‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 7 sur 56 · L'IDOLATRIE HUMANITAIRE. S · texte numérisé non relu

L'IDOLATRIE HUMANITAIRE. S

blimc, qui déguise mal la pauvreté du Tond, Tabsence hmentablc d'idées, et dont Tunique ressource semble cire un recours désespéré aux images forcées, aux métaphores incohérentes, à ce luxe matériel d*une imagination mal réglée, épuisée, haletante. Les s^stéines et les doctriues qui vivent n'ont pas besoin de ces prestiges et n'ont pas recours à ces ivresses. Ni la raison, ni le goût public ne s'y trompent. Tout le monde sait que rien n*est plus étranger aux délires sacrés de l'âme que ces épilcpsies du style, et que rien ne ressemble moins à Tentbousiasmc de Platon que cetle orgie des esprits grisés d'eux-mêmes. Il faut, pour être un vrai prophète, ou seulement un grand philosophe, d'autres inspirations que les idées malsaines qui agitent le cerveau dans la tièvre. Il faut, pour être un grand écrivain, d'autres ressources que les hallucinations sensuelles d'un grandprétre de Thumanité. Nous nous demandons pai^fois si cette étrange littérature est une folie, — et la plus ennuyeuse assurément, celle qui est sérieuse et qui déclame, —ou si ce n'est pas là seulement une de ces gageures proivosées par l'excentricité au bon sens d'une nation. Slle genre nouveau porte un nom dans l'histoire des lettres, il s'appellera /c genre convulsionnaire ^ h supposer que les lettres reviennent par le calme au bon sens, et au foiH par l'amour du naturel, du simple et du vrai.

An fond, la littérature et le dogme humanitaires sontils choses nouvelles , et ne pouvons-nous pas bien discerner les figures sous les masques? Qu'il serait aisé, si la chose en valait la peine, d'exposer les causes puériles et de raconter les incidents grotesques qui amenèrent, certain jour, l'alliance du Sainl-Simonisme, pourchassé par le ridicule, avec le Romantisme discrédité! Tous les deux crurent faire merveille en associant leur

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industrie et en confondant leur destinte. Le Saint-JUmo^ nisme a^t peu de littérature ; mais le Romantisme ava i t tooins encore d'idées. D se fit un curieux échan^re : le ^ disciples arriérés du vieux dogme humanitaire derinrtmc des artistes d& style, et, comme Ton dit, des eimUmrê <Ic* première force; les romantiques sur le retour, comprt-'nant qu'il était grand temps de songer à mettre quelqti«* chose dans leurs phrases , y installèrent le coite cir» rhonune. Alliance merveilleusement assortie : rien n'allait mieux, en vérité, à la bouffonnerie qui parodie It* sul)lime, que le matérialisme qui se grime en religion. Triste pensée qui nous a obsédé pendant que nous écrivions ces pages ! Le siècle est vieux de folies , de déce|>* lions et de souffrances, sinon d*annécs. Le siècle ot vieux, et nous faisons les jeunes! Nous voulons tromfM-r le sentiment amer de Texpérience ou étourdir nos trivtessrs, comme les enfants, par du mouvement et du bruit que nous prenons pour un regain de jeunesM* , quand tout cela n*est , en réalité , que la grimace d*unc vieillesse énervée ou qu'un libertinage d'idée, tri5te consolation de la vigueur perdue.

LA RELICION POSITIVISTE. 3I

Là IIBUGION POSmvISTE ^ S ]. -* Pr^tmifMtrei.

Si Tennui peut avoir son héroïsme , nous sommes iiQ héros. Nous avons vécu, pendant quelques semaines, enseveli dans les in-octavo encyclopédiques de M. Comte, non traduits par M. Lîttré. Nous avons dévoré stoïquement quelque chose comme trois mille pages écrites dans cette langue à part , où entrent à dose égale une algèbre incompréhensible et un lyrisme épais. Nous sortons à peu près sain et sauf de cette rude affaire, où nous ne nous étions engagé que par curiosité philosophique ; mais notre curiosiié a failli nous coûter cher, tant nous sentions parfois se troubler notre pensée et vaciller notre raison. Nous avions voulu voir clair dans ces obscurités, et ces ténèbres lourdes et malsaines op* pressaient notre poitrine , aveuglaient nos yeux , étourdissaient nos idées. Nous en sommes pourtant sorti. Ce sont nos impressions de voyage dans ces régions de fantômes, per lurida régna ^ que nous voudrions raconter à nos lecteurs , bien persuadé qu'il y a une leçon à recueillir dans le spectacle douloureux des plus grandes excentricités de la raison.

On ne se doute pas, généralement, du nombre incalculable de messies que Ton coudoie cluyiue jour dans

L Système de politiqiie poiitive^ ou Traité de toeiologU instituant la religion de l'humanité; p&r Auguste Comte.

3S tTL'DES POlLOSOraïaUES.

les rues. H semble traimeot que ce soit la chose la pli h simple du monde que de fonder une religion. Nous sommes bien loin de la critique négative et dissolvaiiM de Voltaire et de Hume. Ils détruisaient les rcligion> .; nos contemporains en reconstruisent à Tenvi. 11 serai I long de compter les religions éditées eu France dopui.H trente ans, et successivement disparues devant rindifTircnce du public. Aien n'arrête les propagateurs dvs nouveaux cultes. Us espèrent vaincre, & force de foi en rux-mèmes, Fapathie de leurs compatriotes, et chaqui* jour voit éclore TËvangtle de Tavenir. Peine inutile! (»ii reste isolé dans sa petite église, dont on esti^ la fois K- Aiou, le prophète, le dessennnt, et souvent aussi le piiblir . H. Comte a failli avoir un grand bonheur. 11 o^ai* trouvé un interpri*te émincnt de ses idées. H. Utti*n^ait mis au service de la sociologie sa srience étemlut* . 5on «>lyle nerveux, sa dialectique pénéirnnie. Le positivisme rcvéUiit, sous la plume de cet linbile écrivain, des fonnes inattendues. Il se faisail lire, presque coin* prendre et sérieusement discuter. Hélas ! Tenlente rordi;ilo a cessé, nous assurc*t-on, entre le maître nébu* leu\ et le grand disciple. M. Littré est allé à gaurln- , M. Comte adroite, et ce nVst pas M. Littré qu'il f.ii.i plaindre. Privée de son brillant tnidncleur, la pcnM « du maître s'est de plus en plus enfoncée dans les bi/^ir» rerirn, dans les obscurités, et le silence s*est fait de douvenu sur cette école au moment le plus curieux de S4»n histoire, au moment où l'école devenait une secte, t.i secîo une religion. Nous a\ons eu le courage d'aflfroi.d r cv^ ténèbres, et nous en rapportons dos idé<"S si étranu**-^, qui* nous redouterions l'incrédulité de nos lecteur», m nous n'avions |ms toujours à notre portée une citanuii coainic garantie de notre parole.

L*école posUwe ou posiHvi$ie est entrée à pleines voiles ians la phase des applications religieuses et politiques. Cette nouvelle ère commence à la publication du premier volume d'un immense ouvrage intitulé Système de yditique positive; et comme il est bon de marquer ayec précision les dates fondamentales des religions, 1* époque exacte de celte transformation d^Aristote en saint Paul textuel) est le mois de juillet lS5t. Depuis ce moment solennel jusqu'à l'heure présente , l'œuvre s'est déroulée magistralement en in-octavo énormes; le dernier a quelques mois de date , et il semble qu'il y ait enfin one halte dans la pensée trop féconde de M. Comte. Nous profiterons de cette trêve pour marquer au juste le point où en est le révélateur sur quelques questions cavitales de religion, de philosophie et de morale. Nous ne pourrons é¥idemment présenter ici qu'une esquisse bien incomplète et bien rapide. Ou n'abrège pas en quelques pages une encyclopédie.

Tai besoin, avant de remplir en conscience mon râle de critique, de faire une déclaration loyale. Je prie inslanmient.le lecteur de bien distinguer, comme je le lais et comme je le ferai toujours, l'homme d'avec le système. Les idées de M. Comte nous semblent être le plus incroyable produit de l'hallucination philosophique, le plus prodigieux écart de la vérité. Mais nous tenons à mettre la persoime en dehors du débat. Il ne nous viendra jamais à l'esprit de soupçonner un seul instant la loyauté sdentifique de M. Comte , non plus que sa bonne volonté d'être utile aux hommes. Sa philosophie acceptée, adoptée, populaire, marquerait à nos yeux le dernier degré de la déchéance de l'humanité ; ce serait le dernier signe des temps. Mais nous pensons aussi que cette aberration douloureuse est un acte de

S4 tTTOES PIILOMraïQUBS.

sincérité; que dis-Jef un acte de défottement, dans intentions de M. Comte» aux intérêts du monde et ao salut de Tafenir. Sa Tie tout entière, sa carrière sacrifiée à ce qu'il croit être la Térité, cette vieillesse absorbée par un labeur immense» cette immolation de soimême à une idée fixe» tout cela est pour nous una caution* plus que suffisante de la sbicérité de cette con-» science égarée. Nous tenons à bien marquer nos sentiments à cet égard» pour ne laisser prise à aucun malentendu» et nous serons fidèle» pour notre part» à cette grande règle de la critique honnête» trop oubliée de nos Jours dans certains partis » qui veut que Técrivain , sans rien relAcher de sa rigueur à Tégard des taux systèmes» hsse des résenres pour le caractère» et ne mêle pas, dans un emportement indiscret» Toutrage contre Tbomme à la discussion des doctrines.

L'ambition de M. Comte ne Ta pas seulement à ruiner les croyances du passé » mais k édifler une société noti* vellc. La réforme philosophique est pour lui la préforr d'une bien autre réforme qui atteint la rie IndiYidurlIc» et sociale dans ses principes fondamenlanx. Tout est anéanti » tout ?a se relerer. Fidèle à son axiome IkTori qu'on ne détruit que ce qu'on remplace » M. Comte tn refondre» dans le creuset de sa pensée» une société, un monde, un Dieu. Il recommence» atec un courage digne d'un meilleur sort» le Dl$efmr$ tur tkisiùin mmi^ «ffsr/ltf» en l'adaptant à ses principes; il construit de toutes pièces une religion» il popularise le nourcau dogme dans un Catéehitmê en cmse entretient entre mne femme et nm prêtre de fkmnanité; enfin il expose d*une manière rigoureuse et dans le plus grand détail la mé« thode de transfonnaUon qu'il prétend fit ire subir k la société» dès que la société se sera remise entre ses

lA REU6I0N POSITIVISTE. 85

mains; «t au train dont vont les choses, vous ne pouvez pas douter que cela ne soit demain ou après-demain au plus tanL Nops avons Favantage, avec M. Comte, de savoir au juste quel sort nous est réservé. L'avenir tient daos la main de M. Comte , et ce n'est pas M. Comte qui fermera la main, comme Fontenelle. Son enthousiasme en lui-même est d'une prolixité et sa bonhomie d'une diffusion sans exemple.

Rien au monde ne peut donner l'idée de ce style surabondant, confus, surchargé d'épithètes, dévoré de mots parasites , languissant et mou , et qui serait burlesque, s'il n'était saturé de mathématiques. Ce sont des juxtapositions sans fin, des additions de mots, des répétitions d'idées, des tournures d'une naïveté excèssWe et des allures d'une inexpérience adorablement comique. C'est un pèle-mèle d'expressions empruntées à toutes les sciences connues et inconnues. Et, chose étrange, n'allez pas croire au moins que M. Comte soit un barbare et dédaigne de sacrifier aux muses. En plus d'un endroit il nous révèle les plus vives sollicitudes pour sa réputation littéraire. U se préoccupe de l'art d'écrire avec une gravité amusante. Parfois il veut po^ tiser son style, par exemple, quand il parle des femmes et de l'amour, et l'on dirait alors d'un compas qui joue avec les grâces. Parfois aussi il se met en peine de nous eipUquer les délieats artifices dont il se sert pour perfectionner sa manière d'écrire, et nous recommandons la théorie à nos lecteurs. Ils verront que M. Comte est un rhétoricien consommé sans en avoir l'air': «Pour utiliser autant que possible ma sollicitude littéraire , je dois , dit-^l , caractériser les diverses prescriptions que je me sois graduellement imposées , principalement en^ vers la seconde moitié de ma construction rdîgieuse ^

36 fiTUDES raiLOSOPUQUES.

et sortoot quMt au tome final. Afin tférller let trop longues , je n'ai jamais permis qu'aucune e&eèdAt dciix lignes manuscrites ou cinq imprimées, fcril ot rcsprit ont obtenu les balles convenables, en realrrignant à sept phrases la plus grande extension de im-n alinéas, qui ne sont pas seulement tipographlque* . Sans que la prose doive aspirer à la4)erffection musicale de la poésie . je me suis efforcé de Ten rapprocher en mlnterdisant tout hiatus, même entre deux phrases ou deux alinéas. Tai d'ailleurs évité de reproduire un mot fnalfMifve. non-seulement ewer$ chaque phrase* nMis poirrdeux phrases consécutives, même en changcantd*alinéas. sauf fmmi aux monosyllabes auxiliaires.... Ouan<l l'habitude m'a suffisamment tndXilécênamnêmtJamf^ il e^t devenu la jourw continue d'améliorations imprévue* . non-seulement etmen le discours» mais mémepoirr la pen sée. • Cas lignes sont littéralement extraites de la pagf 9 du quatrième volume. On peut étudier. d'apriH le pr.- ccptc et l'exemple, comment écrit le pape hnmaniUiirr. Nous n'avons pas assez dit en disant le pape honianttaire. M. Auguste Comte s'arrope déjà sur sa petite église une suprématie inimaginable. Il morigène, il admonc^le. il corrige, il réprimande, il absout avec un magnifique sang-frx>id. Useï seulement ce singulier XWawwr» pram€mé mu fuméroUleê tU M. BMmtiiU, U 15 Cemr G± (style posillvUtc). H rédigé le turtmimmtim mm ptmê de décêlofpememt. Les compbisances de l'oraison bmèbrr n'y sont pas prodiguéi^ . et l'on y lit des phrases telle* que ceUes<i : • BlainvUle manque du feu sacré qui partout pousse directement à l'active poursuite du bien, à la fois sans relâche et sans effort, dons la seule %ue d'une inévluble satiflactton intérieure. En9m retie «mroo exclusive de notre véritable unité, la moindn*

femme digne de son sexe surpasse nécessairement le plus puissant penseur privé de tendresse. La bonlé du cœur importe davantage que la force du caractère au dein essor d'une carrière purement théorique.... Blainnlle ne fat pas heureux. Sa triste fin représente trop l'ensemble de sa yie. Cette mort imprévue et sans douleur ne eoDYient qu'aux égoïstes » puisqu'elle empêche de donner oa de recevoir aucun adieu. » Tout cela est peu oratoire et encore moins français ; mais en revanche ]à sévérité ne manque pas. L'orateur ajoute ingénument, en note, que le début de ce discours avait déterminé le brusque départ des assistants.

S'il est rigourenx envers les morts , le grand pontife n épargnera pas les vivants. Un artiste de talent, M. Etex, en sait quelque chose. C'est un disciple, à ce qu'il pariît, mais un disciple flottant. Les préfaces des différents volumes sont tour à tour irritées ou flatteuses à fé^rd de ce catéchumène irrégulier, et , comme tout i oit être relatif dans l'école du relatif par excellence , ',aand M. Etex est dissident, on eflace son Cours de desxin de la Bibliothèque du proUtariai^ et quand M. Etex revient au bercail , on réintègre ses œuvres sur la liste ■l'honneur des publications positivistes.

Tout cela devrait se passer en famille , selon un pro- ^erbe éminemment positif. Nous en dirons autant de urtains comptes de ménage qui ne perdraient rien, rissurément, à ne pas s'étaler dans des préfaces. Que les partisans de la religion nouvelle concertent leurs eflbrts pour arracher à la gône une vieillesse vouée à d'imi lieuses travaux, cela se conçoit. Mais peut-être ne ser:iit-U pas nécessaire de faire tant de bruit dé ces souscriptions et de les afficher avec tant de fracas. Peut-être ^ussi serait-il inutile de fulminer de si violents ana-

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thèmes contre les adhérents trop abstrails çtri refusent i aider le fondateur de la nouvelle philosophie à surmcmi^r la misère suscitée par une infâme spoliation. A quoi Im»ii donner à chaque souscripteur ce beau titre de coopéra^ leur du libre subside^ si cette liberté du subside est nit*f! dans la pratique? Dans Tintùrfit de ii. Comte et de s.! dignité » nous osons rengager à faire dis|>araltre de S4 ^ livres le détail do sa liste civile et tous les petits cooiuit** rages rckit.fs & Teniploi des fonds. Si M. Comte sa%ait comme tout cela prête h rire aux incrédules !

Hélas i pourquoi faut-il que la vérité nous force à donner à IL Comte un autre conseil, qu'il accueilloia avec indignation ! Si M. Comte a voué à la mémoire d'un* femme malheureuse un culte si pas>ionné, de grA< e pour cette chcre mémoin*, qu*il la ri'spedc et la fav%*» res|>ecter par le silence. Est-il poshible de donner aiiiM les plus secrets sentiments de son cœur en pâture à la curiosité lianale du publie? tlst-ee ainsi que Ton comprend dans régliso po>iti\iste la pudeur de la passi<iti, le respect des « on\enames du cœur? Nous nous pan)* rons d'insihter, tant le Mijct eht délicat; mais nous i.« pouvons nous eiu|R'cher de regretter prorondément 1 1 ^ indiscrètes elTusions du hrisme pontifical & IV^'ard c!<eeite chaste compagne immortelle^ eluv. Liquelle M. Gui.'.put trouver à la fois la mère suhjrctne que supp<>M» v«& seconde vie, et la fille ohjrcttve qui de\ait enil>i'llir uih* existence teintioraire. Nous ren^ouijis leux qui M*rairi.t curieux de dc-LûIs sur eette Béatrix sitl)jeeli\c et o!ij« « ti\e à rétrati^'e dédicaro placée en trie du preii)« i volume de Ia/Wi7»yci^/»*i7ii^. CesalierraliouN de s<*ï !.ment sont douluureUM^^• Nousn'v insi>leroiis pas. D*ji«leurs, à quoi bon? M. Comte e<ln^illéferait comme u-i aaorilége la soppresMon d'une M*ule ligne de cette duli-

LA RBU6I0K POSITIYISTC. 99

nce qui est pour lai comme mi mausolée immatériel , 'ju mieux comme un autel expiatoire au seuil de la phiiusophie nouTeile.

Il consentirait plus volontiers , je gage , à la suppression d'une certaine lettre à S. M. le tzar Nicolas, placée au comniencenient du troisième volume. Les rapports de caractère et de situation entre le chef spirituel de la republique occidentale et Tempereur de toutes les Russies sont » dans les premières lignes, indiqués avec une franchise étonnante : « ....Ce penseur (H. Comte), dès son début décisif en 1822, combattit toujours la souveraineté du peuple et Tégalité, plus radicalement, au nom du progrès , que n'avait pu le faire aucune école rétrograde. En même temps, cet autocrate (le tzar )^ depuis son avènement en 1825» ne cessa jamais de se placer dignement à la tète du mouvement humain dans ses vastes Ëtats , tout en les préservant , avec une sage fermeté^ de Fagitation occidentale. Ainsi préparée, cette couminuinication peut caractériser les relations normales qu'exige le bon ordre entre les vrais théoriciens et les éminents praticiens. » Puis vient Texposition du système, suivie de quelques conseils excellents au tzar «ur la police des publications en Russie. H. Comte recommande à Sa Majesté im peu plus de sévérité. Déjà Tautorité du tzar s'emploie sagement à préserver la Fiussie d'une multitude d'écrits dont TOccidcnt est infesté. Le positivisme lui conseillera éC aller plus loin quant aux productions nationales. M. Comte trouve que la liberté de la presse est trop grande à Saint-Pélersbourg. Il termine par l'expression vive d'un vœu , d'un espoir plutôt. Ce vœu, celte espérance, c'est que le chef naturel des conservateurs européens apprécie bientôt et prenne sous sa protection décidée une doctrine qui consolide

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et développe la politique conservatrice. Véminent pra* Hcien^ le tzar» en quête du Bosphore, ne répondit pas h cette lettre engageante , et , dans la préface du tome suivant , H. Comte se plaint amèrement de Fincivilité de ce chef y trop préoccupé du Bas^Empire. Il s'excuse assez péniblement des vives félicitations prodiguées à Sa Majesté dans le volume précédent; le charme est rompu.

Le tzar est solennellement averti que, en persistant dans son aberration^ il court rfsque de perdre, auprès de la postérité, tous les titres résultés d'une longue carrière. En sonime, Vincident russe ^ comme dit agréablement M. Comte , a un peu changé le point de vue : « Il faut peu présumer qu'aucun tzar apprécie assez ses avantages pour s'illustrer et se perfectionner en procurant au positivisme une protection équivalente à celle que le grand Frédéric sut accorder & l'encyclopédisme. •' C'est par ces lignes, empreintes de mélancolie, que se termine la dernière préface de M. Comte , et l'on sait que les préfaces de cet auteur ne sont que de longs et naïfs épanchements dans le sein du public.

Il ne faut pas s'attendre que M. Comte , l'admirateur du tzar, soit fort indulgent à l'égard de la presse» quand une fois nous vivrons sous le joug paternel du positivisme. Nous l'avons vu reprocher au tzar un peu trop d'indulgence à l'égard des publications moscovites. U n'encourra pas le même reproche quand il sera le maître. L'échec al)solu, l'avortement total de la Kevue occidentale fondée en 1852, à l'insu du monde entier, lui a démontré, une fois de plus, la nécessité d'éteind/e le journalisme. « En terminant l'interrègne spirituel , la religion positive fera natiircllemcnl cesser l'usurpation qu'il suscita chez les lettri^s occidentaux. Le sacerdoce de l'humanité doit donc s'interdire toute participa*

tion à rinsiitutioD qu*il devra bientôt flétrir comme radicalement anarchique. • Voilà qui est clair. Profitons sans scrupule du répit que nous laisse finterrègne spiri^ /Vf/ pour critiquer en toute liberté notre plus irréconciliable adversaire et pour rire un peu de ce qui nous tuera.

En terminant cet article préliminaire» indiquons rapidement rëtat actuel , les forces du positivisme et ses chances de succès en Tan de grâce 1854. L*essor du positivisme, comme dit M. Comte, doit se mesurer quelque peu sur Textension du subside sacerdotal. Or, le budget du grand prêtre est en voie de progression notable. Fondé le 12 novembre 1848, il monte à 3000 fr. en 1849, à 3300 en 1850, à 4200 en 1851 , à 5600 en 1852, à 7400 en 1853. il montera en 1900 à plus de 100 OOO fir., si cela continue. D*après les sources qui alimentent le subside sacerdotal, H. Comte trouve ce qull appelle trois foyers positivistes : un & Paris, les deux autres en Hollande et en Irlande. Mais ce n*est que dans le centre parisien que M. Comte peut directement apprécier la plénitude et la consistance des convictions. • Là seulement a déjà surgi Tébauchc décisive de la ^Tme régénération, non moins sociale qu'intellectuelle, soms un digne concours des deux sexes. Diderot et Condorcet ne pouvaient espérer que , un siècle après YEn^ cyHopédie^ lenr successeur unirait de nobles couples par rengagement du veuvage éternel, et vouerait à Thumanitë des enfants pleinement dispensés de Dieu. De tels succès annoncent que la métropole humaine appartiendra bientôt aux positivistes , quand la liberté spirituelle leur permettra de développer le culte public autant que l'adoration intime et les consécrations domestiques. » En dehors de ces trois foyers parisien, hollandais et

4t tTUDU raiLOSoraïQuu.

irlandais» M. Comte arone tristement qu*il nVnregistrp tar ton livre d'or (rVst le ras de rappeler ainsi, ptiii^ que e*est le registre des soiiseriptions, que des adh^ion^ isolées et de rares sympathies.

En iomme, de grands efforts, de gros volumes, qitatrr*vingt-onze sousrnpteure, trois foyers p^»^ili\islc»s, tel v^i le bilan de la religion nouvelle. I>> monde n'appartîrut pas eneore au positivisme.

Nous avons eni qu*il nVtait pas inutile de marquer» par quelques délails e>lérit*urs, la pinfionomie de l«i •ecte et le eameten* de son fondateur. On ne eonnalt pns assez ees elioses-là dans le monde de la seienee ofli* eielle. On vit trop isolé dans la i^énirité d«*s s}$lt^iii«*>» convenus et dans la réjîularitt^ des id^'e> reçues. Kt p«»iidant que le spiritualisme s'endort dans la paix fnrta> physique de ses convictions, le vieux malértali>me» n*^suscité sous des noms nouveaux et avec des prétentj<>ii^ exorbitantes, fait son chemin clandestin dans le monili*. Il essaie , par un coup hardi, de réconcilier avec >4w doctrines rinstincf n*ligiiMix de Thumanité, et se présente amsi aux inlellt);<*ncrs inexpérimenltVs avt*r Kdouble prestige d*un caniclère positif et d*un synilM^ltreiigieux. Sous nlM^rdenins de pnS n't étrange symbole ; nous ne craindrons» p*is de faire \oir quel monstre d*.-ithéisme se cache sous la grandiose théorie du Grtm'i^ if^re, et de quelles cM-entricilés se compose le culte t!f la religion future. Il e>i ulile de faire de temps en tctii|-*^ que^quc^ rtnirsions sur le lerrnln inexploré de ces diw* lrint*s perdues. \jp plus sûr nu)%en d'cMer à cette philosophie son (HTil, c*(M do lui Ater son pn*sttge, qui t-^t l*in<*(innu. Enle%ei-lu* la pom|)e de si^ fonnules, «; %ous lui enlcMTei tout son créilit. m la n'-dnivint à -^ . pure expression, qui est la m^'atiun expre>se de TAni*'.

lA REUGION POSITIVISTE. 43

de la liberté et de Dieu. Au surplus , nou^ n'aurions pç^s â ncas gêner avec cette philosophie qui nous accable de ^>n mépris. Mais ]a plus cruelle vengeance que nous souhaitions tirer d'elle, ce sera de la faire connaître. Noos Tenons d'indiquer quelques singularités qui nous oQt semblé caractéristiques; nous allons descendre maintenant dans l'intimité de l'œuvre, et nous osons promettre, à ceux de nos lecteurs qui auront le courage le nous y suivre, quelques révélations piquantes, s'il [leat y avoir ici d'autre intérêt en jeu que celui de la compassion.

S 2- — Philosophie générale et théorie du Grand-Être.

« AU nom du passé et de l'avenir, les serviteurs théoriques et les serviteurs pratiques de l'humanité viennent prendre dignement la direction générale des affaires terrestres, pour construire enflp la vraie providence morale, intellectuelle et matérielle , en excluant irrévocablement de la suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu , catboliqqes , protestants ou déistes , comme étant à la fois arriérés et perturbateurs. » Telle fut la proclamation solennelle par laquelle , au Palais- Royal, le 19 octobre 1851, après un discours de cinq heures, M. Comte prit possession de l'avenir. Cette formule plut sans doute à son auteur ; nous la trouvons citée complaisamment en tête du Catéchisme positiviste^ et rééditée avec toute sorte d'honneurs dans la conclusion du vaste ouvrage sur la Politique. Elle pourrait servir d*épigrapbe à l'œuvre. Elle en résume avec une parfaite clarté l'esprit général et les tendances. Elle annonce nettement l'intention et la mission de M. Comte, qui est de chasser de la vie et de l'histoire les esclaves de Dieu,

pour amener le règne des senileun de lliiUDanîti'' Dieu est mort» vive le dieu nouveau I'

L'atliéisme est vieux dans le monde» et le matérialisaM n*est pas d'hier. A quoi tient donc l'incontestable ori^i nalilé du système de M. Comte? S'il ne s'agissait que tU nier l'Ame et Dieu, M. Comte irait sans bruit rejoinilr^ cette troupe d'intelligences malbeureuscs dont Évhémèi-^ est le chef reconnu dans l'antiquité , dont Lametlrie c { d'Holbach ont été parmi nous, au dernier siècle» IcH tristes pédagogues. Mais il s'agit de bien autre c1umc« #•! II. Comte se moquerait, non sans raison • de notre rri« tique aveugle, si elle ne consentait & voir en lui qu*uri nouvel éditeur de ces vieilles folies. L'originalité du »3 1^ tème consiste à vouloir construire une religion presque mystique , en prenant pour base un matérialisme Jil>« solu. Avant d'aborder la théorie du Grand-£tre, qui e>i le fond de la religion positiviste, il est essentiel de r(^su^ mer, dans ses tr<uts généraux, la philosophie crititiue qui la précède et qui la fonde.

M. Auguste Comte a établi sa doctrine dans un Imité considérable de Pkito$opkie, publié quelques anuct^ avant la PoUtiqut positive. Cet ouvrage témoigne de rr > cherches ^on^idé^lbll•s, d'un louragc d'(*sprit, d'une |ia* tience intellectuelle et d'un eiïort de dialectique qui , mieux appliqués, auraient pu donner de sérieux rteul* lats. Nous avons parié de la forme, qui est d'une iiirx* périence et d'une préti*ntion incomparables ; mais« sous l'éiiaissa enveloppe de ce style , il est juste de ret«>nnaître une vigoureuse tentative pour ruiner par la ba^e le spiritualisme et sjftématiser la doctrine nouvelle.

L'ambition aiouée du positivisme n'est rien moin^ que de renouveler res|>rit humain , en ramenant b^ phénomènei moraux et sociaux à b loi des cxpUcaiioiu

LA BEUGION POSITIVISTE. 45

scientifiques , et en substituant définitivement les notions et les méthodes positives aux doctrines religieuses et mèlaphysiquçs qui n'ont été que le régime provisoire de r humanité. La théologie est mourante , la métaphysique est morte , il n'est plus un seul symbole religieux , ni une démonstration philosophique, qui puisse s'imposer aux intelligences. Au milieu de celte grande anarchie intellectuelle » dans cet immense discrédit des doctrines qui , jusqu'à cette heure , ont guidé l'humanité inexpérimentée , il y a un fait qui grandit chaque jour, c'est le règne des sciences positives ; et tandis que les Tienx symboles tombent dans le mépris public , tandis que les affirmations philosophiques deviennenl de jour en jour la risée des forts, les sciences exactes et les notions expérimentales gagnent en crédit , en autorité : eUes ont ce grand avantage d'imposer aux esprits une connction irrésistible » et de ne pas admettre d'hérésies» qui seraient, dans ce cas» de pures absurdités. La science s'empare de toute la place que lui cède la foi expirante des religions ou l'hypothèse décriée des philosophie^ ; mais le domaine actuel des notions positives est incomplet, les phénomènes sociaux lui échappent, et tant que cet ordre particulier de phénomènes ne sera pas ramené sous la loi réguUére des sciences positives, ces sciences resteront défectueuses et laisseront une ombre d'autorité aux doctrines superstitieuses. Les sciences positives ne seront complètes que le jour où elles auront repris ce légitime domaine des phénomènes sociaux , politiques , rdigieox, usurpé par le mensonge et l'illusion. Ce jourlà, et pour jamais, la religion et la métaphysique seront mortes; ce jour-là, aussi, il y aura une philosophie ptH siiwe^ dont la tâche sera de réunir en une seule science Umles les sciœces isolées , partielles , et de former un

46 ÉTODSS PIlLOSOPaïQCBS.

système coordonné , où chacune entrera comme partit*^ intéfrninte. Étroitement liées par la communauté d*ori* gine, par l'identité des méthodes et des caractères, toutes les sciences so réuniront en un vaste en^mhle, en un^ grande philosophie dont le caractère sera Tunilé, et i|ui tiendra par des sciences spéciales les différents onir«*ii de phénomènes, les phénomènes du monde inorganique parles mathématiques, par rastronomit». par la phy* sique et pnria chimie; les ph<'*nomènes du monde onra* nique par la hiolo^io ; Ic*h phénom^nrs moraux el so« dans par une scietirc nouvelle, la toriohgie.

La sociologie complète ainsi le s)st«'me des notions positives, et le positivisme i>st constitué; il correspond* par des sciences particulières, à tous les ordres de phé-> nomènes variés qui tombent sous la perception de Tinteliigence humaine ; il s'offre à ses amis , comme à ««ph ennemis, avec Tavantage d*une méthode simple et d'une incom|ianilile unité. Cest ainsi qu'il cspènr recommencer |Mir lasrirncr r<nivre déplorahlement manquée p;ir fh su|iei>tilion et rii>pn1lirM« ; cVM ainM qu'il es|i<*ri refaire , de la Inisc au sonunet , l'éducation du genn* hunuiin.

Quels umi les carartères de la philosophie nouvelle ? Il n'y en a qu'un, qui résume tous les autres, c'est l'élimination de l'ahsolu. Si la métnpin sique, dont hi slérihté n'a d'égale que crile de la reltfrion, a si longtempi^ erré; si elle a »i lonu'ietups égaré l'esprit humain dans de« systèmes sans tf^Mie , c'est qu'elle avait entivpn^ l'impossible. Sif^emenl ctrrnn<cnte à te qu'elle petit connaître , ne cherrliant à éludicr que ce qu'elle pciil saxiir, classant 1rs effrts san- se pn^^cruper de?» raust^ , liii<»«Antau p.i««^ len liardii*^M»s jn^énileH de rinei|M^ rience et les lêf!;ént«> de la Ihihh^sse qui s'ignore , U

Ui RBUGIOM POSITIVISTE. él

pMlosophie nouvelle sera justement appelée positive. Elle ne tentera rien que dans la mesure du possible et du certain ; elle saura se défier de ces présomptions qui caractérisent chaque science naissante » et qui lui inspirent la folle pensée de pénétrer l'essence des choses ; elle n*acceptera dans son domaine que les notions ddires, démontrables» s'imposant aux inteUigences avec ce caractère d'évidence qui accompagne les expériences de la physique ; elle soumettra à une lente analyse les Liits particuliers, les observant avec un minutieux scrupule, les groupant avec une sage circonspection » interi\»G:eant longtemps l'expérience avant de s'élever par 1 ioduction réfléchie à ces vérités générales qui, nées de rexpérience , en garderont le caractère essentiel et resttTODt toujours relatives. C'est assez dire que la philosopliie positive rejettera impitoyablement de son sein tou^ ces prétendus axiomes et ces démonstrations illusoires 5ur lesquels s'édifient, depuis tant de siècles, les chimères de la métaphysique. C'est assez dire qu'elle répudiera comme des rêves, toutes ces conceptions fondamentales de substance, de cause, de raison première et (]*essence des choses , dans lesquelles s'est perdue jusqu'ici la raison stérilement laborieuse de l'humanité, n faut laisser ces questions insolubles à l'enfance du monde, et occuper utilement l'Age viril du genre humain , que tant de déceptions ont dû corriger , à supposer qu'il ne ne soit pas incorrigible. Ainsi , voilà qui est entendu : la nature des questions change dans la philosophie nouvelle. Plus d'enquête sur les causes premières et sur les causes finales ; en revanche , une enquête sérieuse, définitive sur les phénomènes de l'ordre moral et de l'ordre social. D'absolues , les -questions deviennent relatives ; les méthodes changent comme les questions à

48 £TUD£S PUILOgOPHIQUES.

résoudre ; Thypothèse e$i délaiisée pour Yexptn&oce ou pour la démonsU^Uon mathénuitique. Dans là deux cas . une conviction irréaisUble et durable se substiUie à uiu^ foi complaisante cl éphémère* Telle esl la science positive , vaste ensemble de toutes les sciences ramenées par un puissant effort à la plus rigoureuse unité , et rejetant avec le soin le plus sévère toutes les quesltona qui ne sont pas relatives, toutes les notions qui ne sont pa5 des notions de phénomènes ou des lois , c*esl-à«<lire des phénomènes généralisés. Dans le cercle ainsi resireinc des vérités positives, on ne croira plus, on saura.

Il est SLi^ de voir, sans qu*ii soit nécessaire d'insister davantage sur les princi|ies constitutils du positivisme , quel est TesiKit général qui Tanime : tenlalive puiannte l)our coordonner toutes les sciences en un vaste »>»• tème, égal & la réalité des clioses; mépris systéinaiiquc* pour tous les procédés de démonstration qui ne sofit pas rigoureuseuicnl calqués sur TexpérimenUition dt-s bciences ph)siques ou sur la métliode des sciences cxiictes; réduction sévère de toutc*s les questions que peut uî;iler Icsprit humain aux simples quesUons de laits, seules accessibles 4 IVsprit humain; intolérance complète & Tégard de la religion, qui veut imposer une foi aveugle, et 4 Tégard de la métaphysique, qui joint aux iuénu*s aveuglements une hypocrisie de plus, rh%pocrihie de la dnnonstnition ; négation acharnée de tout ce qui dé|»n^M* la mesure du contingent et du relatif; sce|)ticiiuiie b)Méaiattque à Tégard de l'absolu, de l'uiliiit, de h hub^:.innr, do la c;iui»e; en d'autres ter* roc^ , et pour laia* %- rtir ri*s idées de leur abstraction , doute radical, doute iiuuruble Mir la quolion de rdiiie c4 sur la qu<*»tion de Diru. Tel est le dernier terme anquel licul aboutir tette doilriuie, fortement lice dans

LA REUGIOR POSITIVISTE. 49

>.':^ détails , mais inspirée par une passion étroite et :preiDent systématique , la passion de Tunité dans la skncej de Tunité obtenue à tout prix et ramenant à :e< conditions uniformes de certitude les ordres de réa- Jtés les plus dissemblables.

Ce n*est pas impunément qu'on déclare insolubles et iîeuses ces grandes questions d'où dépend si intime- ..lent la moralité humaine. Le scepticisme sur Tâme et l'ieu équivaut à une déclaration implicite de matéria- 1-me. Déclarer si haut que Ton ne veut prendre en ^xmsidération que les phénomènes hiunains et refuser à, l'intelligence tout droit d'enquête sur la substance de ces phénomènes ou sur la raison première du monde , nvsi laisser entendre d'une manière suffisamment claire iue Ton tient pour chimériques et cette substance et c.He raison première. Condamner l'homme à douter éternellement de l'âme et de Dieu, c'est virtuellement n'y pas croire. Aussi serait-ce une tftche aisée de faire ^olr comment le matérialisme est dans le cœur même dt" la philosophie positive. Voulez-vous savoir au fond ce que c*est que l'humanité? H. Comte vous dira qu'elle e<t le degré supérieur de Panimalité. Voulez -vous savoir ce que c'est que la liberté ? On vous répondra , dans un singulier langage, qu'eQe est un miroir fidèle de C ordre extérieur^ qu'elle n'est pas autre chose que la correspondance parfaite de nos fonctions avec l'ordre des phénomènes du dehors, qui constitue l'ordre réel, et liour ne laisser aucune incertitude sur la nature de ce lihrc arbitre , qui ressemble beaucoup plus à la fatalité (if s phénomènes physiques qu'à la résolution spontanée u'un être indépendant, M. Comte ajoute qu'il en est de rolre acte libre exactement comme de la chute d'une l»:errc, dont la liberté se manifeste en cheminant^ selon

00 ÉTUDES raiLOSOFBIQCBS.

m mUMre^ ven h c^nire de la terre , arec une Hieem porHanneile au tempi. Quant aux loties chimériques qii« notre liberté orgueilleuse croyait soutenir contre 1<*^, sollicitations des désirs coupables , et que le christia nisme désignait sous le nom caractéristique da luttes il«i la nature et de la gràoe, il y a longtemps que le cIck^h teur Gall, pleinement approuvé par M. Comte « a foij justice de ces combats flctilb, qui ne sont pas autre clic^* i que l'opposition réelle entre la masse postéricurr f|t| cerveau, où résident les instincts personnels , et m rr< gton antérieure, où siègent les impulsions srmpathlqu*' \ el les facultés inteilectuelles. La morale est à Tavenant i le mot droit ^ dit teituellemeni M. Comte, doit être ati^^i soigneusement écarté du langage de la morale et dt* 1 1 politique, que le mol route du vrai langage de la |ihil«»H Sophie. Je sais bien que M. Comte maintient ridée d l^ mot du devoir, et que, contrairement à certains rèir€»|iij tionnaires qui ne veulent reconnaître à Thomme #11^ des droite, il insiste à plusieurs reprises |iour mari|ti« 1 avec force les obligations sociales auxquelles il soutt . 1 rindivido. Je sais m^me que sa pensée va s*égarer «i.ti^i une S4>r1e do invf.lici^nie politique qui impose à rhon^ti t^ les e\igenc<*s les plus impcrit*iis(>s , sans lui conft-r- 1 aucun titra au respert d*aulrui, sans lui offrir aurm 1 garantie sérieuse contre l'envaiiissiMnenl alnisir d«^ p« -i sonnalités étrangères. Mais toute celle pariie de la il . , { trine c^l pkiine de vague el d*»l)srurilé* Uuelle étrnti^ 1 pensée d*im|K»er d^Mi obligations impérieuses à riioiii 1 1 1 qui a tout jii«lc la ltl>erté de la pierre qui tombe ! V« .• tracet des régies à cette volonté qui ne s npivirtieiit f % « * Autre contradirlion : vfius inipoi^ei h riionune de» i1« voira entera la siN-iélé, en%era l*Klal, rt \ints ne \«»i; Ici pas que la >or:ité, YHiiX àlvwX onwT^ Itii des dc% o. i

at il puisse exiger raccomplissement. Le droit n'est

:- antre chose que la réciprocité du devoir, et si vous

- e relirez tous mes droits pour m'imposer tous les de-

rs, vous faites acte de tyrannie. Vous, l'État, vous

: urricz tout sur moi et je n'aurais pas de revendica-

n à exercer contre vous , pas même dans le secret de

î i conscience , qui perd sa dignité en perdant ses ga-

' ities! Vous me livrez aux plus effrayants hasards

' ;ne dictature sans Fègle , sans . contrôle , sans frein.

/''5t Fordinaire conclusion de ces doctrines pleines de

-aînesses grandioses et qui se donnent fièrement pour

. fnancîpalîon définitive de l'humanité. Ne les croyez

is; ravénement de ces politiques aventureuses aurait

! lur lendemain une irrémédiable servitude. Le droit

v'^i pas toute la morale, dans doute, mais il en est

jrie partie essentielle, et ce serait une générosité im-

::'kile qui en ferait le sacrifice, même entre les mains

*? M. Comte. Le droit est notre sauvegarde , sachons y

Ni liberté, ni droit, la nature humaine réduite à DtMre plus que le degré supérieur de Taninjalilé; •''lia quelques conclusions qui seraient de nature à éveiller la défiance sur la véritable portée de celte doctrine. Pour mieux mettre encore ses tendances dans *mt leur relief, marquons avec précision la pensée de M. Comte sur deux sujets importants, l'immortalité de 1 dme et la nature de Dieu. A qui saura comprendre , il 5-.*ra évident, après cette nouvelle épreuve, que là philo- ^phic positive n'est point , comme elle le prétend , un ?f^cpUcisme provisoire , se contentant d'ajourner à un terme indéfini toutes les questions de substance et de ciuse; c'est le matérialisme scientifiquement et religieusement constitué 9 donnant le plus étrange des cul-

ftl tTOOKS POILOSOPIIIQUCS.

tes comme complément i la plus stebe des sdencefi el transformant Tathéisme en religion par un de ci coups d*attdace qui ne sont pas toujours des coups d génie.

Au premier abord, on pourrait être dupe des mot» il est . i cbaque instant , question de b sunrivaoce di mMêt îrépoMMéi; il est aussi question du Gramd'^Éirt < du culte qui lui est dû. Mais il faut s'entendre a\i M. Comte, ce qui n*est pas cliose fiicile avec un bomni qui ne s'entend pas toujours bien avec ses disciples i parfois avec lui-même. Qu'est-ce que cette sanriTan< qu'il promet à l'homme f Si peu de chose, en ir^ni^ que j'hésite i le dire. D'abord l'immortalité sera u privilège, un monopole, le privilège et le monopckl des vertus positivistes. Tous ceux qui, comme nc»u^ incrédules^ infidèles, auront répudié la doctrine , a ceux plus nombreux encore qui , sans la connaître • ai ront vécu dans l'insouciance et l'oubli des vertus parti culières qu'elle réclame et qui font d'un être on Hê roatwywl H miâocùMe , digne d'être incorporé per mi qualités similaires à l'hoinanité positiviste; tous erux là , vil fardeau pour hi terre , dèUionneur de la ^ie < de r histoire, périront tout entien, et il ne rester d'eux, s'il en reste quelque chose, qu'un nom exé cré. Lt néant et la malédiction des hommes, voilà ton notre avenir. Les fotiihittu et leurs frères , ceux qui par de nobles instincts et des vertus spéciales, sont |mi sitivistes sans le savoir, et pratiquent s|iontanéineot l doctrine qu'ils ne connaissent pas, ceux-là, êtres pri% i légiés, et, pour parier ce langage , iira costvffraij # sffocisM«i, sont réservés à im tout autre avenir et rrr«' vront les honneurs d'une légitime itiimortalitè! Mai quel avenir, grand Dieu! et la biiarre inuDOrtaUtè qu*oi

LA RRUGION POSITIVISTE. 53

liirprom^y comme prime au dévouement, à Tobéisxince , à une foi entière dans M* Comte et ses oracles ! V. Comte est Tinventeur d'une nouvelle espèce d*im- :nortalité,. rimmortalité subjective. C'est uite sorte de lie qui n*a rien A*objectif, c'est-à-dire qui n'a pas de rislitè extérieure et formelle, et. qui se concentre exil jsîTement dans la pensée et dans le souvenir d'autnii; r'est une Tie par reflet , une existence grefTée sur l'ima- :ination et la mén^oire des vivants. Les nobles trépassés y/ survivent à eui-mémes par la gloire , par la louange, i>dr Testime ou Taflection dont ils sont l'objet. C'est là une singulière manière d'exister et qui, on l'avouera Mns peine , a trop peu de réalité pour ne pas ressembler au néant.

Telle est Fimmortalité promise par H. Comte à ses l'ieptes; tel sera le prix des existences consacrées au 5trrvice et à la propagation de la doctrine et des glorieuses souffrances , gage de la foi nouvelle. Quelque bizarre que puisse paraître cette théorie de l'immortalité subjective , nous croyons que , si l'on consulte les <<inrces , on reconnaîtra notre scrupuleuse fidélité dans Tinterprétation, je pourrais dire dans la traduction des i'iées de M. Comte. Tout périt de nous, à notre mort, tout, sauf notre souvenir qui suffit pour nous immortaliser.

Cette doctrine qui, au fond, n'est pas autre chose que la vieille idée du néant matérialiste sous des formes très^pédantesques, nous amène naturellement à la question de Dieu, ou du Grandr-Étre. M. Comte est matérialisle, ce qui ne l'empêche pas d'avoir sa théorie de rimmortalité. Il ne croit pas en Dieu , ce qui ne l'empècfae pas d'avoir sa théodicée. Ces contrastes violents, qui ne diffèrent guère d'une logomachie, se rencontrent très-explicitement au sein du positivisme.

Que M. Comlc ne croie pas en Dieu, r*e8t ce que qu<-l ^ ques cilations, prises au hasard, sufliront pour nwiu \ à tous les yeux hors de conteslallon. Ou nous ne sa von j plus ce que les mois veulent dire, ou celte pbraM*, qii'l nous avons citée , est la profession de foi d*un altuS* I • Au nom du pusse et de Tavenir, les senriteure thêor:^ ques et les serviteurs pratiques de Thumanité vieniMi | prendre dignement la direclion génénile dt*s afTaiif h terrestres, pour construire enfin la vraie providence m- h raie, iniellectuelle et malérielle, en excluant irr^vor-in blement de la suprématie politique tous les divers <*%^ claves de Dieu, catholiques, protestants ou déi>tc*< ^ comme étant à la fois arriérés et perturliateurs. • C4*ttri solennelle déclaration qui , du reste, a une importinc-«i historique dans les destinées de TEc^ole , est assex clair • par elle-même else fuisse de commentaires. Nous nip* pallerons encore lexiuellement ces mots signilicatif> : « Là seulement (à Paris) a déj4 surgi Tébauche déci>n* de la vraie régénération non moins sociale qu*inl4-liti tuelle, sous un digne concours des deux sexes. Diderc»! et Condorcet ne pouvaient espérer que, un siècle apn - TEncyclopédie , leur successeur unirait de nobles Cf nj* pies par IVn^ragement du veuvnge éternel, et voueniit .% rhumanité drs enfants pHnrmmi dispensé» d^ Dint. I». tels succès annoncent que la métropole humainenp|Mrtiendra bienlAt aux positi%isti*s, quand la lilierté spinliielle leur permettra de dé\elopperleculte public aulatst que Ttidomlion intime et les ronférralioiis(!om(*sti4|u«^. • Tne dernière citition, extraite du fameux Cnt^kumr , complétera cvs diVlaralions déjÀ très*nettt^ : » Touj( b «^ nobles •nrur» et tous U*% grands esprit^, t(»uj')ur» o»nvergents de^nnai«, conv^^i^ent, ain^i dcMeniiincV, h longue et diflkile iniliatiou que dut subir riiuiiuru''.

LA REUGION POSITIVISTE. S5

=i;5 Tempire constamment décroissant du théologîsme

iela guerre. Le mouvemenl moderne cesse d'être ra-

-ileraent disparate. Sa progression positiviste s'y

nire enfin capable de satisfaire à toutes les exigences

' lleclueiles et sociales résultées de sa progression né-

::tive, non-seulement envers l'avenir, mais aussi quant

présent. Partout le relatif succède irrévocablement à

i'^ulu, et Vai truisme tend â dominer aujourd'hui Té-

- :>«ie, tandis qu'une marche systématique remplace

•e évolution spontanée. En un mot, F humanité se sub*

(uf définitivement à Dieu y sans oublier jamais ses ser- '^^ provisoires, n

C'est un si gros mot et une si grave accusation que ce

'Jiet celle accusation d'athéisme, que nous avons tenu

nous entourer de preuves justificatives. En présence

^^ textes aussi décisifs, tous nos scrupules peuvent se

re, et nous n'hésitons pas à dire que M. Comte lie

'itpas en Dieu. C'est avec la dignité de la force, c'est

^ c le calme du mépris que M. Comte chasse du monde

'le Vhisloire ce fantôme usurpateur. Il est presque

f jquent contre cette insolence du néant qui se fait di-

•liî^er par l'imbécillité humaine.

Et pourtant ce grand contempteur de Dieu, — qui le

'r 'irait?.— s'indigne contre l'athéisme, qui n'est, à ses

'^'u\, qu'un panthéisme abstrait et vague , une sorte de

^^lichisme poétique, quand il se répand en effusions

'•^ns le sein de la nature , ou bien qu'un théologîsme

Jiralionnel et inconséquent, quand il prétend expliquer

^ sa manière la formation de l'univers et l'origine de la

^f , pnisqu'alors il poursuit les mêmes questions que la

^f'éologie et la métaphysique, en rejetant l'unique mé-

ftode qui puisse s'y adapter. L'athéisme est au-dessous

*« la théologie, au-dessous delà métaphysique. C'est

56 trmtS PB1L080PB1QUBS.

donc fidre injure i notre auteur que de lui impaier n erreur si fortement dësaTouée ; et comme il n'entre | dans nos Intentions de faire de M. Comte un athée mali lui, nous dirons que bien qu'il ne. croie pas en Dieu, fondateur du positivisme n'est pas athée. Nous lâhsf\ la contradiction , s'il y en a « à la charge de M. Cofnt<

Quelle est donc hi théodicée qui peut s'accorder a^ une négation aussi explicite, aussi acharnée de DtrI Quel est ce mystérieux Grand-Éirê dont l'idée pUl avec majesté sur l'ouYmge encyclopédique de M. Comil Ce Grand -Être, qu'il appelle aussi parfois hi Gmm4 Déesu. c'est YHumwniîé, et Thistoire de l'idée da Crai^ Être n'est pas la partie la moins curieuse du sj9t«^ni Elle constitue i elle seule toute la philosophie de Thj toire du positivisme.

La religion positiviste est le terme suprême des M gués agitations qui ont rempli les siédes. C'est le é Doûment nécessaire du long drame humain, poomnl i traven les Iges et laborieusement reconstruit ^ M. Comte, qui s'ctl porté le rival de Bossuel dans u^ volumineux Unité de Poliiiqw0 po$ttirt. La grande , | seule loi de Thistoirc est celle qui détennior I progrès lent, mais infiiillible du genre humain, tni ▼ersant d*abord une longue période d'initiation, ol féfiodê ikéologique^ arrivant i la période révolution naire marquée par l'avènement de la wêèiëpàfsiçwt^ pour reposer enfin sa conscience inquiète dans le pctt du poiéiMsmê déflnitivemcnt constitué, l'état tbéolufri que, c'est Tére des dieux. Cette longue période rempli i elle seule presque tout le passé, la métaphysique régne depuis un siéde à peine et |>ossède le prNenl L'avenir est au positivisme. Comme toutes les période! de tramitioDf la période métaphysique n*aura duH

- m ÎDSlant ; elle n'aura été qu'une halte entre deux vides époques , celle de la foi aveugle en des dieux

- binaires, et celle de la foi éclairée dans la réalité ie , en qui viennent se résoudre tous les doutes et

T concilier toutes les dissidences.

Ce ne sont là que les grands traits du nouveau Di«- .n sÊtr r histoire universelle. Il serait curieux d'entrer -^ les détails. Nous ne pouvons faire que résumer

^:?c-ntiel.

La période théolopque se décompose en trois époques : Dvque du fétichisme, celle du polythéisme, celle enfin : monothéisme. Au fond de chacune de ces concep- /is religieuses, M. Comte retrouve en germe la notion

> rhnmanité plus ou moins altérée par l'imagination i\ le caprice. L'homme encore sans tradition, sans souair, saos histoire, encore incapable d'une notion abs-

'ûle! peupla le monde physique de volontés el d'intcl-

ciDces semblables à la sienne. Ce fut, si je puis dire,

':e ^:iste dispersion de l'humanité dans l'univers des

rps. L'homme adora, dans le bois et dans la pierre ,

e ju'il y mettait spontanément et ce qu'il n'a^fait dû

il. rer qu'en lui-même. Puis, son esprit s'élevant peu

i |.tu et devenant plus capable d'idéal , Thomme retira

ux corps inertes cette divinité d'emprunt pour la loca-

^r dans les sphères célestes, dans l'Olympe, par

temple. Mais l'homme ne s'éleva pas encore jusqu'à

1 grande notion de l'unité. 11 imagina bien en Grèce

•s dieux qui n'étaient guère que des exemplaires épurés

> ITiumaine nature ; mais il en imaginait plusieurs. Ce iil en Orient qu'une grande élaboration d'idées produisit >: monothéisme. Le Jéhovah de Moïse marque l'avéne- :ioal d'un Dieu unique dans la conscience du genre Lmiain. L'unité future du Grand-Être est déjà, près-

58 STUDBS PHILOSOPBIQCES.

sentie • et Moïse se trouve 6trc naturollcincnt le pr«'rui^eur de M. Comte. 3lai$ Jéliovab se tient encore daii des s|)lièr(*s trop hautes. Il est Irop loin de riiuniatiitt* Avec le christianisme, la Divinitt^ revêt enHn la natur* humaine. La doctrine du Médiateur rapproche le ii* et la terre. Encore un pas. et nous arrivons au poMi visme. Mais ce pas ebt diflicile à francliir. L'huniatii:^! s'est développée » épurant toujours de plus en ptusTid* -i de sa propre nature, et la substituant inM*nsililemont i ces êtres surnaturels qu'elle appelait et qui tesLiit-ii sourds à sa voix, dans leur impi'nélralile néant. M.i.i elle a gardé encore le préjugé d'un dieu extérieur étranger A elle, d'un dieu objectif. Klle t^t restée d.ii | les limbc^s de la théologie, elle a eonscné ses 5>mbol< «j C'est la niétapb>sique avec sa critique impitojaM* qui va détruire les deniiéres illusions de la tliéidi»^ i agonisante. Elle sus4*ite t!ans \vs coiiMiinces le douir l'inquiétude, la ré\olte. Elle frappe à mort la foi d.it.i les Ames. Mais, chose* bizarre, toutc-pui>s<uite A détruii elle e>t impuissante A fonder. Elle renverse les religi«if i elle chasse de la consrience et du ri'*l les êtres suri i i turels ((tii les ont si longtemps peuplés; elle y sul>stiti;^ des abstractions insaisissables, des fantômes d'idée , d i entil/s scolasliques, sous le nom de cauM* prenut-ti d'infini, d'absolu. Elle revient par le panthéisme A i. féticiiisme inconst^quent ; par le déisme A un chn-^t nisme énené; |iar l'aUiéisme, enfin, A un tliéolo-:*!-- i irraltonnel. Li m4'tapb\<ique c^t destinée A sVflit i comme tous l(*s ré^iin<*s (V transition: elle dis|Kiraî:* i comme tout ce i|ui est né^Mtitm. Elle di«»|)anillra Aix i le |iositivisme, qui seul terminera cette lon»:ne an«iri ! i ck's idées et clAra ce };nuid inli*rré^'ne de Dieu, en rt !• V40l dans la raison universelle l'autel un|)érissablc •!

LA K£UGION POSITIVISTE. 89

Tid-Être. C'est dans la foi et dans le culte de ce Grand- ■* que Ta enfin se reposer la raison agitée des na- :s, depuis si longtemps en qu6te d'un Dieu. La force du positivisme consiste à faire en pleine con- .>5ance de causé ce que les siècles précédents faisaient ,ns le savoir. L*idée suprême de Thuinanilé a régi tous T' l^es et dominé , métne à leur insu , toutes les reli- : n?. Mais elle n*aVait pas pris conscience d'elle-même, X s'objectivait dans des êtres surnaturels; elle se déiviil sous des symboles. Où l^hotiime n'a-t-il t)as :.. é ses divinités imaginaires? Que d'idolâtries errantes : tî'apothôoses mensongères dans ces âges d^ignorance ' rhumanitë, où elle n'avait eilcore d'elle-même qu'un r.'iment obsciir et flottant qui allait successivement et r.iblement des grossières erreurs du fétichisme, reflet itérialisc de la volonté et de l'intelligence tumaines, i\ illusions brillantes du polythéisme grec, localisant ris des retraites choisies ses divinités chimériques , et ' £ la conception grandiose mais trop abstraite du Jého- ' h de Moïse, premier germe du monothéisme futur, à 1 doctrine du Médiateur qui donne enfin la forme hu- Li^iine à cette grande idée de la divinité égarée pendant 'lîit dé siècles dans des espace^ imaginaires! L'infini >t tombé dans le fini, il y restera. Le positivisme enlève lt3 derniers voiles, dissipe les dernières ombres, et derlicre les ombres disparues elle montre à l'homme cette 2n\nde existence qui grandit toujours, la seule digne <lo son culte, l'humanité, être à Ta fois réel et idéal: réel, puisqu'il se développe à travers les âges sous des formes concrètes et déterminées ; idéal, parce qu'il supfK^se pour ôlre conçu un certain effort d'abstraction. Lhumanité s'est enfin reconnue; elle a repris con- ^cience de sa réalité et de son unité au sein du positi-

visme; elle relire avec on noble orgueil leur dtvinilc] illusoire aux anciens objets de son culte» à Japite« comma à Brahuutt i léhovah comme i Jésus^ChiriM « tains fantômes qu'elle ataii décorés de ses attributs ^ fagues reflets de rhumanilé, types gnndioses et chi^ mériques qui n'étaient puissants que par ses épouvantes « et qui ne triomphaient que par sa faiblesse. Le fini ai détruit rintini , devant lequel il a tremblé si longtemps, et qui n'était rien que son ombre agrandie dans Ic^ nuages.

Nous voilà donc arrivés i la grande époque longtemps pressentie i travers les agitations et les rêves douloureux du genre humain. Aussi, à la fin du volunie où M. Comte nous expose sa philosophie de l'histoire , il s'écrie, avec une solennité digne de la grande cau^o qu'il soutient, que révolution préparatoire du Grand- Être est terminée, que son initiation est maintenant accomplie, et que l'humanité surgit enOn, en fondant sur la liai X et la vérité l'irrévocable avènement de la religion universelle. Cest de ce ton inspiré qu'il annonce l'âge nouveau.

Il nous reste à examiner d'un peu près quelle c»t cette Gnmde*D逻9€^ comme l'appelle M. Comte, Car en* fin, c'est un terme bien vague que ce mot : Vkmmamiie. A qui ndn*sscr mes hommages ! où porter mon. eulU* ? où réside cette insaisissable divinité? Si Hiunumité est. dons ses pliases variées, l'é^ilulion même du Grand* Elrr, si ce Cimnd Etre s'engendre éternellement dans la conM-icnce va^ue et abstraite des généralions, je demande à M. Comte où je doU aller cherclier ce ttr réalité idéale dont ma pensée , dont mon cœur a besoin. Quand on me parie d'adorer celte divinité, je nie demande ce qu'elle esL Est-ce l'hmnanité évanouie du

LA BEUGION POSITIVISTE. 61

pssiî mais nous savons que H. Comte n*admct pas TinuDortalité au vrai sens du mot, la persistance réelle ie rame après la mort. Est-ce rhumanité purement .mUe de Fa venir? mais, par définition, eUe n'existe >js encore. Si les générations passées et les générations •iitores sont des dieux impossibles , irons-nous chercher t Crand-Ëtre dans les générations actuelles ? Mais qui 'e nous n'est prêt à protester du fond de sa conscience Jiitre cette imputation dérisoire de divinité? Si Molière 2 po faire un Médecin malgré lui, M. Comte fera-t-il de '^ous des dieu^ malgré nous-mêmes ? Il y a dans tout •■^h bien des obscurités qui nous semblent impéné* ^•^les et des difficultés que nous croirions volontiers '^îolubles. Voyons comment M. Comte résout le problème, et de quoi se compose, en définitive, ce Grand- ^ si solennellement annoncé.

Le posilivisme qui a pour principe fondamental d'é- ^vter les hypothèses , de substituer l'étude des lois à la recherche chimérique des causes, en un mot, de pour- ^^i^e le comment des choses, en laissant le ponrqvoi aux ^^eurs, le positivisme s'inquiète peu des origines et de ^ raison première du monde. Il le prend tel qu'il est , •^ns a?oir souci de ce qu'il a été , non plus que de la '^n dont il a été formé. Il voit, sur la planète que ^»iL$ habitons, une race prépondérante qui triomphe chaqae jour des résistances de la nature, et qui plie à 'OD joug Fanimalité domptée. Il y a là les signes d'une ^contestable souveraineté. M. Comte remarque en ^^t temps que cette race supérieure a le merveilleux V^^ége de lier par la mémoire le passé au présent , ^^ par l'induciion le présent à l'avenir. C'est assez pour ^^T^s\\\ucr un Grand-Être collectif, une grande et vaste réalité. L'unité du genre humain s'accomplit sans effort

et ÉTUDES raiLOSOPBIQUCS.

dans notre pensée. Ne sentons-nous pas cette Inme m crte de la solidarité unÎTerselle qui nous lie à nos m oètres comme à nos descendants? Ne sentons*oous p^ en nous le poids du passé qui nous entraîne dans U Toies préparées par les souflhances et les trafaux c| nos pères , comme nous sentons en nous la rpspon>.< bilité de rarenir, auquel nous devons le patrimniii agrandi de la civilisation? On a travaillé pour nouH nous travaillons pour d*autres ; mais ces autres ne seul ils pas nous-mêmes, comme nous avons été nos aleu\ Ce grand (ait, l'hérédité des générations» montre d'uni manière asses claire la réalité et Tunité du seul Grand Être que nous connaissions, le genre humain. Cest li ridée Ut^générale de cette théodicée nouvelle. Nom avons tenu à rcxprimer de la manière la plus simple c i la plus brève, pour aider le lecteur à comprendre lil étranges détails dans lesquels nous allons entrer.

Pascal, Leibniti et Condorcet ont préparé la con^ struction religieuse de M. Comte, le premier par sa m.i^ gniliqiie comparaison de Tespèce humaine avec lui homme universel qui grandit toujours, le second par M grande loi qui régit le système entier des monades vi qui subordonne le présent au |uishé, Tavenir au pre^ sent, Condon-et enfin par sa conception simple et! lumineuse du genre humain considéré comme un muI peuple. M. Comte reconnaît dans ces trois grands fjii« philosophiques les antécédents directs de sa docUinc. Il indique aussi aux esprits i^e&périnlentc^ , conuue un secours à leur faiblesse, la niêdiUition de ces deux grandes idées, la famille et la patrie. Non pas qu'il y ait des éléments dans Télre ef»M*ntieilemeot indivÎMkli ; mais ridée de la famille et celle de la pntrie sont, ditil • les préambules succcssift de rhuuianité , €*est4-dire

LA MUGION POSITIVISTE. 63

ies Toes partielles par lesquelles l'intelligenoe s'habitue i^'osiblement à la notion du Grand-Être. U est temps .arriTer à une définition que nous emprunterons à L Comte , pour nous garantir de tpu^e altération in- «olontaîre.

• Le Grand-Étre, dit-il, est l'ensemble des êtres, pas* >^. futurs et présents qui concourent librement à pereclionner l*£tre universel. Toute espèce sociale tend i^vurellement vers ime telle convergence. Mais Funité •llectife ne peut se réaliser, sur chaque planète, que heiia race prépondérante, dont l'essor collectif empé- >he nécessairement celui des animaux moins élevés. Ctst pourquoi la définition systématique de l'être com- > se n*a pas besoin de mentionner sa nature spécifique. D'une autre part, la spontanéité du concours et sa destalion extérieure sont évidemment indispensables jAiur sa consistance et sa perpétuité. Si donc on écarte lûutce qui peut se sous* entendre sans confusion, on se l'ome à définir le Grand-Étre comme Yensemble continu fe Uns convergents. •

JafBrme que cette définition est exacte, je ne préleTids pas pour cela qu'elle soit claire. Nous allons essayer d'introduire dans cette définition, sinon plus de précision scientifique, du moins plus de clarté littéf^re. Nous allons moins exposer et critiquer que traduire.

L'humanité , prise dans son ensemble , se décompose €0 deux grandes classes d^êtres, que M. Comte appelle <leux populations , — les vivants ( population objective), el les morts, auxquels il faut joindre ceux qui sont à naître (population subjective). Les vivants travaillent pour leurs descendants , mais sous l'impulsion de leurs ancêtres. La population subjective qui est à naître est

M ÉTUDES PHlLOSOraïQURS.

le but de notre aciivilé. Mais la source de cette aciivj est dans la population subjectlre des morts. Ceat <*] qui nous transmet les procMés de toutes nos opérntiori Nous agissons par eux et arec eux. Écartons la pnpi lation de TaYcnir qui nmrque le but de l'activité uni Tersel||i% niais qui n'a rien de précis, n'ayant poa enan do réalité; il reste en présence deux grandes popul.1 tionSt l'une objectiTe dont la quantité ne varie pas son siblement, l'autre subjective qui s'accrott et gmrull sans cesse. Ce sont là les deux laces, les deux aspc^l de l'indiviiibie Grand-Être. Les morts représentent 1 dignité du Grand-Étret les vivants en représentent refit tacite. Les morts ne peuvent agir que par rintcmiii diaire des vivants , ils en dépendent donc pour l'aclion mais las vivants ne sauraient agir que sous l'cmpirv €i sons l'ascendant des morts; iU en dépendent pour Tin fluence. Les morts pèsent irrésistiblement sur les vivant^ par l'elDcacité de l'exemple, par le concouri des Age^ et la force des traditions.

Que si quelque curieux me demandait ce que signi^ fient ces appellations étranges de population subjectif ci et objective , rien de plus facile A expliquer, et ce H*n% même l'occasion de remarquer A quel point il (*st UciUi d'enfouir les idées les plus simples sous l'appareil dc-^ formules et d'obscurcir l'évidence, je dirais même le* vérités trop vraies pour ieur donner l'apparence de la profondeur. La population des vivants est objectif r, parce qu'elle a une existence réelle, personnelle, délerminée , concrète ; !a population des morts est réduilr au triste élat d'une population subjective, parce quelle n'a qu'une existence abstraite, %ague, indiMcmiitiin» dans le sou%enir des %ivants. Leur vie n'est plus quun reflet d'eUennême dans la pensée des autres. Us tCcxh-

LA REUGION POSITIVISTE. 65

i^ que subjectivement, parce qu'ils n'existent plus que m la grâce de ceux qui s'en souviennent.

Et pourtant » si l'on presse bien là pensée intime de M. Comte, on finira par s'apercevoir que c'est cette pftie ropolation des trépassés qui seule constitue le Grand- Lire. Remarquez bien que H. Comte n'admet pas l'immortalité au sens du spiritualisme, et que, pour lui, il n'y a d'autre immortalité que cette vie subjective, dans h pensée des vivants. 11 n'y a donc pas de réalité dans I>](istence prolongée des morts. Cette existence n'est tiu'une abstraction , ou mieux n'est qu'un souvenir. Et rn'ilgré cela, chose étrange ! c'est cette population vague et flottante de souvenirs , de reflets et de fantômes , qui t'puîse toute la réalité du Grand-Ëtre. Les générations futures ne comptent pas encore ; les générations pré- «^entes ne sont pas encore jugées , et il faut avoir subi le jugement positiviste pour être incorporé à la sublime déesse. Nous sommes ici d'une exactitude littérale, et, Jans ce domaine de l'excentricité, nous mettons une «<)rte de point d'honneur à n'être qu'un rapporteur Mdèle.

« Les vivants, dit M. Comte, se trouvent doublement ^ilaeés sous le patronage croissant des morts , qui sont à la fois leurs protecteurs et leurs modèles. Ceux-ci peuvent seuls réprésenter l'humanité, qui consiste essentîeDement dans leur ensemble',' tandis que ceux-là, toujours nés ses enfants , deviennent ordinairement ses serviteurs, à moins qu'Q ne dégénèrent en parasites. (juand même la vie objective serait immédiatement ju-^ geable, elle comporte rarement assez d'efficacité pour que son principal essor ne puisse pas sl'efliAcer sous sa corruption ultérieure. Jusqu'à ce qu'elle soit achevée. les attributs humains ne sauraient suffisamment surgir

même chez les meilleurs types , toujours altérés par les déviations inhérentes aux nécessités corporelle. L'àme ne peut prévaloir que dans l'existence subjective, qui, sauf d'exceptionnelles réprobations, appartient uniquement aux fonctions associablcs , quajid les phénomènes purement personnels ont irrévocablement cessé. »

Cela veut dire , si j'ose croire que je comprends, que les meilleurs parmi les vivants ne peuvent pas être définitivement incorporés au Grand-Ëtre.Tant qu'ils vivent, l'épreuve n'est pas finie, et ils peuvent, à chaque instant, donner un cruel démenti aux espérances fondées sur leur vertu. Or, le Grand-Être ne veut être composé que des existences suffisamment assimilables; il exclut les autres. On ne doit jamais compromettre , par une admission hfttive des vivants, ce caractère suprême qui fait du Grand-Être un ensemble continu d'êtres conver'yents. Si, comme M. de Blainville, un être longtemps convergent devient, vers la fin de sa vie, divergent ^ il Jaut toujours se réserver le droit de l'exclure. Ce sera l'affaire du concile positiviste d'exclure ou d'admettre les existences accomplies et définitivement éprouvées. D'ailleurs, sur les existences les plus parfaites il est bon que la mort ait passé. La mort épure nos meilleures qualités et fait oublier nos défauts. Le souvenir idéalise les morts, comme il idéalise les absents. A mesure que la dernière heure s'éloigne, elle emporte avec elle, comme une dépouille funèbre, lets infirmités et les misères de l'humaine nature. Le mort grandit ainsi par le lointain de la perspective; il s'idéalise dans notre pensée : c'est alors qu'il entre dans la réalité idéale , et qu'il devient membre, pour réteiiiité , de la grande cité subjective que composent les nobles trépassés.

I«e vrai , le seul Grand-Être , parce qu'il est le seul

:2i stiii définitif, se compose des morts, mais des morts

ïi sonl dignes de vivre dans le soùveoir, c'est-à-dire,

r.oo la grande formule, de ceux sevlemeni dont l'essor

^ectifa laUsé de dignes résultats. Que deviennent donc

^< autres existences? que deviennent ou les parasites

ul ont surchargé la terre d-un inutile fardeau , ou les

Acréanis qui refusent de plier le genou devant le

if md'Ètre t Ils meurent à tout jamais et sans rémission.

H. Comte n*a pas pour eux assez de paroles de mépris.

L les abandonne à toutes les liorreurs du néant ; mais ,

-a définilive » comme ce néant ressemble de bien près

u Grand-Ëlre, nous en prenons admirablement notre

; irii. Kous ne vivrons pas sur les tables de commémo-

^ition de M. Comte ; notre nom sera impitoyablement

i\da de l'almanach positiviste. Voilà notre sort; il est

^lîieux et il nous fait rire.

Ln revanche, ce paradis du Grand-Etre, fermé d'une lu.iin avare aux paresseux et aux mécréants, est ouvert •î une main libérale à d'autres individualités , répudiées j tort par les théologies aveugles. Le Grand-Être ouvre >"Q large sein à toutes les races susceptibles d'adopter a commune devise des âmes supérieures : Vivre pour autrui. Or , qiiels élres vivent plus poqr nous que le ilieval, le bœuf etl'àne, que, par unp suprême élégance, M. Comte appelle nos lif^res auxUiaires animaux? OiiC'ls êtres nous rendent de plus grands services dans celte ligue nécessaire , dans cette coalition da toutes les activités contre les résistances de la matière et les fatalités de la nature? Il faut les en récompenser, la chose n'est pas douteuse, et le positivisme le fait en les incorporant au Grand-Être. Caligula faisait son cheval consul ; H. Comte, à supposer qu'il ait un cheval, en fait un dieu. Quelle glorieuse et nouvelle perspective pour tous

GS ETUDES MnLOSOPHIQCES.

ces nobles auiiliaires, qui usent leur tic à tnitner Ici i confrères! Après rabattoir» TOlympe.

Ce n'est que justice. Nous ne faisons que rendre Ait aux aniniaux un peu de ce que nous leur avons Tolé. nous n'étions pas Tenus prendre leur place sar cwi planète, ils y consUlueraient un Grand-ÉIre. N€»i sommes venus leur ravir le droit à la diTinilé. Noti race prépondérante s*fst substituée aux races Inférieurci Toute espèce animale » dit expressément M. Comte , e un Grand-Être , plus ou moins avorté par suite de I prépondérance qu*a prise la race humaine. Il est don juste que nous incorporions à l'humanité subjective cfit des animaux qui nous ont rendu le plus de servir^ dans rhumilité de leur condition. A force de se rpn«Ic utiles, ils sont montés aux rangs supérieurs de res|MN' humaine. Ils ont été nos bienfaiteurs obscure; qu*ils dd viennent nos protecteurs et nos modèles!

Avec ce système commode de théodicée , on conci • | qu'il puisse y avoir une infinité de Grands-Êtres, ptitH que le Grand-Être n'est que la race préiiondéranlc û\uu phinèlc. M. Comte l'avoue d'assez bonne grftce :

• La suprématie de notre vrai Grand-Être, dit-il, rr<u purement relative à nos recherches à nos besoins. Ihi peut sans doute concevoir que, même sans sortir de ru »^ tre monde, il existe sur notre planète un organÎMTit! encore plus éminent ; mais, outre que nous n'en pou% < >n h rien savoir, cette question demeurera toujours aii««»i oiseuse qu*inal>ordahle, pui<4|u'un tel être n'nffecfef .u: aucuiK'ment nos destinées. Si nous n'avons pns irai* ment besoin de toutes les notions qui nous sont cflcrtîventent accessibles, nous sommes, au contraire, ccrliin^ de connaître t6t ou tard ce qui nous inléressc «mtalile>. ment comme aghsant sur nous, cette influence qucU

LA BELIGION POSITIVISTE. 69

c 'Qqoe nous fournissant dès lors une base d'apprécia- M, Écartant donc toute vaine comparaison des divers lirands-Élres qui peuvent ejûsler, il nous suffit de recon- 3iîlre que le pôtre est supérieur à toutes les existences jiii nous deviennent appréciables. Nous sentons d*aili-Qfs que nos destinées sont nécessairement subordonixi^s à la sienne, qui constitue ainsi le principal objet -le tous nos travaux. D'après cette double conviction, on j ut aisément constater qu'une telle restriction de puissance devient la source directe de la supériorité géuCrdle, surtout morale el sociale, du règne de l'humanité rur celui de Dieu. ^

Ainsi, voilà, qui est bien entendu. Il peut y avoir une iiifuiité de Grands-Êtres ; mais ils nous sont parfaitement indifférents , ils sont pour nous comme s'ils n'existaient pas. L'humanité seule nous intéresse , puisque Dous appartenons à l'humanité.

Mais le Grand-Être , dira quelque sceptique, est bien éloigné de nous. Il se trouve au fond de nos consciences ; c'est là qu'il réside dans le secret, dans le silence , dans 1 ombre; c'est là qu'il le faut adorer. Mais ce sanctuaire »"st souvent d*un accès difficile. Le Grand-Être ne réside- NI que dans cette abstraction presque insaisissable d'un souvenir idéalisé par la mort? J'ai bien peur alors, qu'on ne laisse en repos le Grand-Être dans ce temple, qui ne ressemble pas mal à un tombeau.

M. Comte prévoit l'objection et y répond victorieusement , de manière à charmer les plus incrédules. Le Grand-Être a une gracieuse personnification ici-bas : c'est la femme. Le sexe affectifs voilà où peuvent se porter nos hommages et s'adresser notre culte. C'est Tagréable intermédiaire entre le Grand-Être et nous. Mais pour que la femme soit un intermédiaire suffisamment

pur, H. Comte rêve en son honneur une réyolution physiologique^qui la rendra complètement indépendante de rbomme. H croit devoir, nous dit-il, introduire une hypothèse hardie. Bien hardie, en effet, car nous n*osons pas la transcrire. Nous renvoyons le physiologiste curieux à la page 68 et à la page 276 du quatrième volume. Qu*il nous suffise; à nous autres philosophes , de savoir que H. Comte établit dans Tavenir, au profit de la femme, une sorte d'hermaphrodisme artificiel qui est bien à la fois la plus indécente et la plus bouHonne des inventions. La femme , définitivement affranchie de rhomme , deviendra un intermédiaire plus digne , et Fhomme, affranchi des préoccupations brutales , devra un plus noble essor à sa chasteté nécessaire. Le Grand- Être y gagnera un plus grand nombre de serviteurs dévoués, et tout sera pour le mieux.

Telle est, dans ses linéaments principaux , la théorie fondamentale du Graiid-Ëtre. Si Ton a pris quelque intérêt à cette longue exposition, nous réclamons quelque reconnaissance. Ce qu'il a fallu lire de pages inqualifiables pour en extraire les éléments de cette exposition serait de nature à effrayer les courages les plus robustes ; ce qu*il a fallu d'attention pour saisir le lien de ces étranges idées et pour en pénétrer le sens , serait fait pour épouvanter le scoliaste le plus déterminé. Nous tenions à donner une notion exacte du système, et nous •ne pouvions le faire sans expliquer nettement la théorie du Grand-Ëtre, qui en est la clef. 11 nous reste maintenant à faire connaître le culte et à présenter quelques appréciations, si l'on peut vraiment apprécier celte doctrine, qui est, si je puis dire , un incroyable effort de raisonnement appliqué à une incroyable déraison. Mais auparavant, il s'agit de s'entendre une foi$ pour toutes

U aiUGIOR POSITIVISTS. 71

ijtc M. Comte sur ce grief de Tathéisme que nous Tamus TU repousser avec tant d'énergie.

S'il suffit, pour n*ëtrc pas athée, d'instituer une reli- ^on et un culte , quds que soient d'ailleurs cette religion et ce culte , nous en conviendrons aisément , L Comte ii'est pas athée, puisqu'il a établi tout un syslime de rites religieux. Mais si l'athéisme résulte de ce ample foit que l'on récuse toute réalité supérieure, que Ton rejette parmi les hypothèses oiseuses l'existence fnn souvendn être distinct du mondé , dont il est à la bis le principe et la fin ; si l'athéisme , comme lé mot Blême rindique, est le caractère de toute doctrine qui se passe de Dieu, et si le mot Dieu signifle ce que l'étemel bon sens lui a toujours fait signifler, l'absolu, l'infini, Tètre nécessaire, la première et la dernière raison des choses ; en ce cas, je ne sais trop comment H. Comte pourrait soutenir sérieusement qu'il n'est pas athée , puisque tout l'esprit de sa doctrine est dans l'élimina- Uon de Fabsolu. Que maintenant , par le plus étrange abus de mots, M. Comte appelle l'humanité Grand-Éire, ou bien encore incomparable déesse y ce luxe de qualiflcatife est son afiaire, mais ne change rien au fond des choses. En réalité , il répudie l'idée d'une cause première ; cela nous suffit pour dire que la doctrine est l'athéisme, quand bien même H. Comte persisterait à ne Touloir pas être athée. 11 est avéré pour nous que le positivisme n'est pas autre chose que la vieille philosojtde de Leucippe et de Démocrite, remise au goût du jour et au niveau d'une civilisation savante. Le principe est toujours le même : comme Leucippe et Démocrite voulaient créer le monde sans Dieu, par la combinaison des atomes , H. Comte veut organiser la société sans Dieu, par la seule force des attractions humaines.

n , STUOES PHILOSOPHIQUES.

S 8. — £« cuUe poiitivisU. Concluiion.

L'originalité de l'athéisme de H. Comte , c'est d*ètre un athéisme religieux. Que sa doctrine soit l'athéisme , c'est ce dont personne ne peut douter, sauf M. Comte , qui s'en défend avec plus de bonne foi que de raison. Il ne peut s'en défendre qu'en jouant sur les mots. Mais ce qui est vrai, c'est que le système de M. Comte se distingue par un caractère tout particulier des autres formes que l'athéisme a revêtues à travers les siècles. Il se produit dans le monde avec des prétentions religieuses. Il a l'ambition singulière d'instituer un culte. C'est là une incousé^ence bizarre , et c'est par cette inconséquence qu'il tente certaines âmes , avides d*émotions , impatientes de nouveautés, que je pourrais appeler des aventurières d*idée. Sèche et nue , la doctrine n'aurait pu faire de prosélytes. Elle aurait langui dans l'ombre , où rindifférence publique relègue les chimères purement métaphysiques. Un système de plus, un rêve de plus, et tout était dit : ces quatre mots auraient servi d'épitaphe au positivisme. Il serait mort sans avoir vécu, ce qui est la plus triste de toutes les manières de mourir. Mais ce qui Ta fait vivre, ce qui lui assure Fintérét d'une nouveauté piquante , ce qui lui donne prise sur quelques intelligences inoccupées par une originalité décisive, c'est précisément cette contradiction d*un culte issu du sein même de l'athéisme , essayant de se concilier avec la négation expresse de Dieu, élevant des autels et dressant des formulaires de prières en l'honneur de rhomme, pris ainsi par lui-même comme type et comme objet de son adoration. M. Comte a su mctti^c d'accord deux instincts qui, jusqu'alors, s'étaient livré

LA KEUGIOÎJ POSITIVISTE. 73

Croyables combats dans l'âme humaine, je veux dire

^^îinct religieux qui entraîne Thomme aux effusions

^tiques de la prière , et un certain penchant à la ré-

te, à l'indépendance , au mépris de Tinvisible auto-

j. n a pour lai ces âmes flottantes et malades , qui ,

-- croyant plus en Dieu , n'ont pourtant pas la force de

hiprc avec les formules des religions positives, llsem-

■■'■■' vraiment que, pour certaines pei^sonnes, il soit plus

rlcile de renoncer au culte qu'à' Dieu. C'est pour elles

if M. Comte a été tour à tour Âristote et saint Paul.

>l pour elles qu'il a écrit ces pages, pénétrées d'une

::'lion mystique, et qui seraient presque touchantes,

gnge , si Ton pouvait les comprendre. Pour elles, en-

•^ M. Comte s'est fait le législateur des nouveaux rites,

. «•hantre inspiré des nouvelles hymnes , tour à tour

"te et pape, hiérophante et théologien, prédicateur et

.lire des cérémonies. 11 n'a négligé aucun détail ;

-t est prévu , défini , réglé. Le culte est prêt à fonc-

' nner; il fonctionne déjà pour quelques rares adeptes.

n n'attend plus que l'adhésion de la France, ou, à son

fiut, delà Russie, pour ouvrir à deux battants les

: rtes du Temple humanitaire.

En attendant, c'est dans les gros volumes de M. Comte

^:'il faut aller chercher le culte futur. La chose est un

:»u moins gaie que d'aller voir M. Comte, officiant en

"ibits pontificaux dans la 'cathédrale de l'avenir. Mais

T'inercions le de nous avoir si bien renseignés sur tous

'^ détails de son institution religieuse. 11 a préparé de

loux loisirs aux conciles positivistes, qui n'auront plus,

• u jour du triomphe , qu'à contresigner les décrets du

' .«.laleur, et nous pouvons jouir d'avance, par la pensée,

it's félicités qui attendent les générations, une fois con-

>'Tiies au Grand-Être.

74 ËTOOBS PHILO^OraïQOES.

Le culte a pour objet d'améliorer rhomme par la eon* templation assidue du Grand-Être. Or, nous savons que Fexistence du Grand-Être est purement subjective. Le culte sera donc exclusivement subjectif dans son principe. II consistera dans ce que M« Comte appelle Xévoca^ iiim cérébrale des êtres chéris. Nous ne pouvons évidemment contempler le Grand-Être que dans ses personnifia cations^ sans quoi » notre méditation se perdrait dans je ne sais quel effort abstrait. Ces personniflcations , qu'il nous est donné de contempler, sont précisément celles qui nous touchent de plus près , qui nous intéressent plus immédiatement. Nous évoquerons cérébralement Fimage d'un ami défunt ou d'une amante idéalisée par la mort; Oreste évoquera Pylade, Dante évoquera Béatrix, et c'est uniquement dans ces contemplations des êtres chéris que consiste le culte intérieur. Il faut employer toutes ses forces à mieux ranimer l'image de l'ôtre adoré, et pour atteindre ce but, M. Comte nous donne les règles les plus précises, qui toutes se résument en celle-ci : déterminer le milieu inerte avant d'y placer la vivante image. Cette détermination extérieure se décompose en trois parties essentielles, en procédant toujours du dehors au dedans, suivant le principe hiérarchique de l'école : il faut préciser d'abord le lieu , puis le siège ou l'attitude, et enfin le costume. Quoique le cœur puisse d'abord s'impatienter d'un tel retard , il en reconnaîtra bientôt l'intime eflicacilé , quand il verra l'image chérie acquérir ainsi graduellement une force et une netteté qui semblaient d'abord impossibles.

Mais ce que H. Comte recommande par-dessus tout , dans la pratique du culte subjectif et de l'évocation cérébrale, c'est d'idéaliser de plus en plus le type préféré. Le mathématicien se révèle dans la manière dont il veut

ff

LA BEUGION POSITIVISTE. 75

?i'im traTaiUe à cette idéalisation progressive. U finiU

i.-il, idéaliser presque toujours par soustraction etrare^

^t par addition, oublier les défauts des morts pour ne

. 05 rappeler que leurs qualités. Dante avait pressenti

^ lie loi, à ce que nous assure M. Comte, quand il ima-

/iia cette belle fiction, où, pour se préparer à la béati-

^:ie, on s'abreure d'abord au fleuve deFoubli, et ensuite

- Jis i*Eunoé , qui rend seulement le souvenir du bien.

Le culte devient ainsi la consécration de cette réalité

' -aie qui est Fessence même du Grand-Étre. Le Grand--

"i^r^ est idéal , puisque nous épurons progressivement

5 types qui le représentent dans notre pensée. Il est

ei, puisque ces morts chéris prolongent , grâce à nos

ocations, une existence qui ne finira qu'avec notre

avenir. Ces êtres, que nous avons aimés, existent ainsi

n nous et par nous. Ils sont affranchis des nécessités

"matérielles et vitales , mais fls ne cessent pas de vivre.

Leur vie est transplantée, implantée dans la nôtre. Écou*

>( as M. Comte :

« Le doux échange de sentiments et d'idées que nous 'Tïlretenions avec eux, pendant leur objectivité, devient à la fois plus intime et plus continu quand ils sont dérigés de Texistcnce corporelle. Quoique la vie de chacun d'eux se trouve dès lors mêlée profondément avec la nôtre, son originalité morale et mentale n'en est au- (nnement altérée , lorsque son caractère fut vraiment distinct. On peut même dire que les principales différences deviennent plus prononcées, à mesure que ce commerce intime se développe mieux. Cette conception positiTe de la vie future est certainement plus noble que Cille des théologistes quelconques, en même temps que seule vraie. »

L'évocation cérébrale des morts prépare Tacte qui est

76 CTUOES PHILOSOPHIQUES*

le dernier terme du culte, reffosion ou la prière. Q\i:it\ nous avons revu avec netteté l'Image adorée, notre otvi s'ouvre, notre Ame s'épanche , et la prière vient f*iuct lier les intimités de notre être. Le positiviste prie, aval tout, pour répandre ses meilleures aflectiona , mais peut aussi demander, pourvu que toutes ses doinand^ n'aient pour objet que le progrès de son Ame et rniiii! lioration de ses sentiments.

Telle est la théorie générale du culte. Descendoii maintenant aux applications.

il fliut tout d'abord distinguer le culte privé du rtill public. L'un s'adresse à la famille, l'autre à l*huiiiniiit^ Ou plutôt, l'un s'adresse à l'humanité par l'inlermétliair de la lamille ; l'autre s'adresse au Cmnd-Elrc diret i«! meut et sans intermédiaire. M. Comte recommande au* insistance la pratique du ailte privé, comme le préaiii bule indispensable et la garantie du ruile public. • ><< Ire déesse, dit-il, ne comporte d'adorateurs finrèrcMiti ceux qui se sont préparée à son culte auguste par uii digne pratique d(*s secrets hommages , journeileiiu n dus à SCS meilleurs organes, surtout subjectif» et nit^ini objectifs. C'est surtout hi pratique assidue du culte pt iv qui distinguera finalement les vrais positivistes d*a%«i les faux frères dont nous allons être encombrés au^^: tôt que la vraie religion prévaudra. • Kn quoi coum^i^ donc le culte privé , si solennellement préconisé |tar U ftaint Paul du positivisme?

Là encore il faut distinguer. Le cuite privé se diV<»iir pose en deux parties, l'une personnelle, Vautre doiiH ^^

tique.

1-e culte privé pcrjoJinc/ donne naissance i une gniii'Ni institution M»rio/ii/r»^, rmMituticmdr^ \rm$angr$gnf* ëiem. Il est facile de de%iner, dapn> l(*s tcudanco v

LA REUGION POSITIVISTE. 77

vraies du système, que les vrais anges gardiens sont les ciflies. Toute l'existence de l'Être suprême étant fonce sur rameur, le sexe affectif coxi%\W\xe naturellement a représentant le plus parfait en même temps que son iDcipal ministre. Chacun de nous, dans Tétat normal, . u?e ainsi autour de lui de véritables anges gardiens, ïil doit invoquer comme ses prolecleurs et ses moi-ries. La mère , l'épouse et la fflle , personnifient en les les trois modes de la perpétuité humaine, le passé, présent et l'avenir, comme aussi ellps représentent , kiisun symbole touchant, les trois degrés de la soliinté qui nous lie aux supérieurs , aux égaux et aux ^trieurs. Que de choses dans une mère ! Quelle pro* ■tideur de symbolisme dans l'épouse et dans la fille! Le culte des anges gardiens exige trois prières quotidiennes. La première, celle du lever, plus étendue que ^ deux autres, doit nous disposer au bon emploi de •'^ forces. La dernière exprime la reconnaissance que S"us devons à cette protection quotidienne. Celle du milieu du jour est destinée à faire pénétrer au milieu '^ nos travaux Vinfluence affective dont nos occupations "codent toujours, plus ou moins, à nous écarter. La pre- Jiière et la seconde prière auront lieu à l'autel domes- 'qoe. La dernière doit s'accomplir au lit et se prolon- -'er, autant que possible , jusqu'à V invasion du sommeil ^ ^ (fe mieux assurer le calme cérébral , à celte heure né- ^^ où nous sommes moins que jamais garantis contre '^tendances vicieuses.

Le culte privé domestique se distingue du précédent P^r la grande institution des sacrements sociaux. L'en* emble de notre vie doit être considéré comme une suite ^6 préparations destinées à nous incorporer finalement ^(1 Grand-Étre, quand nous l'aurons dignement servi.

Les neuf sacrements sont destinés à sanctifier les phases générales de la vie privée , en les liant de plus en plus à la 'vie publique. Ce sont : la présentation^ Vinitior' tionj Fadmission^ la destination^ le mariage^ la maturité , la retraite 9 la transformation^ enfin V incorporation^ « Leur invariable succession» dit M. Comte, constitue une suite de préparations , d*après lesquelles, pendant l'ensemble de sa vie objective , chaque digne serviteur de Thumanité tend graduellement vers Fétemité subjective qui doit Fériger en organe propre de la déesse. » Ces neuf sacrements , dont la plupart sont un plagiat évident des rites du christianisme, suivent ainsi Tbomme depuis son berceau jusqu'à son dernier séjour. Le premier n'est pas autre chose qu'une sorte de baptême positiviste. H. Comte n'oublie môme pas, dans la collation de ce sacrement initial, le parrain et la marraine, qu'il appelle avec une solennité comique, un couple artificiel. Le second sacrement marque le passage de l'éducation spontanée, que dirigeait la mère, à l'éducation systématique, émanée du sacerdoce. L'admission autorise le jeune homme , à vingt et un ans , à servir librement l'humanité, dont jusqu'alors il reçut tout sans lui rendre rien. La destination consacrera la fonction utile , définitivement choisie par le jeune serviteur du Grand-Être , après des essais librement tentés et suffisamment prolongés. Quand l'homme sera devenu capable de participer pleinement à l'existence sociale , en fondant une nouvelle famille, il recevra le cinquième sacrement, le mariage y qui ne comporte points une détermination d'âge trèsprécise, mais seulement une limite inférieure, vingthuit ans pour l'homme, vingt et un pour la femme. Ce sacrement se complète par l'institution du veuvage éter^ nelj et par rengagement que prennent les conjoints , au

I Là BEUGION POSITIVISTE. 7»

OS oAl rnn des deux deyiendrait yeuf , de se vouer au subjectif. Engagement solennel qui semble £tre, yeux de M. Comte, la suite naturelle de la monoga- En effet, les secondes ou les troisièmes noces ne Imt-elles pas une sorte de polygamie successive ? Et Ipoiir n'être pas simultané, ce double ou triple mariage Icit-ilplas Intime? — A quarante-deux ans, Thomme, I arrivé au terme de son développement organique et I de sa préparation sociale , recevra le sacrement de la mÊtmriiéf qui doit marquer son apogée. A ce moment solennel , le sacerdoce notifie à Tbomme l'inflexible responsabilité qui va commencer pour lui ; les fautes , jusqu'alors réparables , deviennent désormais décisives et seront Tirrécusable texte d*aprës lequel on prononcera le jugement final. A soixante-trois ans, le fonctionnaire de rhumanité vient, dans le sacrement de la retraite, abdiquer son activité épuisée. Ce sacrement ne sera pas du goût de tout le monde. Les riches , par exemple , seront tenus de livrer à un successeur désigné le capital qui leur a servi d'instrument. On leur permettra seulement de prélever sur la masse leurs provisions personnelles. Le reste doit rentrer dans la libre circulation des fonctionnaires actifs.

L'institution du huitième sacrement est pour M. Comte Foccasion de maudire un des plus beaux et des plus augustes sacrements de TËglise catholique, celui qui vient consoler le mourant en lui montrant , en échange de la lumière terrestre , les splendeurs du jour qui ne flnira pas. C'est , aux yeux de M. Comte, une solennité mons^ trueuse oà le catholicisme , oubliant sa destination pour rester fidèle à son caractère antisocialj érige la rupture de tous les liens humains en condition nécessaire d'une éter* nité mm moins égoiste que chimérique. Au caHtraire, dans

80 ËTUDE8 PHILOSOPHIQUES.

le sacrement de la irons formation ^ ie sacerdoce do tkutun^ nilé^ mêlant Irx regrets civiques aux larmes domestii^w \ , représente Cexistence prête à couvrir comme te perft rtionncment sutrjecUfdes services ot/jectifs qui t'auront oi'ritèr.

Si'pl ans oprcs la consôcralion extrême « le sacremrrt suhjertif voumlvUi la s^rie des prciMiralioiis objective x. C*cst V incorporation* • Quand tiiutrs les passions p<*rturbatriies sunt assez éteintes, sans qtU5 les nieillenj^ documents si^yciaux soient déjà perdus» un jugcn)(*iU solennel , d(»nt la sociocralie emprunte le K<*rinc à U théocratie, >ient irrévocablement fixer le sort de ch.i* cun. Le sacerdoce ayant prononcé riiicorporation , if préside au pompeux transport des restes sanctiliés* i|it.. jusqu'alors déposés au cliamp civique» viennent occu|-fr leur place étemelle dans le bois sacré qui cntourt* l<* temple de Tliumanité. Chaque tombe s') trouTO onwr d*unr simple inscription , d*un buste ou d*unc statue* • suivant le degré de la glorillcation obtenue. » La con* damnalicin simple d'une mémoire douteuse se lK>me à rendre irrévocable la sépulture municipale dans W cluunp civique. La condaroiuition double, la flétris>uri* complétr consiste k transporter le fardeau funeste au désert des réprouvés, parmi les suppliciés, les suicidi^ cl les duellistes ; telle est la loi.

Kous avons ex|iosé avec quelque détail le culte privé , parte que l'occasion nous a paru bonne de iaire voir , dans toute sa pénurie , Timagination des fondateurs de rrUgions nouvelles. Eh quoi ! vous bouleverses la métipbjrsique et b religion ! vous |>rocbun6z U dédiéance de Dieu i vous fondez sur de nouvelles baK*s Ut création « t Hiomanilé ! vous relaites un culte , et tout cela pour aboutir à je ne sais quelle parodie monslrueuse de>

coites consacrés. En vérité , ce n*était pas la peine de faire tant de bruit. 11 suffisait de dire qu'à la place de Jèsus-Chrîst vous mettiez Thumanité. Le tour était fait. Le culte public exigerait une large exposition. Il nous safGra d'indiquer l'essentiel. M. Comte ne peut pas déterminer d'avance le genre d'architecture que la relipon positiviste fera infailliblement éclore. En attendant, il logera son culte dans les temples catholiques. Mais il peut du moins marquer la place que doivent occuper les édifices positivistes et la direction qu'il conviendra de leur donner. Les édifices sacrés devront s'élever au milieu des tombes d'élite où reposent les nobles serviteurs du Grand-Ëtre ; ils devront aussi être dirigés vers la métropole générale, qui ne peut être que Paris. Quant à la distribution intérieure , elle ne comporte qu'une prescription immédiate ; mais M. Comte y tient tout particulièrement. Il faut que le sanctuaire puisse conte- DÛrun septième de l'auditoire, pour que le grand-prêtre, en officiant , se trouve entoiuré des femmes d'élite qui constituent la meilleure et la plus belle représentation du Grand-Étre. Que d'inspirations ne puisera-t-il pas dans ce milieu sympathique et choisi! M. ComXc n'a pas fixé une limite supérieure d'âge pour l'admission des femmes dans le sanctuaire. J'ai voulu réparer l'omission ; j'ai balancé longtemps entre vingt-cinq et trente ans. Je me décide pour vingt-cinq ans. Pour les autres conditions esthétiques, ce sera l'aflaire du grand-prêtre, y empiétons pas sur ses agréables attributions. i Une grave question est celle du signe usuel et de la formule positiviste à substituer au signe de croix et à la formule chrétienne qui l'accompagne. M. Comte, étant phrénologiste, résout ainsi la difficulté. On posera successivement et rapidement la main sur les trois organes

gS ËTUDES PHILOSOPHIQUES.

cérébraux de Tamour , de Tordre et du progrès. Au lieu de dire : au nom du Père , on dira : Yamour pour principe; au lieu de : au nom du Fils, on dira : Yordre pour base^ et enfin le progrès pour but tiendra lieu de : au nom du Saint-Esprit; Ainsi soil-il sera supprimé.

D serait trop long de parler des processions, des bannières à double face, des fêtes de toute espèce qui se célébreront périodiquement , et au nombre desquelles il ne faut pas oublier deux genres nouveaux et fort agréables, les fêtes statiques elles fêtes dynamiques. Mais nous ne pouvons passer absolument sous silence le fameux calendrier positiviste qui a paru au bon public une chose si réjouissante que cinq ou six éditions ont été épuisées en deux ou trois ans. Et cet excellent M. Comte, qui voit dans le prodigieux débit de son almanach la preuve irrécusable du succès de sa doctrine !

Nous avons dit le calendrier^il serait plus juste déparier au pluriel. Il y a deux calendriers positivistes , l'un définitif et consacrant le culte abstrait de l'humanité , Tautrc simplement provisoire et destiné à l'époque de transition. Le premier a pour but de représenter fidèlement soit la théorie fondamentale de la famille et de la société régénérées , soit l'évolution logique de l'initiation humaine. Les treize mois, car il y en a treize dans le positivisme , sont consacrés , les six premiers , aux liens fondamentaux, Thumanité, le mariage, la paternité , la filiation , la fraternité , la domesticité ; les trois suivants, aux états préparatoires que le genre humain a traversés, comme le fétichisme, le polythéisme et le monotliéisme ; les quatre derniers aux fonctions normales de la société régénérée , la femme ou la vie affective , le sacerdoce ou la vie contemplative , le prolétariat ou la vie active, l'industrie ou le pouvoir pratique. Hais le culte

, LA RELIGION M^ITtYISTS. 8S

.'fefrait ne comporte point une organisation immédiate ; ] suppose des convictions préalables qui n'existent pas encore, ou qui ne sont pas assez profondes. En atten- (îaat, il faut se contenter d*un calendrier moins abstrait, ^yant pour but la glorification concrète du passé , c'est-à- •lire la commémoration des grands ancêtres de la famille humaine et des plus nobles serviteurs de Thuma* :uté. Mais parmi ces pères illustres dont il faut consacrer la mémoire , il y en a de difTérents degrés. Il y a , si je pois âxTB, les grands saints, les petits saints, et les saints de moy^fine espèce , qui fourniront trois genres de ty* pes, mensuels , hebdomadaires et quotidiens. Les treize tf/pes mensuels , protecteurs et patrons des treize mois <ie Tannée positiviste sont Moïse , Homère , Aristote , ^himède , César , saint Paul , Gharlemagne , Dante , Guttemberg , Shakspeare , Descartes , Frédéric , Bichat. Dans chaque mois , il y a quatre types hebdomadaires , ce qui donne cinquante-deux pour Tannée. Dans chaque semaine , il y a sûr ttfpes quotidiens , parce que le type A^ftdoifiodiitre se localise le septième jour. On trouve quelque peu d'arbitraire dans la répartition des noms illustres qui composent ces trois catégories. Hercule est indigné d'être subordonné à Numa , et saint Jean-Baptiste rougit du voisinage incivil de Mahomet, qui est t)on-«eulement son voisin, mais son chef de file. De son côté, Platon se demaqde pourquoi il n'a sous ses ordres qu'une seule et chétive semaine, pendant que Torgueilleux Aristote étale son triomphe pendant un grand mois. Dans le mois de César , Démosthène est accolé à Philippe , et tous les deux voudraient bien être séparés. Beethoven marche sous les ordres de Mozart , et Joseph de Maistre obéit en frémissant au railleur David Hume. Quant au docteur tiall, il s'installe majestueusement dans

une Stalle d'orchestre, tandis que Kepler et Copernic sont au parterre , perdus dans la foule. Ce sont là de purs détails, mais qui rendent infiniment plaisante la méditation de Talmanach. N'oublions pas la nomenclature des jours de la semaine :

Lundi,. le mariage, maridi.

Mardi, la paternité, patridi.

Mercredi, la filiation, filidi, etc., etc.

On nous donne ensuite : fratridi , domidi , matridi, humanidi, ce qui fait un ensemble tout à fait agréable. Maridi. le 15 Alarcon Sluikspeare 67 sera une date fort piquante à inscrire au bas d'une lettre.

Nous voudrions, avant de conclure, donner un rapide aperçu sur la constitution future du clergé positiviste. n y aurait là de curieuses révélations à faire. Un mot seulement sur les différents grades de la sainte milice. Elle se composera de trois ordres successifs^ les aspirants admis à vingt-huit ans, les vicaires à trente-cinq et les prêtres à quarante-deux ans. Les premiers sont desimpies novices; ils n'appartiennent pas encore au pouvoir spirituel ; ils n'ont pas de résidence fixe et se contentent, en attendant le sacerdoce, de toucher un traitement de 3000 fr. Les vicaires appartiennent déjà irrévocablement au sacerdoce. Ils renoncent à leur patrimoine temporel et reçoivent, en compensation, un traitement annuel de 6000 fr. Leurs fonctions se bornent à l'enseignement et à la prédication. Ce n'est pas le mariage, c'est le célibat qui leur est interdit. Les prêtres exercent le pouvoir spirituel dans toute sa plénitude ; ils remplissent dans les familles et dans les cités le triple office de conseiller, de consécraleur et de régulateur, le tout à raison de 12000 fr. par an, sans compter les indemni-

> de tournées diocésaines. Enfin , au sommet de ]a rarchie, nous trouvons le grand prêtre de Thuma- 'S qui résidera naturellement dans la métropole de i>:cidenl régénéré, périphrase positiviste qui signi- !e Paris. Son traitement personnel est de 60000 fr., ou- '*les frais matériels qu'exigera son immense service, II • ra assisté , dans l'exercice de sa vaste autorité, par •c^r^ svpérieurs nationaux dont le traitement équivaui à la moitié du sien. On voit que tout est parfaite- ^Qt prévu, et que la partie financière asi traitée avec ^oe touchante sollicitude. Dans le budget du Positivisme , ^ayez garde que le budget des cultes soit oublié. En revanche, nous serons rayés d'un trait de plume. ^m n'égale la sainte fureur de M. Comte contre FUni- ^^rsité. Qu'il soit le maître im jour, et nous disparaisns. C'est la bonne fortune de l'Université d'exciter des <lères forcenées chez les fanatiques de tous les partis. • La restauration officielle de l'Université, dit M. Comte, ^Qt la principale faute du dictateur militaire. Malgré la bruyante influence des corporations métaphysiques, 'iQc dictature énergique peut aujourd'hui supprimer •cur budget, sans susciter aucune résistance en faveur «l'une institution abrutissante et corruptrice.... Ne satisfaisant aucun besoin profond , l'Université française peut moins se passer qu'aucun clergé de la protection légale , que les libres sympathies ne sauraient aujourd'hui remplacer. Elle perdra toute existence collective ivee son budget et son monopole , malgré l'attrait que semble encore inspirer l'étude des mots et des entités. ()uaiit aux écoles spéciales, elles pourraient toutes disparaître aujourd'hui, sauf les écoles vétérinaires y sans compromettre réellement aucun service public ou privé.» L'Institut est enveloppé dans le même anatlième ; il

M tTODBS raiLOMraïQUBS.

dispantira dans la même toormenle. La dietalorc pn^ ti visic cessera de salarier ces cimbM îkéariqun^ ces ^iii<* ii l { l>ennaiieDtc8 de médiocrités contre toute supériorité, a académies dégénérées, obligées d'instituer deux dnn Fontenelles, faute de comporter un Condorcet. I^ei; tl^ crcts de l'avenir sont prêts; il n*j manque plus qui' I signature de rhumanité.

Nous sommes arrivés au terme de cette longue vx\w\ sition y et nous demandons quelle conclusion nous e devons tirer. On s*imagine bien que nous n*allons pu discuter dans le détail ces inventions qui déHenl tnul polémique sérieuse par leur excentricité même et leu biicarrerie outrée. La seule critique que nous adre»><i rons à M* Comte l'étonnera peut-être : nous raccusc*n»n de timidité, d'inconséquence, el« pour dire le gros mol de capucinade.

Oui, quand on fait tant que de détruire, il ne but p^ij s'arrêter en chemin. Tout point d'arrêt est une im orr séquence. Voyex la logique rapide des systèmes dati!( l.j gauche hégélienne. Feuerbacli , comme M. Comte» \\v teste toutes les roètaphjsiques et toutes les rcligion.% ; il déclare, lui aussi, que l'homme, pendant de longs sirt l«*«», s'est sacrifié au soties idoles d'une philosophie tUus4>iri% et qu'il a honoré, par un suicide imbécile, de vaines ai^ stnîctions. U affirme que ce n'est pas IMeu qui a cr< w rhonmie, mais que c'est l'homme qui a créé llieu, m objectivant la conception qu'il a^aitde soi. C'est l'homiiH* qui a détaclié la plus noble partie de son âme, qui lui a naïvement altribtié une eiistence distincte, et l'a noniint*<tour à tourBrahma, Jupiter, Jéhovah, Jésus. Que l'Iiomniis'halrftue enfln à se prendre lui-même pour terme i^uprême de son culte. Que le genre humain se sache iMru ! Celait b conclusion du fiunctti livre de Pauerhadi, fts-

!•? du christianisme; mais celte conclusion fut dépas- . Voici venir M. Max Stîrner, et, à ses yeux, Feuerh n'est qu'un dévot, bien plus, un cafard. Feuerbach î«i encore à la transcendance; il admet un être étranr à rhommc et supérieur à lui. Il n'est pas encore le ■I disciple de Yimmanenee, le libre philosophe qui, dé- ^é de tout préjugé , rend personnellement à chaque mme la possession de l'absolu.

M. Comte est un rétrograde de la même espèce que . Feuerbach. Il détroit Dieu, fort bien ! mais il le re- ^tniit , quelle inconséquence ! Était-ce la peine de ire tant de bruit pour si peu de chose ? Tous les ar- .mcnls , savamment dirigés contre la religion ou le :4sme philosophique par M. Comte et par M. Feuercfa, se retoumeflt invinciblement contre leur système araanitaire. Chose étrange et qnî prouve bien l'éter- *:!lc solidarité des systèmes, dans l'erreur comme dans : vérité. La dialectique vive et serrée de Stimer contre Fçaerbach s'applique avec un admirable à-propos à la xtrine de M. Comte. Qu'est-ce donc, pouvons-nous dire, -oos aussi, au chef de la religion positiviste, qu'est-ce ne cette idée de l'homme généralisé que vous mettez à i place de Dieu? Qu'est-ce que ce pâle et gigantesque 'Môme de l'humanité subjective, qui grandit sans cesse, <;ai se nourrit de mes larmes, de mon sang, de ma sueur, que vous prétendez honorer par de si étranges sacrifices, :ar tant de dévouements, de peines et de privations? Cest encore là un Dieu extérieur, encore un fléau des Mècles à venir, tyran futur de l'histoire, bourreau implacable de nos consciences , despote fort de nos faiblesses, puissant par nos misères ! L'humanité, encore !inc abstraction, encore une religion, c'est^-dire encore une servitude l Nous aussi, comme M. Stirner, nous pou-

Tons demander k M. Comte : Qu*Avez-Toiis donc fi tendu faire? Changer un nom? Est-ce donc là tout T disait Dieu, vous direz rhumanil^. La belle conqti^tr beau triomphe! Où donc est la vraie lit>ert6, et qui cesserons-nous d'êtres dupes ? El» comme le demi(*r I gélicUt nous conclurons en disant que cette longiir |ierie, qui a duré plus de six mille ans« ne cesaera < j quand chacun de nous aura renversé toutes les abstn tions, ruiné toutes les idoles, anéanti tous les cultes, droit* le devoir» Tamour, la fraternité « Thunianit^ ; |i| de Dieu, mais aussi plus d'humanité ! Autant de fomi insidieuses sous lesquelles essaye de renaître la vit*il idolAtrie. Comme Stimer, enOn» nous proclamerons qu n*y a rien en dehors de Tindividu, que Tindlvidu r>t I seul Dieu, que je suis pour moi*méme le seul Diou'< le prêtre unique de ma solitaire divinité ; qu*en delmi de moi commence le pur néant, que Tabsolu de l'iMr c*5t en moi , en moi seul. Ici , au moins , il n* j a plu d'inconséquence pusillanime. Nous no sommes plui des révolutionnaires timides de la métaphysique ; nom allons jusqu'au bout de notre insurrection giganti^n^ contre Dieu. Niez Dieu, et je vous délia de ne pas abou< tir logiquement à cette effn))able et monstrueuse ido« lAtrie du moi huuuùii. Il y a quelque force d'esprit j IKHisser jusque-là ce grand d(*lin*.

M. Comte s'est arrêté k mi«rhemin. Il nous donne un dieu de son invention, le dieu le plus pAle, le plus impuissant, la plus stt'rile abstraction, le reflet le pluji decoloré de l'exi^lence humaine. 11 ne croit pas à ro\t>tence d'une réalité su|>énoure et distincte du momii\ d'une cause suprême qui contienne en soi Ut raison uiii- ^ersellc et la dernière fln des choses. Et il met ion reprit et odui de ses adeptes à la plus étraoge des tor-

'•3 pour leur faire imaginer cette existence abstraite, ? réalité subjective, mystérieusement réfugiée dans >:)QTenir des vivants, pâle divinité, silencieuse Iiôtesse tes limbes intérieurs que chacun porte au fond de sa •ri>ée,et dont nous nous plaisons, de temps en temps, moquer quelque image fugitive, quelque type effacé. >tlà, oii en conviendra, un singulier séjour et un ■^ étrange. Qui peut croire que l'impitoyable logique -payera d*un aussi candide symbole? Et quoi! vous i a?ez appris à être sans pitié en face d*un type auxne et sublime, idéal suprême de notre raison, objet iï noire immortel désir, et vous croyez naïvement i'elle s'arrêtera juste aux limites que vous lui avez tra- ■'^, cl qu'elle respectera vos puériles chimères! Vous '>ez déchaîné 1* ironie contre Dieu, et vous croyez que >$ inventions mesquines sortiront invulnérables de ses îWntes fatales? La plaisante illusion! Payez-vous de 3ols et de rô^ves tant qu'il vous plaira. Mais du sein de 'alJiéismc, il ne pourra jamais sortir que des fruits mau- ^^s, le fatalisme le plus absolu et l'égoisme le plus for- '"«né. Otez Dieu de ma raison, ma liberté n'a plus d'apis la justice n'a plus de sanction, la charité n'est plus ftte de la démence, le monde n'est plus qu'un chaos sur ^uel plane le destin.

00 ÉTUDES raiLOsoraïQCES.

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u nuLOsorait uugibusb m m. iian utiuod* ~

Ll UVBB DB 78JUU ET tiML.

Ce livre, à son apparition, a obtenu un vériinbl Buccès , si le Btircès d'une aniTir philosophique ^ ">^ sure moins par le nombre dos adh^ions que par le tvleotissemcnt des idées. Nous ne pensons pas que M. Re>naud ait converti personne à ses utopies métaphysique*^ ; mais il a été lu, apprécié, discuté, et s*il n*a réuf^si à rallier autour du dni|ieau de la philosophie humanitaire que ceux qui en étaient déjà les soldats déclarés , au moins a*l-il lait lieaucoup pour populariser la connaissance de ses doctrines* Peu ou point de prosél)le<, beaucoup de lecteurs, et j'ajouterai beaucoup de lecleurn sympathiques au caractère de Thomme, au talent de l'écrivain. II j a dans cet ouvrage un tel parAun d'lK>ri* nètelé et de bonne foi, une candeur si élevée, un esprit si libéral , que c'est pour nous un besoin et presque un devoir de saluer l'homme avant de criliqtier le philosophe. Ajoutons que l'écrivain est, chez M. Re)naud, à la liauteur d«* l'homme. Vn hrisme contenu, une imagination réglée dans sa remarquable abondance, une sensibilité éloquente, une raison ornée dans ses chimères et poétique dans ses écarts , un effort naturel rC aisé pour s'élever, une rare distinction de si) le, je dirai'' même une sorte d'ariMocratie de langage, si je ne |kir* lab d'un démocrate, tout cela suflit, et au-delà, |H>ur

m. nui BBTHA1ID. H

[éjËqtier le retentissement de ce livre en idion de h Ifetile église ponr laquetle H. Reynaud prêche avec tant k lèle son dirisUanistne chimérique et son spiriluadissident

Ddc autre cause a peut-être contribué au succès. Il'ttrangeté des doctrines a éveille la curiosité du public ligent. 11 y a dans la philosophie religieuse de IL Rejnaud une forte saveur d'originalllâ qui excite la imaginations paresseuses, les esprils blasés. L'auteur iW/Sxi avec une singulière hardiesse les méthodes les iflu opposées : il tente de concilier l'uutorité arec Ybytpttàse, il impose au dogme révélé des commenlairês fri DC sont que le caprice efl'réné de l'imagination, il iCfe cette entreprise, chère k beaucoup de mystiques, le renouveler le christianisme par la philosophie et la |faiIosopfaie par le christianisme; pour cela il introduit k démonstration dans le mystère et le mystère dans la KÏence. Il croit unir quand il ne fait que confondre, rfsoadre les difGcuItés , quand il ne fait que les déplacer, mêler dans l'unité puissante d'un système la diverâé étemelle de la raison et de la foi , quand il se borne len intervertir les opérations essentielles : de tout cela rfsolte un ensemble confus, mais sillonné de lueurs, on singulier et piquant mélange de doctrines incohérentes ; nous entrons de plain-pied dans un monde somoambtUique, où notre incrédulité charmée suit son guide iveotureux en souriant H^Reynaud nous a donné, dans ■on livre, le plus sérieux des romans, la plus Ëmlosfiqac des philosophies, la plus hérétique des théologies.

La philosophie religieflsc est donc à la veille de subir one révolution définitive dont te livre de H. -Reynaud est Téloquent programme. L'Église du passé a fait de

•t ÉTL'OBS PHILOSOPHIQUES.

grandes choses et d^^agé des dogmes essentielfi. KII plonge ses racines dans le mosalsme qui lui a l^frttr 1 grande doctrine de Tunité subslanlielle de Dieu. KII sVst constituée par la mélnplnsiquc chrétienne tU* I Trinité, lentement élahorée dans une série de conc iKm Elle s'est organisée ^ déterminant, sur des hases fi\«*N sa disriplinr, sa hiérarchie, son culte. Encore un {mx i faire dans la haute métaphysique religieuse, encore m dogme à étudier, à commenter, k lixcr, et TE^Iise di fiasse se complète. Mais ce dogme est capital : il ren< ferme toutes les questions relatives h la Uiiture et à 1. destinée de TÂme , et par suite au système intrgi<il de Tunivers; c*est le dogme de Timmortalité qui rotn* prend celui de la préexistence. Jusqu'ici la tliéoln* gie, selon M. Reynaud, n*a fait, sur ce point capital , que baihutier des contradictions, et la philosophie, qur répéter des formules creuses. C'est l'école de M. ic:in Re}naud qui vient reprendre la grande tradition <lii christianisme longtemps interrompue, et dire haiit«'ment à la face du tr\* siècle le mot de l'avenir.

Il s'agit bien, on le voit, d'un prophète. Que si Vcit demande h M. Rejnand les titres de son apostolat et li s gages de sa mission, il vous répondra qu'il t^st (fauln/N et flis des druides. Cela demande explication. M. R(\\* naud a sur les destinées théologiques des races un ^>^tème fort ingénieux. U croit pouvoir afllrmer, d'apn ^ riiistoire, que le développement de la tliéologte ht^i non-seulement divisé dans la suite des temps par |h*riodcs distinctes, mais que dans chacune de cc$ périodes la pnSbidence de l'esprit humain s'est toujotim trouvée dévolue k une nationAlité spéciale. L'unité dr Dieu appartient au foyer de b Judée; la métaphiMque de b Trinité et du Médiateur à celui de la Grèce; Tur-

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