‹ Études NapoléoniennesChapitre 115 sur 177 · Id., id., D<^pùche de Srluistiani, a8 janvier · texte numérisé non relu

Id., id., D<^pùche de Srluistiani, a8 janvier

LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE l' ADRIATIQUE 28 1

échapper sa haine contre les Russes. « L'empire ottoman et l'empire français, disait-il à David, ce sont deux lions. L'un est endormi, il est vrai ; mais il peut s'éveiller et il serait oncore formidable ; l'autre est toujours sur pied, toujours terrible. L'empire russe est le tigre. Tant qu'il voit les deux lions unis, il feint de jouer, comme le chat dont il a le naturel, en attendant qu'il puisse mordre. Mais s'il voyait le lion éveillé s'éloigner un peu de son compagnon, il se précipiterait sur le lion endormi pour le dévorer. J'espère, ajoutait le pacha, que les deux lions seront toujours unis, que l'un d'eux s'éveillera, et qu'ils ne seront ni l'un ni l'autre dupes ou victimes de la perfide férocité du tigre. Nous attendons tout de la Fiance, notre salut et notre prospérité. Votre Padischah est comme cette brillante aurore qui se lève sur l'Egypte et qui annonce la crue du Nil. Le mien est comme ce grand fleuve qui sous cette influence céleste apporte Fabondance et la joie à tout un peuple, * »

Fut-ce par suite de l'anxiété oîi l'on était à Constantinople ? Le gouvernement turc ne voulut pas laisser aux frontières de la Dalmatie un pacha coupable de sympathies à regard de la France. Méhémet fut nommé au pachalik de Salonique et remplacé par Ibrahim-pacha, son prédécesseur à Salonique, « d'un caractère faible et suspect d'être peu l'ami des Français- ». David était imparfaitement renseigné. Méhémet partit presque aussitôt, et, en attendant l'arrivée de son successeur, le gouvernement de la Bosnie fut confié à un caïmacan. Ce fut le commencement des tribulations de David.

Un juif, arrivé de Conslantinople, apportait des nouvelles auxquelles on était disposé à croire, puisqu'elles venaient delà capitale : la guerre était sur le point d'éclater entre les Turcs et les Français ; l'ambassadeur Sébastiani était parti. Le juif avait rencontré entre la Roumélie et la Rascie un homme à cheval qui fuyait vers Janina et Corfou, parce qu'on le soupçonnait d'être un parent du général Marmont : ce qui était une très mauvaise note. A Novibazar, personne

I. AIT. élr. Corr. de Turquie, Dépêche de David, aG novembre 1807. 3. Id., id., du même, 3o janvier 1808.

*j82 la politique orientale de napoléon

ne doutait de rouvcrture prochaine des hostilités, et chacun déjà prenait des précautions pour cette éventualité.

Quelques jours après, le caïmacan Suleiman qui se prétendait bien renseigné par des nouvelles oflicielles, inter [)ellait rudement David : L'armée française de Dalmatic, lui disait-il, vient d'être considérablement renforcée ; on parle d'une expédition dans l'Inde ; mais ce n'est qu'un prétexte pour occuper la Bosnie. — Et comme David observait (|u'une expédition dans l'Inde ne pourrait se faire sans l'assentiment du Grand Seigneur: « L'assentiment du Grand Seigneur, répondit le caïmacan, ne suillrait peut-être pas ; ses firmans n'em[)êcheraient pas les peuples de se soulever contre des armées européennes qui voudraient passer. L'empire ottoman possède la moitié du monde ; l'empire français est très puissant : Dieu veuille qu'ils soient toujours amis : nous le serons aussi. Mais dans le cas d'une rupture, l<>s b'rançais trouveront en moi un ennemi acharné. » Et il sou lignait celte déclaration de violents gestes de menace*.

Alors la résidence de Traunik perdit tous les agréments (|u'elle avait au temps de Kroussercf-Méhémet « qui lx)uil lait d'impatience à la seule pensée d'unir ses troujies avec ime armée française ». Les Bosniaques se félicitaient du rap pel de Méhémet qu'ils appelaient « un traître », parlaient do forcer David à la fuite en mettant le feu h sa maison. Doux sapeurs français, laissés à Traunik depuis que le sultan Mustapha avait refusé de recevoir h. Conslantinople les sol dats que Sélim avait demandés à NajKîléon, étaient sans cesse outragés par une lâche et insolente populace ; on leur jetait des pierres et des ordures ; on faisait devant eux le signe de leur trancher la tête; le consul les renvoya donc en Dalmalio. 11 commençait j\ regretter d'avoir avec lui sa femme et ses enfants ; il craignait d'en être moins libre pour répondre énergiquement à ses ennemis. Le 3 février, en l'absence du médecin du consulat, M. d'Avenal, son domestique fut assailli, accablé sous cent coups de bAtons, enchaîné et laissé oxpiranl au fond d'un cachot . pendant que les bandits pil-

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