I. W. de Lenz, Beethoven et ses trois styles, t. I, p
se passer dune idée, est ou une composition, ou rien du tout... Restait le prélude-Kalkbrenner que les honneurs du brevet sans garantie du gouvernement français attendent peut-être1. » Ce brevet, certes, n'aurait pas été inutile, si le malheureux Kalkbrenner avait voulu se réserver les bénéfices de son invention. Les innombrables pianistes du temps s'acharnaient à le piller; le mauvais goût devenait général et n'épargnait même pas les mieux doués.
Au milieu de cette fausse sensibilité, de ce clinquant, de ce bruit de mauvais aloi, la musique d'Heller arrivait comme une bouffée d'air pur chargée d'odeurs printanières, dans une chambre pleine de miasmes empestés. Elle était l'émanation d'une nature saine, d'une inspiration franche, loyale, exempte de mièvrerie et de préciosité, d'un tempérament sobre, puissant, craignant l'emphase et pouvant se passer de la déclamation. Mais les souffles frais et purs font peur aux malades engourdis dans la torpeur tiède de leur air non renouvelé. Stephen Heller ne fut pas compris. La Gazette musicale elle-même, semblable à un grave savant à lunettes qui dissèque consciencieusement l'aile diaprée d'un papillon cloué sur une épingle, analyse, avec d'ailleurs une bonne volonté