I. Talislchef, Alexandre I"^ ri Napoféon. p. a.'i4. ai
l'armistice de SLOBODzrÉ 243
les sentiments de Tolstoï : non seulement l'alliance française ne lui rapportgiit aucun bénéfice, non pas même la Moldavie et la Valachie que ses troupes avaient occupée ; mais la France, son alliée prétendue, dirigeait contre la Russie une nouvelle menace à l'ouest, à travers la Prusse ; car, pourquoi Napoléon tenait-il à la Silésie, sinon pour soutenir le grandduché de Varsovie et faire sentir son action jusqu'au cœur de la Russie ? La Silésie à la France, c'était, avec Varsovie et Dresde, sa suprématie militaire assurée sur l'Europe orientale, c'était l'armée de Napoléon sur la Vistule, et non plus seulement à l'ouest de l'Elbe ; c'était la liberté même de la Russie atteinte.
En aucune manière, le tsar n'était disposé à consentir l'abandon de la Silésie contre la Mo'ldo- Valachie. Il avait de la peine à admettre le principe même d'une compensation : la France n'avait-elle pas depuis Tilsit annexé l'Étrurie? Ne venait-elle pas d'occuper le Portugal ? N'étaient-ce pas là des avantages comparables à l'occupation restée provisoire des principautés Danubiennes par les Russes ? « En vérité, s'écriait l'empereur Alexandre devant Caulaincourt, vous avez arrangé vos affaires depuis la paix ; les miennes seules ne se font pas '. »
Cependant la société russe est en droit de se montrer de plus en plus réfraclaire à l'alliance française ; elle est de jour en jour plus irritée contre la politique napoléonienne taxée de déloyauté et d'implacable ambition, plus satisfaite de ne pas s'être trompée dans la haine qu'elle manifestait toujours à l'égard de la France, malgré le tsar. De toute façon, le prestige d'Alexandre était singulièrement atteint ; il devinait, il voyait sur les visages la réprobation, la défiance, une sorte de pitié qu'il se fût laissé séduire par le « brigand corse ».
Et ces reproches, qu'il lisait entre les lignes de la correspondance de Tolstoï, que sa mère lui répétait sans cesse avec une grande vivacité, pouvaient avoir de redoutables conséquences. Les révolutions de palais n'étaient pas rares en Russie pendant tout le siècle précédent ; les Russes savaient se défaire des souverains dont la politique déplaisait ; la sœur