II. — La Porte après léna
Aussi bien la Porte ne tarda-t-elle pas à s'apercevoir que la force était encore du coté de Napoléon. La quatrième coa-
G8 LA POLITIQIE ORIENTALE DE NAPOLÉOÎI
lition parut écrasée du premier coup sur le chanij) de bataille d'Iéna. Le 1 1 novembre, Napoléon faisait lui-même part de sa victoire à Sélim ; il relevait son courage, rengageait à des résolutions viriles. Kt Talleyrand renouvelait ses instructions à Sébasliani : « L'Empereur veut rendre les Principautés à la Porte ; il ne restituera Varsovie et Berlin, s'il doit les restituer, que lorsque la Porte aura recouvré toute son autorité en Moldavie et \alacliic... 11 laut que le sulUmse prononce... 11 n'est plus douteux qu'une puissance plus élevée que toutes les autres ne conduise ces événements. » Il s'agit sans doute de la puissance de Dieu ; c'est un argument que Talleyrand suggère à Sébastiani pour presser la résolution de la Porte'. La balance politique du gouvernement turc reçut une nouvelle oscillation. Le reis-olTendi demanda h voir Sébastiani et tint avec lui une im|)ortantc conlércnce. 11 se montra prêt à une alliance formelle avec la France ; mais il voulait prendre son temps. — La fortune des armes pouvait en effet se prononcer un jour contre Napoléon, il ne fallait pas trop engager l'avenir. — Il allait envoyer un ambassadeur s|)écial auprès de l'Empereur pour négocier ce traité. 11 désirait aussi connaître les projets de l'Empereur sur la Pologne ; peut-être craignait il ce rcdoutiible voisinage : « Quel esprit, répondit gravement Sébastiani, pourrait mesurer les desseins de son vaste génie? » Et comme l'ambassadeur insistait sur la nécessité de se bAter, le reis-effendi en convenait très volon tiers ; oui, il fallait agir très vite, mais on ne pouvait se déclarer avant que les armements ne fussent achevés, cela pouvait <lemand«'r quelques semaines, il convenait de connaître les intentions de l'empereur Napoléon : voulait il donnera rai liance un caractère offensif ou seulement défensif.^ Il fallait tenir compte aussi des versets du Coran, qui défendent de verser le sang bumain et ne j>ermettent la guerre que dans 1<« «as de légitime défense*. La conciliation de toutes ces convenances exigeait de la réflexion.
1. \(T. élr., Corr. de Turquie, Talleyrand à Sëbasliani, ii novembre i8o6.