‹ Études NapoléoniennesChapitre 25 sur 177 · Monitrur du ao mar». Séance du Sénat, du ao février · texte numérisé non relu

Monitrur du ao mar». Séance du Sénat, du ao février

LA PORTE ET l' ANGLETERRE 83

étranger. Il jette alors les bases de sa politique coloniale au xix" siècle.

Pour le moment, — janvier 1807, — c'est la France qui est sa grande ennemie ; c'est Sébastiani qui la représente à Constantinople. La Russie est retenue sur la Vistule. C'est la poussée de la politique napoléonienne vers l'Orient qu'il faut briser, et, si les Russes ne peuvent franchir le Danube, les Anglais franchiront les Détroits. Ils le firent en effet, mais avec des moyens insullisants.

Fort inquiets de toutes ces complications, de toutes ces ambitions rivales, les Turcs avaient longtemps hésité à déclarer la guerre à la Russie. Ils s'y étaient décidés enfin le 24 décembre 1806. Italinski avait reçu ses passeports. Le 5 janvier 1807, le sultan lança son manifeste de guerre contre la Russie.

Il y rappelle tous les griefs qu'il a accumulés contre le gouvernement de Saint-Pétersbourg. Il rappelle, plus énergiquement encoi'e que dans sa notification à l'ambassadeur russe, tous les empiétements dont la Russie enveloppe, pénètre l'empire turc depuis un demi-siècle, l'occupation de la Crimée, celle de la Géorgie, le soulèvement des Serbes qui ont reçu de la Russie argent et munitions, la prétention qu'ont les Russes de protéger seuls la république sept-insulaire, quoique les traités assurent à la Porte les mêmes droits, leurs intrigues contre « Son Excellence Ali-pacha, gouverneur de Janina », l'insurrection fomentée dans le Monténégro, les fonctionnaires et les sujets du sultan détournés de leurs devoirs par les consuls russes, les patentes de naturalisation russe multipliées dans les provinces moldo-valaques, avec la connivence des deux Avoïvodes ou hospodars, toute la Turquie ainsi imprégnée, comme empoisonnée par l'influence russe.

Le sultan a déposé les deux woïvodes qui le trahissaient. Le prince Italinski, ambassadeur de Russie, a protesté au nom du traité de Kaïnardji. Le sultan les a rétablis pour éviter tout prétexte d'hostilités et faire preuve des plus incontestables sentiments de conciliation. Cependant, quelques semaines après, sans raison aucune, contre tout droit des

gens, une armée russe est entrée en Moldavie, a ciilové les forteresses de Bender et de Cljoc/im. llalinski lui-même s'est trouvé surpris de cette brusque invasion et n'a pu en donner les motifs. La Porte a patienté un mois jx)ur avoir des explications ; elle n'en a rc<;u aucune, pendant que les généraux russes, pard'hyi^crites proclamations, s'eflbrraieni de séduire même les musulmans, de rejoindre en Valachic les rebelles de Serbie.

Mais enfin la Porte renonce à une jwitience qui ne sérail plus que de la faiblesse. Elle fera la guerre, confiante en son bon droit et en la protection que Dieu accorde aux causes justes. Les Russes seuls seront rcs|H)nsablcs du sang qui sera répandu et des malbeui*s qui vont accabler l'humanité '.

Quelques jours après, un firman du sultan Sélim prononç.i la fermeture des Détroits à tous vaisseaux de guerre.

Le gouvernement anglais n'approuva pas d'abord la con duite des Russes, et l'ambassadeur à Constantinople, Arbulhnol, annonça oiliciellemenl sa neutralité, « pourvu que la Porte ne format aucune liaison avec la France ». Le consul anglais à Bucharest, Summerer, reçut l'ordre de se renseigner de son mieux sur les intentions du général russe Michelson, qui lui avait offert de partager sa table. Mais l'agent nisse de cette ville, Rodopbinikin, « avec une extrême politesse et par des attentions amenées de bien loin », ne lui témoignait aucune confiance, ne lui communiquait aucune nouvelle, tléfendait à ses secrétaires de lui rien dire. Summerer pourtant en voyait assez pour se rendre compte que tout n^allait pas pour le mieux : le désordre règne dans l'armée russe ; elle n'avance pas, tout en manifestant pour les Turcs un mépris solennel, mais prolondénionl déplacé.

Ypsilanti se mêle de tout, « surtout de ce qu'il n'entend pas » ; il nomme des ministres im jour, les révcxpie le lendemain ; il passe des revues, préside des divans avec une majesté affectée et ridicule, se fait délester même de ses anciens sujets moldaves, compromet par ses sottises les succès

Page 1