L'IDOLATRIE HUMANITAIRE
de faire illusion au public avec des termes empruntés aux superstitions du passé. On croyait cependant, jusqu'à ce jour, qu'il est de mauvais goût d'hériter de ceux qu'on assassine. Les nouveaux prophètes ne sont pas de cet avis. La liturgie nouvelle se produit à nos yeux comme une parodie monstrueuse de la liturgie consacrée. Leur jargon, mystique à la fois et sensuel, se pare avec an bizarre orgueil de lambeaux arrachés à la langue catholique. Écoutez leurs dithyrambes, ouvrez leurs livres, et voyez quel mélange burlesque du sacré et du profane, quel prodigieux abus des mots les plus saints, des expressions les plus élevées de l'adoration, devenues le langage pompeux de l'ode humanitaire ou le langage équivoque d'un chant épicurien. Deux amis ne peuvent pas causer, sans « rompre ensemble le pain de Tâme ; »» un homme, dans ces livres étranges, ne peut s'abandonner à ses méditations ou à ses rêveries, sans « communier dans l'infini. » Toute exposition des dogmes prophétiques est « l'Eucharistie de la vérité » ou « la Genèse de l'Idée. »» Tout article, même éphémère, n'est rien moins, s'il vous plaît, que « l'Eucologe de la liberté.» Entendez ces mystiques révolutionnaires s'écrier, dans leur extase , que « la démocratie est la seconde entrée du Christ à Jérusalem , » que « la Terreur est la mon-
Itagne du Calvaire. » On avait cru longtemps que la ré- solution avait été prodigue du sang d'autrui. Erreur 1 Cest son propre sang qu'elle a versé comme le Christ; c'est en montant au Calvaire comme lui, que, comme lui aussi, elle a incamé, divinisé sa loi dans les esprits, hrgon sans nom qui défigure la langue, comme celte philosophie d'hallucinés défigure le bon sens! Travestissement triste comme une profanation, mascarade impure où les termes les plus vénérables servent d'orne-
mcnts aux réalités les plus vulgaires, quand par bonheur elles ne servent pas de déguisement à'de véritables infamies de pensée! C*est « TÂpocalypse nouvelle, » disent les initiés; oui, sans doute; rÂpocalypsc, moins saint Jean et moins Tesprit divin. Tout cela est le fait d*iaiaginations épuisées qui se tourmentent à faire jaillir l'intérêt du scandale, et à réveiller par des mélanges inouïs le goût d*un public blasé. Ici , chose merveilleuse , les mots sont en raison inverse des idées; c*est une prodigalité de termes saints ou d'expressions de la plus haute mysticité pour déguiser le matérialisme le plus triste de tous, le matérialisme honteux de lui-même, et qui drape sa nudité sous des haillons dérobés à la religion, liais qui donc peut en être dupe? Quelque sot.
Orgueil olympien , burlesque emphase , audace sa. rilége de profanation, tels sont les signes certains auxquels vous reconnaîtrez la littérature des prophètes. Ce genre littéraire est du reste en parfait accord avec le dogme. Si l'adoration de l'homme fait le dernier fond du culte intérieur, quoi de plus naturel que d'y joindre le culte extérieur de la phrase? Le naturalisme effréné de la doctrine aura son contre-coup dans le style, qui ne sera et ne pourra être qu'un grossier matérialisme d'imagination. Bientôt même le culte extérieur absorbera l'aa* tre. Le soin du style prendra tout. On n'écrira plus pour penser, pour raisonner comme tout le monde. On écrira pour jouer avec sa plume, comme d'autres artistes jouent avec leur balancier sur la corde raide. Mais , de bonne foi, dans ces tours d'équilibriste, que peut-on voir, sinon l'exercice stérile d'une intelligence aux abois T Dans ces efforts enragés de style, est-ce la force? Non, mais la contorsion, qui est la grimace de la force. Rien, ne fatigue comme cette emphase laborieusement su-*