FIN DE L AMBASSADE DE SÉBASTIAN
Persiquc, devant Bassorah ; ils avaient été écartés de l'Egypte, mais n'attendaient qu'une occasion d'y reparaître. La Porte avait beaucoup 'à redouter de l'hostilité de l'Angleterre; le bruit courut de négociations entre la France et l'Angleterre : la Porte exprima à Sébasliani le désir de n'y pas être oubliée, envoya par précaution de pleins pouvoirs à son ambassadeur à Paris, rappela qu'elle n'avait déclaré la guerre à l'Angleterre que pour plaire à la France ; elle eut peur d'être abandonnée à la colère de l'Angleterre, comme elle croyait l'être à celle de la Russie*.
Elle renouvelait sans cesse ses sollicitations auprès de l'Empereur pour qu'il hâtât la paix, lui rappelait ses engagements d'autrefois, chargeait Muhib-effendi de remettre une note en ce sens au ministre français des relations extérieures. Elle n'obtenait aucune réponse ferme, en concluait que l'Empereur était résolu à ne pas tenir ses promesses, tombait dans des accès de découragement et de fureur.
Les passions populaires se soulevaient ; les janissaires grondaient, menaçaient le sultan d'une nouvelle révolution. Le reis-cffendi, Halet, manifestait hautement son hostilité contre la France, se permettait les propos les moins mesurés contre l'ambition de l'Empereur. Il avait fait trancher la tête au drogman Soutzo, coupable d'être dévoué à la France*. 11 protégeait ouvertement le prince Morousi, avait avec lui de fréquents entretiens, en recevait sans doute de l'argent que l'Angleterre lui faisait passer pour acheter le divan ^.
Le neveu de Soutzo, Michel Mano, adressait à l'Empereur une émouvante prière à l'occasion de la mort de son oncle : il rappelait le crime ; il disait les peuples stupéfaits de voir le gouvernement turc mettre impunément à mort un prince innocent, sous le prétexte qu'il avait rendu des services à l'auguste empereur des Français : « Ils attendent avec impatience que le juste et magnanime Napoléon venge, avec l'injure faite à son auguste nom, le sang fumant encore de l'infortuné prince et dont la terre a été si injustement impré-
1. AfT. étr. Corr. de Turquie, Dépèche de Sébasliani, 3 février 1808.