‹ Etudes musicales. 3e SerieChapitre 7 sur 52 · Cité par M. Ehrhard · texte numérisé non relu

Cité par M. Ehrhard

tuaire autrefois, et Mozart, son fils bien-aimé, alors était le dieu. Oui, c’est un don vraiment divin que l’Autriche, en lui donnant Mozart, a fait à l’opéra allemand. L’Allemagne elle-même, la véritable Allemagne, n’eût jamais produit cette fleur. Sans doute, dans le génie de Mozart elle peut, à plus d’un trait, reconnaître le sien. Telle scène de Don Juan annonce de loin le romantisme fantastique du Freischiïî\ et, sous les marronniers, Suzanne tressaille un peu du même trouble dent Agathe à sa fenêtre, la nuit aussi, frissonnera. Enfin, il n’est pas impossible d’apercevoir, avec un de nos confrères, certains rapports entre le Wagner du Rheingold y voire de Tristan et de Parsifal , et Mozart, le Mozart allemand, celui de la Flûte enchantée'. Tout cela chez Mozart était en germe, et l’Allemagne l’a développé; mais quelque chose aussi, que nous avons essayé de définir, se trouvait, épanoui déjà, chez Mozart, et depuis s’est perdu. La perfection de la forme, la grâce noble et le divin naturel, la mesure jusque dans le sublime, le sens droit et simple de la vie, l’idéal supérieur et prochain, voilà la part de l’Autriche non seulement dans l’opéra de l’Allemagne, mais dans celui de l’humanité.

Encore une fois, cela s’est perdu ou du moins ne s’est pas encore retrouvé au même degré. Il y a dans Don Juan une page que je n’entends jamais sans quelque mélancolie. C’est, pendant le souper du dernier acte, un peu avant l’entrée du Commandeur, le retour

i. Voir une Etude sur la Flûte enchantée de M. Julien Tiersot, publiée dans le Ménestrel.

l’autriche et l’opéra allemand 87

du Non più andrai , l’insouciante chanson de Figaro. Avant que de sa voix terrible parle ici l’homme de pierre, on dirait que Mozart lui-même a voulu parler, de sa plus humaine et plus douce voix. « Non più andrai ... » D’abord, c’est un hommage, un remerciement au public préféré de Mozart, à ces amis de Prague qui, n’ayant pas été indignes du premier chef-d’œuvre du maître, les Noces , avaient mérité qu’il écrivit pour eux le second. « Non più andrai!... » N’est-ce point aussi comme un adieu de Mozart, un pressentiment que jusqu’au bout de sa destinée et de son génie il ne devait point aller? « Non più andrai... » Enfin, c’est la musique elle-même, à qui la petite chanson paraît dire : « Un art plus puissant, plus grandiose, va naître. Mais en ces régions tempérées et heureuses, vers l’idéal innocent où, par des chemins délicieux, Mozart t’avait conduite, tu ne retourneras plus jamais. »

Sur le monument de son plus grand musicien, l’Autriche pourrait inscrire ces deux vers de son plus grand poète :

Eins aber ging verloren, eins,

Der Unschuld Glück, o Œsterreich, dein’s 1 .

1. « Quelque chose, hélas! a disparu : le bonheur de l’innocence. Et ce bonheur, Autriche, fut le tien .»

DE QUELQUES OUVRAGES DE RICHARD WAGNER

A Jean de Resjké.

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