‹ Études NapoléoniennesChapitre 159 sur 177 · NAPOLÉON EMPEREUR · texte numérisé non relu

NAPOLÉON EMPEREUR

lié, au sens vrai du mol ; il n'y eut pas, de son temps, d'alliance franco-russe ; il y eut une combinaison franco-russe, que l'Empereur tenta de concilier avec une combinaison franco-turque et une combinaison franco -persane.

De tous ses moyens, il écarta la Russie de Constantinople. Il redressa quelque peu la Turquie, tenta de la réformer, en attendant qu'il fût prêt à régler ses destinées. Il retint la Russie le plus longtemps qu'il put dans son alliance, l'arrêta sur le Danube pour pouvoir achever ailleurs, vers l'Espagne, la construction de son édifice impérial, pour pouvoir écraser l'Autriche qui ne voulait pas encore en 1809 être réduite à la condition de vassale du nouvel l'empire.

Enfin, quand il se crut prêt à l'accomplissement de toute sa destinée, il arma toute l'Europe civilisée contre la barbarie russe, il fut content de conduire tous les peuples européens, un moment confondus dans l'Empire, même les Autrichiens, même les Prussiens, vers Test, pour refouler les Russes en Asie. La mission des empereurs romains avait été de contenir la barbarie, de protéger la civilisation sous les lois d'une autorité unique, magnifiquement ordonnée. S'il eût vaincu la Russie, sans doute il eût pu régler la condition définitive de l'Orient. Qui donc alors l'aurait empêché de fonder à Constantinople un régime régulier, avec administration solide, capable de rendre à ces pays épuisés la prospérité des temps anciens ? Non pas même l'Angleterre. La fatalité, dont il croyait personnifier l'irrésistible puissance, eût fait tomber en ses mains avec Constantinople tout l'Orient, c'est-à-dire enfin tout l'Empire.

On le voit à la veille de l'expédition de Russie essayer d'enlever aux Russes, à son profit, leur influence en Serbie, entretenir avec K ara-Georges des relations suivies, envoyer des agents à Saint-Jean d'Acre, en Egypte, M. de Nerciat et le capitaine Boutin, préparer le terrain en Orient pour le lendemain de la défaite des Russes, car il ne prévoyait pas son désastre*.

1. Documents inédits sur les relations de la Serbie avec Napoléon /*■" (1809-1814), publiés par Auguste Boppe, Belgrade, Imprimerie d'État,

SgS LA POLITIQUE ORIENTALE DE NAPOLÉON

Il fut arrête, au moment même où il voyait le but de plus près. Il ne fut pas l'empereur qu'il aurait voulu être ; la réalité, si brillante qu'elle ait été, demeura inférieure aux conceptions de son génie. Empereur jusqu'au bout, il ne voulut pas se renfermer dans les étroites limites d'une nation, fût-ce la France. Comme disait Talleyrand, en i8i4, l'Empereur ne peut pas devenir le roi de France. Du moins il est possible ainsi de mesurer bistoriquement le domaine de son ambition, le cbamp de sa carrière. Il a emporté ce secret dans le tombeau. Pour grandir encore sa gloire, par une sorte de compensation de son échec suprême, il garda comme on auréole autour de son nom « ce vague qui enchaîne les multitudes ». Peut-être cette auréole se peut-elle définir en la couronne de laurier de l'empereur romain.

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