IV. — Fin de l'ambassade de Sébastian! (Avril
Cette finesse avait ses dangers, assurément. Elle excitait partout des défiances. Le tsar n'y comprenait rien, passait, selon les apparents caprices de Napoléon, de l'enthousiasme à l'inquiétude, s'impatientait de ne pouvoir saisir l'ondoyante pensée de son « allié », se jetait sur les mirages qu'elle lui offrait, n'obtenait rien de décisif. La Porte aussi s'énervait de n'avoir aucune ferme garantie de son intégrité, de demeurer à la merci d'une attaque de la Russie, s'agitait contre les vagues menaces perpétuellement suspendues sur sa tête, ne savait contre qui se défendre, se demandait si Napoléon était son ami le plus dévoué ou son ennemi le plus redoutable, si elle devait se confier à lui ou se déclarer contre lui, plus intéressée à demeurer dans le système français par la crainte d'une invasion franco-russe si elle se prononçait pour l'Angleterre. Misérable condition qui entretenait l'empire ottoman dans un continuel état de trouble où il faut chercher l'explication des révolutions qui n'ont cessé de le bouleverser pendant toute cette crise.
Consciente de sa faiblesse militaire, la Porte désirait la paix avec la Russie et l'espérait, l'exigeait presque de la médiation
Irançaisc. La Russie ne voulait pas de la paix puisqu'elle nourrissait l'ambition du partage turc. Napoléon ne pressait point la conclusion de la paix puisqu'il voulait laisser à hv Russie l'espérance de ce partage et ne la retenait que par là. Toute la politique de la France avec la Porte, pendant l'hiver de 1807-1808 était donc de faire patienter la Turquie. Ce fut diflicile, car la Turquie ne comprenait pas les secrètes pensées de Napoléon ; ce fut la plus [)énihle période de la mission de Sébastiani ; il y souffrit lui-môme dans son amour-propre et dans sa conscience ; lui aussi il n^étail qu'un instrument aveugle aux mains de rEinjjereur.
Le 20 décembre 1807, Champagny, qui accompagnait Napoléon en Italie, écrivait de Milan à Sébastiani pour rassurer la Porte sur la situation : l'armistice de Slobod/.ié n'a pas été ratifié jwr le tsar ; mais, en fait, la sus[)cnsion d'armes durera indéfiniment, « sans doute assez pour i>ermettre la signature de la paix ». Les négociations du traité turco-russe commenceront dès que Tolstoï aura re(;u de Pétersbourg ses pleins pouvoirs. En attendant, il faut que la Porte se tienne dans la ligue générale contre l'Angleterre ; on effet, depuis l'odieux bombardement de Copenhague, l'Europe est unanimement soulevée contre l'Angleterre ; la Russie s'est déclarée contre elle ; Lisbonne vient d'être occuj>t*e par lo troupes françaises ; le décret de Milan achève l'isolement ilc l'ennemie commune; il n'y a plus de neutres : il faut que la Porte agisse aussi vigoureusement contre l'Angleterre'.
La Porte ne fit rien contre l'Angleterre ; elle avait conscience que l'Angleterre seule contenait la puissance do Napoléon sur la Méditerranée et dans le Levant, relardait indéfiniment tout projet de |xirlage de l'empire turc dont elle aurait saisi les plus riches provinces maritimes. Elle ne répondit pas aux propositions pacifiques du gouvernement de Londres ; mais elle le ménagea, et de jour en jour les agenls diplomatiques de l'Angleterre se rapprochèrent de Conslanli nople, soit directement, soit par l'intermédiaire du pacha de Janina. D'ailleurs les vaisseaux anglais étaient dans le golfe
I. AfT. ^«tr. (lorr. de Turquie. Dé|)èclic de Champagny, au (l<c. 1^07.