M. JEAN REYNAUD
^isation de la hiérarchie et du culte à celui de Rome, ï. Reynaud se demande à qui appartiendra le dogme de rimmortalilé. Selon lui la réponse n'est pas douteuse. Le génie latin est mort. S'il excelle aux choses de la terre et de la discipline, il est absolument inhabile à celles de l'idéal et du ciel. 11 perd de jour en jour l'empire des Intelligences : son apparente activité n'est plus qu'ime fièvre, et sa mort n'est qu'une question de temps. Pour la tâche nouvelle, il faut une âme nouvelle.. Celte âme , proYidentiellement appelée à la solution du grand problème, ne peut être que celle de la Gaule. -Si vous voulez savoir les raisons providentielles qui prédestinent la Ganle à résoudre toutes les questions relatives à l'immortalité de l'âme et au système général de l'univers, lisez cette page qui vous donnera l'idée exacte de ce talent chimérique et de cette philosophie de fantaisie : « Comme la Judée à l'adoration de l'absolu, comme la Grèce à la métaphysique , comme Rome à l'administration , la Gaule est instinctivement portée au goût de l'immortalité. C'est ce goût qui constitue, dès les temps anciens, aux yeux des autres nations, son caractère (listinctif. Elle ne craint pas la mort, car, grâce aux sublimes aspûrations , de son génie elle voit l'individualité se continuer indéfectiblement dans l'univers, et nulle part le sentiment de la vie ne règne au cœur de l'homme avec une aussi prodigieuse énergie. Mais, de même que les questions relatives à l'ordonnance générale de l'univers ne se présentent dans la série logique que postérieurement à celles qui touchent à la nature de Dieu et à ses relations avec la nature de l'homme , de même faut-il que la Gaule , pour prendre sur la scène de Thisloire la place qui lui convient, attende son temps. Aussi la-l-elle attendu; mais sans cesser de se préparer en
u tTCDES Philosophiques.
secret à sa destinée , en s'assimilant , par one merveil |
Icuse capcité d*é(lucation , tout ce qui s*est succcssi\€ ,
ment produit de salutaire autour d*eUe. Et môme à \oi ,
la prépondérance dont elle jouit depuis deux siécU* ,
dans les affaires spirituelles les plus considérables d % ,
monde» il u*est plus permis de douter que ce temps ia»
soit venu. Les rayonnements de son génie, plus libre « * ,
plus ouvert» remplacent dès k prés4*nt« devant 1*61! t a,
des esprits , ce vieux génie romain dont la tyrannie < * ,
la tcrrc^-terre ont fini par fatiguer les nations. Ilcjù ,
d*inspinition, sans parti pris, pour ainsi dire sans cou
science de lui-même, ce génie nouveau est i rœuvr«
que demande Tavenir; sa philosopliie a réveillé, at^
xvir siècle, le principe sacré de Tindividualité et de I.i
raison, et au xvm*, elle est ouvertement entrée dans la
guerre contre les systèmes surannés du monde et cl«i
rhistoire, dont, sur la foi de ses docteurs, s*était provi^
soirrment payé le moyen Age. Cest là le mouvemeni
qu*il s'agit de continuer, mais en pleine lumière. Il faiii
désormais que la France sente um droit, non^^seuleiiimt
dans son présent, mais dans ses origines. Cest ain>i
que, se faisant jour k travers les sopliismes et gui(lr«*
par range de sa race, elle marchera sans faillir dans li*^
voies de sa destinée. •
L*Ame de la G«iulc va donc prendre le rôle prédominant dans la Uiéologie, et M. Reynaud nous traduit, dans son livre, les grands oracles que porte en soi rrUr âme prédcflinée. M. Rr}naud e»t Gaulois, ou, en ht\I. moins poétique. Français : c*est déjà un titre p<»ur m*ii apostolat. Il est de plus Tinterprète autorisé de» dcn trines druidiqm*s, et cela est capiUl dans les idée*» dt notre tlièologien. On ne s*allrndait guère à ^oir l*'x druides en cette allairc. Mais, avec M. Re}naud, il faut
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^ndre son parti des surprises. 11 nous déclare, à pluieurs reprises, que, de quelque respect qu'il soit animé our le spiritualisme hellénique et alexandrin , le souenir de la religion de ses ancêtres Yimpressionne encore :a>antage. Le vieux druidisme parle à son cœur. Il es^ >re en faire revivre Timmortelle doctrine, et il s'écrie rioquemment, après une longue tirade en faveur de ces héologiens barbares de nos antiques forêts : i^ Comme '.' répète aujourd'hui encore , avec une indestructible ^pérance , le sang breton , Arthur n'est pas mort ! » La hilosophie nouvelle de M. Reynaud se trouve ainsi pkicée sous la singulière autorité des druides. Il invoque leur souvenir et leurs principes , et se porte fièrement leur héritier. A son aise ; mais quel druide ressuscité »-sl venu donner à M. Reynaud des informations si certaines sur les rites ténébreux et la mystérieuse religion des vieux Gaulois? U nous est impossible de contrôler, à cet égard, les superbes affirmations de notre auteur. Nous ne sommes pas dans la confidence des druides. Que M. Reynaud nous pardonne notre scepticisme sacrilège. Les théologiens de Brennus n'ont pas révélé leur secret, cl jusqu'à nouvel ordre , nous n'imaginons pas que ce dogme , qui est un mystère absolu pour nous , puisse èlre pour personne une autorité.
Laissons là ces autorités dérisoires puisées dans un passé fabuleux , et abordons la doctrine fondamentale de M. Reynaud, non pas comme la révélation inattendue des âges druidiques, mais comme la tentative ingénieuse autant que bizarre d'un esprit plein de ressources et de rêveries.
Un mot d'abord sur la forme du livre : La terre , les âges, le premier homme, le ciel , les anges, l'enfer, tels sont les principaux sujets que M. Reynaud traite suc-
cessiveraent. La doctrine n'y est pas présentée sous forme d'enseignement ou d'exposition continue, mais de dialogue. Il est vrai que le dialogue n'est là que pour la forme et qu'il n'y a pas l'ombre d'une discussion sérieuse. Les deux interlocuteurs sont le Philosophe et le Théologien. M. Reynaud espère donner par là plus d'animation et de clarté aux controverses, en partageant la matière entre ces deux personnages , dont l'un représente les opinions de saint Thomas et de Bossuet, dont l'autre, profitant des libertés de l'esprit moderne, pose les problèmes avec hardiesse et les résout, à ce qu'il suppose, dans le sens le plus élevé de la raison. Ce serait à merveille, si les parts étaient égales; mais il y a entre les deux adversaires une inégalité notable. Le philosophe a , au service de ses utopies, un aplomb magnifique, une force irrésistible de dialectique, l'aisance d'un esprit supérieur et une abondance de paroles qui fait dégénérer l'entretien en un monologue perpétuel et pompeux. Rien n'égale la timidité, la modestie, la gène, l'insuffisance de notre pauvre théologien , qui essaye à peine, de temps à autre, de glisser un doute entre deux affirmations de son superbe ami , ou qui se borne parfois à prétendre que toutes ces théories sont bien belles, mais ne sont pas conformes à l'orthodoxie. Le philosophe souffre volontiers qu'on dise que ses théories sont admirables, mais il exige alors qu'on lui sacrifie en holocauste la misérable théologie du moyen âge.
On le voit, l'entretien n'est pas très-animé, les objections du théologien ne sont pas très-fortes, et il ne faudrait pas que M. Reynaud s'imaginât avoir cause gagnée contre l'Église. Son triomphe est trop facile pour être sérieux. Le philosophe m'a tout l'air d'un général qui remporterait les plus brillants succès sur des ennemis en cire.