‹ Études NapoléoniennesChapitre 131 sur 177 · L.^. RIVALITÉ ANGLO-FRANÇAISE EN PERSE · texte numérisé non relu

L.^. RIVALITÉ ANGLO-FRANÇAISE EN PERSE

L'action de la politique anglaise pénétrait partout dans ces régions, et profitait de la réelle indépendance des pachas. Elle gagnait à ce moment la Porte elle-même. Elle s'imposait à la fois au sultan et aux chefs rebelles à l'autorité du sultan, et coupait d'habiles intrigues tous les efforts que faisait Napoléon pour pousser son influence dans le Levant et l'Orient. Le monde entier était comme le champ de cette bataille de géants.

Les Anglais réussirent même à s'entendre avec les Wahabites, restés très redoutables sur les côtes du golfe Persique '. Gardane craignait qu'avec eux les Anglais ne parvinssent à rentrer en Egypte, ou du moins à s'emparer de Bagdad, d'Alep, de Damas ; « alors ils n'auraient plus besoin de la Turquie pour leurs communications avec l'Orient ».

Or, ils ramenaient à ce moment la Turquie dans leur alliance ; ils enveloppaient partout les efforts de la France du réseau serré de leur multiple activité. Ils reparaissaient plus audacieux dans le golfe Persique, assiégeaient Téhéran de leurs intrigues et de leurs présents, comptaient que l'accord de la France et de la Perse ne durerait pas plus que l'accord de la France et de la Turquie, puisque la France était devenue l'alliée des Russes, ennemis de la Turquie et de la Perse.

Dès le mois d'avril 1808, Sir Ilarford Jones s'approchait (le la Perse « avec des richesses immenses et une grande scélératesse ^ ». Malcolm était en mai à Bender-Abbas, et faisait passer des émissaires à Téhéran, malgré la surveillance très éveillée de Gardane\ L'ambassadeur redoutait les ruses de ses ennemis, et l'avidité des conseillers de Feth-Ali : « Cette cour avare voudrait bien recevoir l'ondée d'or de Malcolm. » 11 dut menacer de quitter aussitôt Téhéran, si les avances des Anglais étaient accueillies.

1. (Correspondance de Perse, loaoût, iG octobre 1808. — Cf. pour les Wahabites, ci-dessus, cli. i*"".

2. Correspondance de Perse, Gardane à Champagny, a'j avril 1888, — (» mai 1808.

3. Voir une première intervention de Sir John Malcolm, plus haut, page 17a.

Ils essayèrent de s'imposer. Ils débarquèrent des troupes sur la côte de Bender-Bouchir ; ils tentèrent d'enlever l'îlot de Kharek. Le schah, qui alors n'était pas encore disposé à rompre avec la France, envoya contre eux le gouverneur de Chiraz, Ismaël-hey. Celui-ci les repoussa de Bender Bouchir ; il eut là avec Malcolm une entrevue qu'il raconta aussitôt à Gardane*. Malcolm avait apporté 5oo ooo tonneaux de présents pour le schah et les ministres persans ; il offrait de faire la guerre à tous les ennemis de la Perse, morne aux Busses ; il offrait encore de détruire Saint-Pétersbourg, la guerre dûtelle durer dix ans. Ismaël eut la grandeur d'ilme de ne rien écouter ; il répondit au tentateur comme il convenait : « Mal colm n'osa résister ni montrer de contenance, et, appareillant pour les contrées infernales, on ne sait plus ce qu'il est devenu. »

Le schah pensa que Gardane serait content, et lui accorda à cette occasion une audience. Il s'y montra fier d'avoir eu le plaisir de canonner les Anglais et de rendre ce service ;\ l'empereur Napoléon ; il lui assura qu'il demeurait ferme et constant dans ses résolutions contre eux, que dès ce moment Napoléon pouvait considérer l'île de Kharek comme lui appartenant, y envoyer des troupes pour en prendre possession, n former tel établissement qu'il voudrait*.

Mirza-Chefy se hâtait, le môme jour, d'annoncer la bonne nouvelle à Champagny : les Anglais ont voulu débarquer sur la côte du golfe Persique ; « mais les troupes persanes se sont portées sur celte côte avec la rapidité cl le fracas d'un torrent déborde... Le bruit de leur venue a porté l'épouvante iiu milieu des perfides Anglais, semblables à une poignée do poussière qui, ne [Mouvant résister à la violence d'un vent impétueux, se disperse et se perd, du à un vaisseau saii^ voiles, battu par les flots sur une mer irritée, qui erre au gré de la tempête après avoir penlu ses ancres, et qui va périr. Ils n'ont d'autre ressource que de retourner honteusement dans leur propre pays ». Le vizir se félicite à ce propos de

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