‹ Etudes musicales. 3e SerieChapitre 23 sur 52 · REQUIEM » DE M. GABRIEL FAURÉ · texte numérisé non relu

REQUIEM » DE M. GABRIEL FAURÉ

n a parfois qualifié de grise la musique de M. Gabriel Fauré. Pour son Requiem du moins, l’artiste peut accepter le mot, en bonne part. Du gris le plus fin, d un gris d argent, ce Requiem est délicieux de tendresse et de mélancolie.

S’il y a des œuvres de M. Fauré qui peuvent paraître l’exagération et comme le paroxysme, ou la quintessence, de sa manière, celle-ci nous en semble, au contraire, l’essence et la perfection même. Ici la distinction et la délicatesse, l’aisance et le charme se trou vent partout, en chaque élément delà musique.

L’orchestre est simple, il est solide et il est doux. On croit, dès le début, en sentir et presque en toucher la trame serrée et souple, sans ornements ni broderies, mais sans défauts et sans trous. Quelquefois au commencement de Y Offertoire) il se tait, il abandonne les voix, mais pour revenir à elles par un retour qui surprend et attendrit. Ailleurs il se modère et se restreint volontairement. L 'Offertoire doit quelque chose de sa gravité au silence des violons, à l’accompagnement

exclusif des altos et des violoncelles. On sait que Méhul, autrefois, orchestra de cette manière son opéra d'Uthal, mais l’opéra tout entier; d’où la fameu°e exclamation de Grétry : « Je donnerais un louis pour entendre une chanterelle! » Ici le même effet, moins prolongé, ne lasse pas.

Les harmonies sont exquises : fines sans maniérisme, originales sans bizarrerie. J’aime, au commencement de l 'Offertoire, les deux parties vocales sans accompagnement (contraltos et ténors) qui croisent leurs mouvements élégants et leurs lignes pures; j’aime, quelques mesures après, une modulation inattendue qui sur prend l’oreille, mais ne la déconcerte et ne la blesse pas, et cette défaillance d’une note, une seule, qui s’infléchit et fait non pas tomber, mais glisser doucement la phrase, de la mélancolie vers la douleur.

Enfin la mélodie elle-même a son prix. Formelle toujours, sans jamais se réduire ou se répéter en formule, elle est partout organisée et construite. Le Kyrie pose avec douceur et porte avec fermeté sur la tonique et la dominante. Exquis de sentiment, le Pie Jesu (pour soprano seul) est un petit chef-d’œuvre de structure et de développement mélodique, d’ordonnance, d’équilibre et d’eurythmie. Je ne vois à lui comparer, peut-être même à lui préférer, que le beau solo de baryton pendant l 'Offertoire : une page où le style de M. Fauré, son meilleur style, se reconnaît et pourrait aisément se définir. Des harmonies serrées et fines se fondent les unes dans les autres par des nuances dégradées et de presque insensibles passages. Au-dessus,

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