LA RIVALITÉ ANGLO-FRANÇAISE EN PERSE
Persans, dans Fentouragede Fetli-Ali, n'étalent pas également dévoués à Falllance française, et les intrigues continuelles de l'Angleterre trouvaient des oreilles complaisantes. Il paraît bien •que le schah fut, dès l'abord au moins, tout à fait disposé à une entente cordiale avec Napoléon ; le grand-vizir Mlrza- •Chefy n'eut aussi que d'excellents rapports avec la mission française. Le prince héritier Abbas-Mlrza fondait personnellement de grandes espérances sur cette nouvelle politique : il •comptait qu'elle lui assurerait la Géorgie et agrandirait ainsi ■considérablement son gouvernement de Taurls ; elle lui assurait déjà, grâce à l'activité des capitaines Verdler et Lamy , une petite armée mieux disciplinée et plus redoutable.
Aussi écoutalt-11 volontiers les récits qu'on lui faisait de la grandeur de l'empereur des Français ; il lisait avec plaisir la lettre que lui adressait de Constantinople La Tour-Maubourg, l'un des secrétaires de Sébastianl : (( Tous les potentats de l'Europe, savoir trois empereurs, neuf rois, un nombre égal de souverains dont le titre est moins élevé, sont unis intimement à la France. Le continent est fermé aux marchands anglais, même l'Amérique. Napoléon le Grand vient d'être pris pour arbitre par les rois d'Espagne ses voisins. Le père et le fils se disputaient la couronne. Des guerres civiles allaient ensanglanter leurs provinces. Ils ont jugé à propos de renoncer l'un et l'autre au trône, et de remettre au génie de l'empereur Napoléon le soin de choisir un souverain pour leur empire K »
Abbas constatait avec intérêt que Napoléon était assez fort pour disposer des plus illustres couronnes. Il estimait que l'appui d'un tel homme faciliterait sa propre succession au trône de son père. Certes, il était le fils favori de Fetli-Ali, et il avait été désigné comme héritier par son oncle Aga-Mohammed-khan, le précédent roi de Perse. Mais il avait un frère aîné, Mohammed-Ali, écarté du trône parce que sa mère n'était pas de l'impériale tribu des Kadjars, mais assez ambitieux pour ne pas renoncer à faire valoir un jour son droit d'aînesse. Comme Abbas se fortifiait de l'influence de la
I. Correspondance de Perse, 2G juillet, de Constantinople. Driault. — Napoléon. ai
France, Mohammed-Ali comptail davantage sur l'Angleterre. Gardane prévoyait qu'à la mort de Feth-Ali, la Perse serait déchirée par des guerres entre ses fils, les schah-zadés ; il citait un mol du schah lui-même : « Après moi, l'empire sera au plus fort. » Il craignait que ces discordes ne livrassent la Perse à l'action de la politique russe'. Il ne se trompait pas tant.
Il avait d'autres sujets de préoccupations. Napoléon était à la fois l'allié du sultan el du schah ; il était aussi difficile de maintenir la paix entre le sultan el le schah, qu'entre le schah et le tsar, qu'entre le tsar et le sultan. Ces éléments de la grande politique napoléonienne étaient réfraclaircs à toute durable combinaison. Les Persans convoitaient Bagdad, et se mêlaient volontiers à toutes les querelles de frontières que produisaient sans cesse les ambitions rivales des pachas turcs de rirak-Arabi. A la mort du gouverneur de Bagdad, Ali pacha, toute la province fut troublée; le neveu du défunt. Soliman, ne fut nommé pacha par le sultan de Constant! nople que sur les instances de Sébastiani, cl Tordre se réUi blit un peu. Cela n'empêcha pas le nouveau gouverneur de laisser beaucoup d'influence aux Anglais, et notamment au consul, M. Rich : car il redoutait leur puissance dans le golfe Persique, cl il craignait qu'ils ne lui prissent Bassorah, et n^encourageassent les Arabes h la révolte.
Ce|îcndant Ahdurraman, pacha de Soulcimanié, tout à la frontière persane, lui refusa obéissance, cl, appuyé par de nombreuses bandes de Kurdes, lui déclara la guerre. I.<' gouvernement de Téhéran envoya aussi 12 000 cavaliers dans le Kurdistan. Gardane fit des observations au grand-vizir, qui le tranquillisa sur ses intentions : il ne s'agissait que de protéger les Kurdes, qui voudraient se réfugier dans la province persane de l' Azerbaïdjan. D'ailleurs Alnlurraman fut battu, chassé de son gouvernement, el toute la province rentra dans la paix. Soliman pacha resta dévoué à l'influence anglaise ; car il attribua rintervenlion des Persans aux conseils de la mission française de Téhéran. Surtout il craignait les Anglais plus que les Français.