LE LYRISME EN PROSE
lectuelles de notre jeunesse, et Ton sait qu'il reste toujours quelque chose de ces vives sympathies, si franches et si spontanées. Mais enfin, quelle étrange et violente manière il s'est faite depuis ces vingt dernières années I Est-ce donc là Fauteur dé ces belles pages d'histoire saisissantes et dramatiques, sans cesser d'être précises, raisonnables, sensées? Tout était alors chez lui lumière, mouvement et vie, mais lumière habilement distribuée, mouvement harmonieux, réalité de la vi^, retrou- •vée par intuition, mais reproduite avec la sagesse d'un art bien entendu. Que de sobriété alors, même dans ces effusions du poète qui se contenaient assez pour n'être qu'une grâce nouvelle du récit et un charme imprévu de Thistoire 1 Quelle admirable économie dans l'emploi de ces trésors de style, qui ne faisaient qu'enrichir la pensée sans l'étouffer! Quel équilibre industrieusement ménagé entre les riches et ardentes facultés de l'artiste et les exigences austères de l'historien 1 Depuis longtemps cet équilibre est rompu. La poésie a tout pris. Mais en prenant tout, elle a changé de ton. Ce n'est plus cette harmonie, cette grâce limpide, cette sérénité , ce moelleux abandon d'autrefois. C'est une âpreté, une amertume, une mélancolie passionnée, une rancune maladive. C'est de la poésie encore , mais c'est une poésie qui a la fièvre et qui la donne. Avez-vous lu ce livre
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étrange, la Renaissance? Quel style heurté, quel coloris discordant , quels tons criards 1 Je ne parle pas de ridée du livre, qui n'est rien qu'une protestation pénible de l'écrivain contre les admirables pages où il nous avait raconté le moyen âge avec ses misères et ses splendeurs, ses grandeurs et ses ignorances. Non; je ne considère que la forme littéraire, et je m'en afflige. Ce n'est plus là de rhistoire, c'est un symbolisme délirant, c'est une vision magique. Tout flaniboie et tournoie autour de vous. C'est la manière du second Faust appliquée à 1 histoire du seizième siècle. Le talent est prodigieux encore, mais vous n'en jouissez plus. Une douloureuse pitié vous gagne. Vous n'admirez plus, vous souffrez.
Ce style fiévreux a fait école. Nous pourrions citer plusieurs écrivains très-connus qui appliquant une remarquable industrie d'esprit et des ressources considérables d'imagination à tourmenter la langue française pour lui imposer leurs extravagances impérieuses. Ils la surchai^ent . d'images violentes, jusqu'à la faire plier sous le / poids. Chaque pensée, même la plus simple, est mise dans un relief saisissant. Tout est gravé, buriné, tout est marqué, par un effort continuel et puissant, en creux et en saillie. Ces écrivains scmt des artistes sans doute, mais des artistes idolâtres d'eux-mêmes. Tantôt ils cisèlent une période avec