I. Correspondance de Perse, 28 février
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pienne est aux Russes, qui apportent par Astrakhan des couteaux, des ciseaux et autres « clincailleries ». Les afTaircs se font, à l'intérieur, surtout par les Arméniens, qui sont malheureusement « portés par nature à la fraude' ». Gardane pourtant ne désespère pas qu'on puisse étiihlir une roule commerciale par Bagdad, Alep et Vlexandrellc vers la Méditerranée ; mais il faiidrail que le pavs lurc fùl plus sur.
Le cardinal Fesch voulait être éclairé sur la situation des chrétiens dans ces régions ; Gardane lui répond qu'il n'y a presque plus de catholiques en Perse. Il y a quelques Nesloriens dans les montagnes de r.\zerbaïdjan ; leur couvent prin cipal est à Mardine ; ils ont une grande haine des Turcs, beaucoup d'allection pour les Français ; il y aurait quohjur intérêt à s'unir avec eux*. D'autre part les quelques chrétien^ que Fabvier connut à Ispahan ne lui inspirèrent aucune estime; ce n'étaient que des marchands sansconscience ou des prêtres sans tenue ; quelques moines arméniens y menaient une vie si peu édifiante qu'il préférait n'en pas parler ; le Père Joseph, un missionnaire catholique dont Fabvier cnton dait la messe cha(|uc tlimanchc, n'était (]uiin « vieil ivrogne assez méprisable^ ».
La mission avait avant tout un intérêt militaire, et Gardane y apporta tous ses soins. 11 fallait instruire l'armée persane h l'européetme pour qu'elle fiU une digne avant-garde de la future expédition française. 11 y avait fort à faire à cet égard.
La cavalerie était assez bonne ; elleconq>tail i/|.'|Ooo hom mes, peu disciplinés, mais excellents cavaliers. — 11 y avait CooGO hommes d'infanterie ; mais ils n'avaient aucune valeur : ils étaient armés de vieux fusils très lourds, qti'il fallait appuyer, pour viser, sur une longue fourchette à charnière. L'artillerie n'existait |X)ur ainsi dire pas ; il y avait 2 5oo artilleurs ; mais leurs vieux canons étaient traînés par des bœufs; les boulets éclataient presque toujoui-s on sortant île
I. Aiï. Elr. Corr. cl« Perse, a8 mai i8o8. a. Ibid., 34 aoiU i8i>8.
3. Lettre do Kabvicr i sa mèr<\ iG mai i8o8. — (-f. l'article «l«^ M. Dcbidour.
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la bouche, et tuaient plus de Persans que d'ennemis. Il y avait aussi un certain nombre de fauconneaux, du calibre de I 1/2, portés par des chameaux : à un signal de son conducteur, le chameau s'agenouille, on tire, le chameau se relève ; la bête porte aussi deux sacoches pour la poudre et les balles ; elle est à la fois l'affût et le caisson ; mais si elle est blessée, elle devient furieuse, se précipite à travers la troupe, y jette le désordre, et cela est le cas le plus ordinaire'. Il vaudrait mieux que le schah n'eût pas d'artillerie. Il n'y avait en Perse qu'un seul canon à peu près bon, il avait été pris aux Russes ; Feth-Ali en était très fier ; aussi le gardait-il près de lui, à la cour, et il s'amusait quelquefois a le pointer et à le tirer lui-même.
Pendant que quelques-uns des officiers de Gardane, notamment Verdier et Lamy, entreprenaient l'instruction des troupes d'Abbas-Mirza et s'efforçaient de constituer peu à peu un noyau solide de troupes disciplinées, le lieutenant Fabvicr fut chargé d'établir à Ispahan une fonderie, et de construire 5o canons semblables à celui dont le schah était si fier^ Fabvier s'installa à Ispahan dès le commencement de février. Il n'y trouva rien qui pût l'aider à accomplir sa tâche, aucun atelier, point d'ouvriers, point de matériaux, beaucoup de mauvaise volonté de la part des fonctionnaires royaux, surtout de ceux qui lui témoignaient ouvertement les meilleures dispositions. Il lui fallut tout improviser, se faire lui-même menuisier, charron, fondeur, déjouer les intrigues de ses ennemis cachés, veiller presque nuit et jour sur ses instruments pour qu'ils ne fussent point volés ou brisés, user d'audace et même de violence avec ses ouvriers secrètement payés pour faire manquer sa besogne, lutter personnellement contre le gouverneur Hadji-Mohammed-IIussein-khan, pour avoir le moyen d'achever ses travaux. Il est incroyable qu'il ait pu vaincre tous ces obstacles et construire en cinq mois une vingtaine de canons. Il eut la grande joie de célébrer, le i5
I. Correspondance de Perse, 26 janvier 1808. — Note de Gardane sur l'armée persane.
a. Cf. pour les travaux de Fabvier à Ispahan l'article cité de M. Debidour.
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août, la fc'lc de TEmpereur, aux salves rôpétces de son artillerie, qui, au grand étonnement des spectateurs, ne tua [>er sonne parmi ses servants. 11 fallut encore, quand le schah demanda le transport de ces canons à Téhéran, construire tout le matériel roulant, dresser au trait les chevaux nécessaires, aménager des chemins pour les y faire passer. Arrivé à Téhéran, il n'eut aucun remerciement ; on éprouva ses pièces ; on fit, dit-il, l'impossible pour les casser ; puis on les enferma dans des magasins, et il se trouva aussi avancé que s'il n'avait rien fait de toute Tannée'. Il est vrai qu'on était alors au mois de décembre, et que les relations étaient assez tendues entre la mission française et le gouvernement du schah .
Gardane étudia avec le plus de soin les routes de la Perse et les préparatifs d'une expédition vers ITnde. C'est l'objet essentiel de sa correspondance avec Paris. Il fit relever par ses ofliciers les itinéraires exacts de toute l'Asie antérieure. Blanchi d'Adda dressa le plan de la route de Scutari à Téhéfan, par Alep et Bagdad. Fabvicr connut très bien celle de Téhéran à Ispahan. Trézel parcourut celle de Bagdad à Ispahan, [)uis d'ispahan h Chiraz, do Chiraz au golfe Pcrsique ; Thuillicr lut ensuite envoyé dans la dir<'<li<>M il(< Méched.
D'après cela, Gardane dressa lui-même tout un plan de •campagne vers l'Indus. Si l'on prend la route de terre, il faudra quitter Alep en mars ; il y a cinq journées d'.Mcp à Bir sur l'Euphrate ; puis on poussera par Bagdad, Bassorah. Bender-Bouchir, Chiraz, Yezd ; mais la roule sera mauvaise pour les canons, cl les Anglais pourront jeter des troupes sur la côte du golfe Persique ; il vaudrait mieux, de Bagdad, prendre par Ourfa, Ilamadan, le Khorassan et Hérat ; il y aurait de sept {\ huit mois d'Alep à l'Indus. — Si l'on pont passer par la mer Noire et Trébizonde, on |X)urra conduire une partie de l'armée par Erzeroum, Van, Hamadan, Yezd et Hérat, l'autre parTauris, Téhéran, le Khorassan et Hérat ; •de Trébizonde à llndus, il faudra de cincj à sept mois. On
f. lettre de Gardane à son frère (i5 janv. 1809). — Cf. Dcbidour.
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iiura, à liera t, un excellent point de concentration ; si l'on s'accordait avec les Russes, ils pourraient accumuler des munitions et des vivres à Âstérabad, près de la mer Caspienne, et ce serait très précieux. — Pour ce transport de troupes, il y aura beaucoup de précautions à prendre ; il faudra toujours un cheval ou une autre bète de somme pour deux hommes, des capotes spéciales contre le froid de la nuit ; beaucoup de biscuits, car ces peuples n'entendent rien aux subsistances. D'ailleurs, les habitants fuiront et ne laisseront que des villages en ruines. Il faudra beaucoup de paille hachée, il n'y a pas d'autre fourrage. On pourra fabriquer sur place des canons, des boulets, de la poudre ; il y a en Perse du salpêtre de très bonne qualité.
A partir de Ilérat, la route sera sans doute facile par Caboul et Peichawer ; on peut compter sur les tribus de la région de l'Indus qui détestent les Anglais et fourniront des troupes. Decaen, de l'île de France, pourrait débarquer, au nord de Bombay, 12 ou i 5oo créoles. On constituerait ainsi vers Laliore une redoutable armée de Persans et Hindous solidement encadrés de soldats et d'officiers européens, et l'Inde serait à la merci de Napoléon.
Le prince du Sind, Mirgolam-Ali-khan, écrit à Napoléon, se plaint de la méchanceté des Anglais, de leur duplicité, exprime son désir « d'ouvrir avec les Français les portes de la correspondance' ». Les Sykhs de l'Indus sont en guerre contre les Anglais et peuvent réunir 5oooo cavaliers. Un prince afghan, Darab-Mirza, dépossédé du trône de ses pères à Caboul, demande le secours de la Perse et de la France? assure l'appui de nombreux partisans dans son pays. Leschah est disposé à marcher, au moins jusqu'à Delhi : « En deux ans, dit-il, les Anglais seront expulsés de l'Inde, et cette misérable nation de marchands n'aura plus alors l'audace de venir traiter d'égal à égal avec les rois. » — « L'expédition de l'Inde est à Téhéran dans toutes les têtes". » Qu'une armée française paraisse, et toutes ces bonnes volontés se
i. (Correspondance de Perse, a6 janvier 1808. 2. Ici., '1 mai 1808.
serreront autour d'elle, et elle fera jusqu'à Tlndus une marche triomphale ; devant Napoléon s'ouvrira la roule d'Alexandre le Grand. Ce sera la plus merveilleuse page de rhisloire.