LES ANGLAIS A ALEXANDRIE II Q
Fr.iser, en effet, forme une nouvelle expédition. Le général Stewart quitte Alexandrie avec 3ooo fantassins, six pièces de campagne et deux mortiers. Il arrive devant Rosette. Il occupe Haniad, met deux batteries en position sur les hauteurs d'Abou-Mandour, ouvre le feu sur la ville, repousse toutes les sorties de la garnison ; le major Macdonald enlève le fort Geddié sur la rive droite du Nil. La place est bloquée.
Mais Hassan-bey arrive sur la rive gauche, attaque Hamad, est repoussé, poursuivi par une compagnie qu'il entraîne dans une embuscade et qui perd vingt soldats : leurs têtes coupées sont envoyées à Méhémet. Hassan est rejoint par les troupes qu'il avait laissées en arrière, revient sur Hamad. Le major Wogelsang, qui y est établi, est renforcé par cinq compagnies sous le colonel Maclood.
Le 2 2 avril, dès le matin, les Turcs attaquent vigoureusement. Plus nombreux, ils débordent la ligne des Anglais, Ceux-ci reculent, en trois corps, pour se rabattre sur la réserve du général Stewart. Le major Wogelsang est en avant, puis vient le colonel Maclood, puis le major Moore. La cavalerie musulmane charge infatigable sur les carrés anglais. Les 200 hommes du major Moore sont taillés en pièces, leur chef pris. Le colonel Maclood est tué d'une balle au milieu de ses Ecossais, dont sept seulement, avec le capitaine Mekaye, rejoignent Wogelsang. Ils ne sont pas sauvés. Ce dernier carré, cerné dans un terrain bas que dominent des monticules de sable, est obligé de se rendre.
Le général Stewart ne recueillit que quelques débris. La troupe du major Macdonald ne le rejoignit qu'à grand'peine. Il fallut enclouer la grosse artillerie, brûler les munitions et les bagages et battre en retraite vers le lac Edkou. Les Turcs et les Albanais, entraînant avec eux des bandes d'Arabes et de fellahs pillards, suivaient les ennemis à la trace, comme du gibier, et massacraient les traînards. Mais ils furent contenus. Les Anglais marchèrent en bon ordre toute la nuit, furent recueillis à Aboukir par les vaisseaux de l'amiral Lewis, ramenés à Alexandrie.
Ce désastre des Anglais fut au Caire l'occasion de nouvelles horreurs. 5oo prisonniers, la plupart blessés, haletants
I20 LA POUTIQUE ORIENTALE DE SAPOLÉON
de soif, défilèrent à pied sur la place d'Esbékieh, devant les tôtes de leurs compagnons d'armes : ceux qui tombent épuisés sont jetés sur des ânes; ceiix qui meurent là sont aussitôt décapités et leurs tètes alignées avec les autres. Ceux qui survivent demandent à boire de l'eau ; la populace leur jette « les ordures des mes et celles de ses paroles' ». Ils furent entassés à la citadelle dans des culs de basse-fosse.
Ce ne fut que quelques jours après que Méhémet-AIi, son prestige suffisamment établi sans doute par ces spectacles, permit à Drovetti de soigner les prisonniers, de leur envoyer des remèdes, des médecins, des vivres.
L'écbec subi par IWnglelerrc en Kgyple ét^iit plus grave que celui des Dardanelles. L'eflct moral en eût été plus grand aussi, si ces événements s'étaient passés en Europe ; ils n'y furent connus que très tard. Les Anglais, maîtres de la Méditerranée, arrêtaient les nouvelles*. Du moins, ils j)erdirent toute influence dans le Levant, où la force seule est respectée. Le sultan, poussé par Napoléon, témoigna la plus vive indignation contre eux, publia des ordres énergiques à ses pacbas pour l'application du blocus continental, envoya des firmans à Alger, à Tripoli, à Smyrne pour la cbassc à donner partout aux Anglais. Tout cela servait la France.
Les Anglais restèrent à Alexandrie pendant qu<>lquos mois. Ils essayèrent de renouer des intrigues avec les Mameluks; battus et méprisés, ils n'eurent aucun succès.
Mébémel, bien établi dans le delta, réunit une armée (ju'il conduisit devant Alexandrie. L'amiral llallowel, qui y avait remplacé l'amiral Lewis, mort de fièvres paludéennes, consentit à négocier. La paix venait d'être signée à Tilsit entre la France et la Russie ; le gouvernement de Londrrs s'attendait à une attaque vigoureuse des Fraiirais sur la Sicile, place d'armes des lrou|)es britanniques dans la Méditerranée: il y voulait concentrer toutes ses forces dis{K)nibles. L'opinion