ne doit pas arriler las yaux on moaseatm le spectade qoe> nous fenons de pnésentar, pour «i im celle instruolioQ que rien ne saunûl «rrâler le trioaiphi des prineipes républicaina, lorsqu'ils sont appuyés sur Is modération,; et qu'ils renient officieUemmU en qaeiqas sorte les écarts de la multitude, dans ses «rreurs el m aveuglements, parce que ces principes sont l'expressîoo de la raison, et qu'il faut qu'ils arrivent au but que leur a marqué la Providence.
L'Araérique a donc surmonté glorieusement tous les obstacles ; elle a été sauvée» parce que si le découragement el la tiédeur s'étaient emparés des masses, la foi, l'énergie, la conflance, la volonté, étaient dans les chefs. L'Amérique d'aujourd'hui, fiére, grande, heureuse et prospère, ne se ressent plus des crisesdéplorables qui l'avaient mise à deux doigts de sa perte, elle ne s'explique pas l'opposition de ceux qui combattaient l'établissement de la République, et conserve une admiration et un respect qui tiennent du culte pour la génération qui a souffert tant de maux et pour les illustres chefs qui ont contribué i élever cette République. Parmi ces derniers, Washington brillait comme une étoile, et le titre de père de t Amérique^ que ses concitoyens lui ont accordé, est un titre et un bommage mérités.
Empruntons-lui, pour nous résumer, quelques-unes de ses paroles qui traduisent la foi dont son ame était pleine,
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au milieu même des plus cruels moments de la lu Ue.
« Je ne saurais penser, disait-il, que la Providence ait » tant fait pour rien... Il nous reste encore, j'espôre, as- » sez de bon sens et de vertu pour que nous rentrions » dans le bon chemin, avant d'être entièrement per- » dus. »
Celte grande foi, ce grand courage, ce dévouement sans calcul, qu'il partageait d'ailleurs avec tant d'illustres complices de sa gloire, étaient basés sur cette opinion vraie, que Dieu avait inspiré avec intention au peuple américain Télan des premiers jours, et que si le peuple était assez insensé pour le compromettre, il était de leur devoir de ne pas laisser inaccompli un décret de la Providence. — L'av^ nir devait leur donner raison 1
Certes, il faut bien le reconnaître, il y a dans cette page d'histoire un argument éloquent à invoquer; de tels faits peuvent, il est vrai, servir à réchauffer la foi des États américains qui, ayant pris pour point de départ les résultats obtenus par la grande république du nord, remontent le courant des années afin d'y trouver une excuse à leur triste situation et au déplorable spectacle d'affaiblissement et de décadence politique qu'ils donnent au monde civilisé.
S7S LES DEUX AHÉBIQUE8.
Aux jours de lutte et de guerre soûalef des taon M ds voix dévoués peuveDt invoquer de tels naTaairs poar nllier sous un même drapeau tout le« enbats d'un pays, ifia de préserver la société d'un désordre pira grand, etdel'irracher aux poignantes menaces de l'anirebie, eq lui présentant le triomphe de la démocratie amériesioa aprài tant de revers et tant de combats.
Mais dans le calme de la paix, pendant les beuras propices à l'œuvre de la reconstruction sociale, les peuple» doivent consulter l'higtoire avec plus de sang-froid, avec plus d'impartialité. Ils ne doivent paa surtout la eourber au niveau de leurs passions et de leurs besoins du moment.
Eh bien I tout en se bien pénétrant du profond enseignement révélé par cette page de l'histoire des États-Unis que jO viens de citer, il faut que les peuples qui veulent s« l'approprier s'interrogent et se demandent s'ils ont en eu^ tous leséléments susceptibles de les faire résister, comme les Américains du Nord, aux oscillations de la démocratie: s'ils ont bien la foi politique, la force d'âme, l'abnégationdi! cœur nécessaires pour poursuivre celte œuvre ipre et odverle aux tempêtes de toutes les passions?
La situation présente des États-Unis, le caractère i^' leurs mœurs actuelles, privées et publiques, leur élnngi^ énergie dans toutes les entreprises commerciales et industrielles, ne sont que la continuation d'un passé qui ne ressemble à celui d'aucun peuple.
Ce pays n'a pas eu d'enfance politique; il est sorti mûr de son berceau, il était démocrate et républicain avec les
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premiers colons qui vinrent l'habiter, et ils pratiquaient celte forme de gouvernement le jour où ils ont proclamé leur indépendance.
Tout le secret est là.
Quel autre peuple de l'Amérique peut donc faire valoir pour légitimer son entêtement dans la voie où tous se sont fourvoyés, une seule des raisons qui ont soutenu le courage et la résolution des Etat-Unis? Pas un seul !
Quant aux conséquences et aux dangers de cet affaiblissement des nations de l'Amérique, je les ai indiqués.
Les Etals-Unis et le Brésil en profiteront, et les puissances européennes seront proscrites un jour du Nouveau- Monde.
Telle sera la conclusion de ce drame politique qui se joue sur la scône des deux Amériques.