La Revue et Gazette musicale, 31 mai
Stephen Heller ne se laissa pas décourager par cette incompréhension énorme; il abandonna seulement les juvéniles rêves de gloire qui l'avaient conduit d'Augsbourg à Paris, et ne travailla plus que pour lui — et pour l'avenir. Sa vie à Paris fut une vie de travail austère, consciencieux, sans aucun sacrifice aux goûts du jour. Bienveillant et affable envers les jeunes artistes, il fuyait le monde et ne se plaisait que dans la solitude ou dans la société d'amis intimes. Mais les plus grands artistes du temps étaient fiers de porter ce titre : et l'amitié de musiciens comme Berlioz, Liszt, Bizet, Zimmermann, A. Marmontel, Saint-Saëns, Planté... etc., pouvait à juste titre le consoler de tout. J'ai sous les yeux son portrait peint par Ricard à cette époque1 ; c'est un grand et mince jeune homme, dont la chevelure châtain brun, abondante et soyeuse, un peu frisée, encadre admirablement le vaste développement des tempes ; les traits sont réguliers, distingués, d'un dessin large et puissant; le front est découvert, le nez fin, la bouche souriante; la grande beauté de la physionomie, ce sont les yeux, un peu saillants, mais au regard profond, étrange, un peu estompé dans une lueur rêveuse et mélancolique, où passe un rayon douce-