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I. Correspondance, 31 mai, i Décrus

NAPOLÉON A FI>iKE^STEi:V. 0PÉRATI0?«S MILITAIRES l4l

premiers ordres : a Vous vous faites une étrange idée de vos devoirs et du service militaire. Je ne vous reconnais plus. » Il faut que les fortifications de l'île d'Aix et de Cherbourg soient mises en état.

Il faut que les gardes nationales des départements du Nord, du Pas-de-Calais et des départements voisins, sous le commandement du général Rampon, soient tenues en haleine, « prêtes à défendre ce qu'il y a de plus précieux, à maintenir l'honneur et l'inviolabilité du territoire sacré » .

Il faut organiser un corps d'observation de l'Escaut, 7 à 8000 hommes solidement établis à Anvers, qui pourront être, à la première alerte, renforcés par les troupes du camp de Boulogne ou par celles de la Hollande, et s'appuieront sur les places de Breda et de Berg-op-Zoom, bien approvisionnées. Le roi de Hollande est invité même à exagérer tous ces mouvements de troupes, à en remplir les gazettes, à leur fournir des détails sur les formidables camps de Cœverden, Anvers, Zeist. « Les Anglais ainsi ne se hasarderont peutêtre pas à une expédition continentale. »

Et, pour suffire à tout cela et aux renforts dirigés sur la grande armée de la Vistule, Napoléon appelle par anticipation la conscription de 1808. Ce fut l'objet d'un sénatus -consulte qui ne rencontra aucune opposition. Comme d'ailleurs l'intention de l'empereur <( n'était pas de se jouer des lois, mais d'exécuter ponctuellement les sénatus-consultes antérieurs », les conscrits ainsi appelés furent répartis entre les garnisons de l'intérieur, pour y soulager les anciens de la garde nationale, sous le commandement de généraux sénateurs ; ils ne devaient être envoyés à l'armée qu'en janvier 1808. En attendant, ils pouvaient être utiles sur les côtes ; ils y faisaient une barrière imposante à toute tentative de débarquement. Toutes les réserves des conscriptions précédentes passèrent aussitôt sur le Rhin, en Allemagne, et, comme une gigantesque marée humaine, toutes les troupes de l'Empire se pressèrent les unes sur les autres, à l'est, pour remplacer les morts d'Eylau et battre plus fortement les frontières russes.

Kellermann commande une forte armée de réserve sur le Rhin ; il a son quartier général à Mayence. Il n'est pas

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inquiélé : lous les pays du Rhin sont tranquilles, et, sauf les passages de convois militaires sur les grandes routes de France en Allemagne, d'Italie en Allemagne, ils jouissent d'une prospérité matérielle qu'ils ont rarement connue. L'armée du Rhin se tient donc l'arme au pied. Elle ne bougera que si les événements deviennent graves, soit qu'elle revienne à l'ouest, soit qu'elle s'enfonce à l'est sur l'Elbe, si l'armée de l'Elbe fléchit ou si elle se déplace elle-même sur l'Oder.

Car le plus grand danger que court l'Empire, le j)oin( faible de cet énorme système militaire, c'est le centre de l'Allemagne. Napoléon le voit bien. Il n'est pas probable que les Anglais tentent un débarquement sur les côtes françaises; seuls ils ne pourraient qu'y subir un échec dont l'Empereur tirerait vanité avec éclat. Aux bouches de l'Elbe, vers Hambourg, ils auraient aussi peu de chances de succès. Mais |>lus loin, sur la Baltique, ils ont les Suédois aux emboucliures de l'Oder; ils ont Danzig qui lient toujours contre le maréchal Lefebvre et où un effort vigoureusement poussé ébranlerait peut-être la rigidité des lignes françaises de la Vistule.

Les garnisons prussiennes tiennent toujours solidement les forteresses de Glatz, Kôsel, Neisse; celle-ci ne fut enlevée qu'à la fin de mai, après une très belle résistance de plus de doux mois. Jérôme Iionaj)artc, à la télc du IX" corps, fait l'apprentissage du gouvernement des Allemands ; car son .umée compte en grande majorité des Bavarois, des Wurtembcrgeois, des Allemands delà ^^eser et du Khin. Cela ne hâte pas la soumission de la Silésie. Et Napoléon presse son frère d'agir, d'achever la conquête de cette province, de s'occuper moins des dames de Breslau, lui indique les meilleures o|>érations, la meilleure conduite à tenir. La conquête de la Silésie est très urgente, et notamment celle des places de Clatz et de Neisse qui sont la roule de la Bohême, car a les Aiilrichiens peuvent faire la folie de se déclarer », quoiqu'on les endorme jjar des promesses de négociations générales et surtout qu'on attire leur attention ailleurs, sur le Danube inférieur et Constantinople.

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C'est pourquoi l'armée d'Italie exécute dans la région de Venise, sur la frontière autrichienne, des marches et contremarches mystérieuses. Est-elle destinée à menacer Vienne, si l'Autriche sort de sa neutralité ? ou à renforcer Marmont, s'il doit descendre de l'Illyrieen Bosnie et jusqu'en Bulgarie Pou seulement à masquer d'autres mouvements? — Ses deux meilleures divisions, Molitor et Boudet, remontent l'Adige par le Tyrol, sont à Innsbruck le 20 avril : elles pourraient descendre de là sur Passau et Vienne ; mais l'Autriche est tranquille. Elles traversent donc la Bavière et se concentrent à Magdebourg sous Brune, liant leur gauche à Mayence, leur droite à Kustrin et Posen. Ainsi, dit l'Empereur dans son 73" bulletin, le 8 mai, « on sera en mesure de recevoir l'expédition anglaise sur quelque point qu'elle se présente. Il est certain qu'elle débarquera ; il ne l'est pas qu'elle puisse se rembarquer ».

En réalité, il n'était pas aussi rassuré qu'il le disait. Les- Suédois étaient nombreux à Stralsund et dans les îles de l'embouchure de l'Oder. La garnison prussienne de Kolberg, de l'autre côté de ce fleuve, soutenait héroïquement le siège ; le major Schill s'en était échappé pour battre les environs et sans cesse harceler les Français, comme un insecte insaisissable. Entre Stralsund et Kolberg, les Anglais pouvaient débarquer, lier cette opération avec une armée russe de Riga ou de Saint-Pétersbourg, et une triple expédition d'Anglais, de Suédois et de Russes pouvait le long du Havel descendre sur Berlin, briser la ligne des positions françaises entre l'Elbe et la Vistule, entre Magdebourg et Posen. La Hesse, toujours turbulente, pouvait « lever le nez » et retenir sur la Weser les troupes de Brune et de Kellermann. Et si l'Autriche alors faisait la folie de se déclarer, — « Ah ! si j'étais Tarchiduc Charles I » s'écriait Jomini au lendemain d'E y lau — l'armée française pouvait être coupée sur l'Elbe, à longue distance en arrière du grand quartier général, sans que Napoléon pût se retourner, ôter son regard de la ligne des avantpostes russes dont les feux s'allumaient à quelques lieues de Finkenstein : une retraite, après Eylau, eût été aussi grave qu'une défaite. Et cependant les Russes, vers le Niémen, lui.

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donneraient-ils Toccasion d'une victoire alors nécessaire, pressante?

Il eut peur de quelque catastrophe. Il redouta une pareille entreprise de ses ennemis, tant elle lui paraissait naturelle, tant il était pour lui évident que TArmada britannique ne pouvait avoir d'autre but. N'esl-il pas étonnant en effet que cette tentative n'ait pas été faite? En vérité, les adversaires de Napoléon ne furent pas toujours dignes de lui.

C'est que d'ailleurs il leur aurait fallu se mettre mieux d'accord qu'il n'est de coutume aux coalitions. Et l'occasion ne fut favorable qu'un temps très court, trop court pour une entente entre eux. Et, dans ce temps très court, Napoléon accumula les précautions.

Il prévint Clarkc, le gouverneur de Berlin, ilu danger possible : si Berlin et Spandau étaient menacés, il avait l'ordre de sauver les caisses, puis de se retirer selon les circonstances h Kuslrin ou à Sletlin. Mon pas que Napoléon pensât abandonner sans lutte Berlin et la ligne de l'Elbe. Mais il disposait ailleurs son plan définitif, qui, dans l'ensemble des opérations de la Grande Armée, est d'un intérêt réellement dramatique, digne d'une attaque plus sérieuse : il est renferme dans les merveilleuses inslrurtions adressées aux maréchaux Brune et Mortier.

Bnine est chargé de défendre les embouchures de l'Ems, de la Weser et de l'Elbe ; il doit surveiller la Poméranie suédoise, en poussant des pointes jusqu'à la Peene; « il doit se porter sans ordre partout où débarquerait une armée anglaise ou suédoise, etcoiivrir la ligne Hamcln, Magdcbotirg, Berlin, Stettin ». Il aura donc son quartier général à Schwérin, son centre entre Lubeck et Demmin, sa gauche entre la Weser et l'Elbe, sa droite entre Demmin cl l'embouchure de l'Oder, tout le long de la frontière des pays suédois. Selon la direction de l'attaque anglaise ou anglo-suédoise, le maréchal Brune penchera à gauche ou à droite, en pivotant h sept ou huit marches de Magdebourg, d'où les divisions Molitor cl Boudet, en réserve, dominant tout l'arc de Brème à Stettin, suivront le rayon où elles seront le plus nécessaires.

>APOLKON A FIXRENSTEm. — OPÉRATIONS MILITAIRES lllb

A sa droite, vers Slettin, le maréchal Brune touchera la gauche du maréchal Mortier, commandant le YIIP corps delà Grande Armée. Des trois divisions du YIIP corps, la division Loison assiégera Kolberg, la division Dupas à gauche s'appuiera à Slettin, la division Grandjean à droite s'allongera jusque vers Danzig. Si les ennemis débarquent à l'embouchure de l'Oder, ils y seront en quelques jours enserrés entre le \ IIP corps et l'armée du maréchal Brune, qui fermeront sur eux. un irrésistible étau. Si le débarquement est tenté sur Danzig, au premier signal le VHP corps inclinera à l'est et entraînera dans son mouvement toutes les troupes de Brune, vers la gauche même de la Grande Armée qui tient la Vistule. Où qu'il se présente, i'enncmi se heurtera à des forces supérieures ; toute porte bientôt se fermera sur lui.

Ce plan si simple et si souple se montra excellent dans le temps même oii il était conçu et à peine esquissé. La grande expédition anglaise ne vint point ; mais les Suédois agirent. Au commencement d'avril, ils franchirent la Peene et se portèrent sur Pasevalkdans la direction de Stettin. Le i6, le maréchal Mortier, qui n'avait pas encore fait passer tout le VHP corps sur la rive droite de l'Oder, leur livra bataille à Anklam, les vainquit, les rejeta derrière leur frontière. Leur général en chef, d'Armfeld, fut blessé. Son successeur, le général baron d'Essen, fut autorisé à négocier une suspension d'armes qui fut signée aussitôt, le i8. Selon les instructions expresses de l'Empereur, il y fut convenu qu'en cas de rupture de l'armistice les deux gouvernements se préviendraient un mois à l'avance. Car Napoléon pensait que les Suédois ne résisteraient pas longtemps aux instances de l'Angleterre maîtresse de la mer et reprendraient les armes à la première occasion. Il voulait, autant que possible, ne pas être pris au dépourvu.

Cependant, dès ce moment, il fut plus tranquille sur ce qui pouvait arriver à l'embouchure de l'Oder. Il rapproche donc de Danzig le maréchal Mortier avec ses deux divisions Dupas et Grandjean. Ainsi Brune vient à Stettin, et la division Loison, qui continue le siège de Kolberg, passe sous son commandement. Brune a ainsi au nord de Berlin, autour Driault, — Napoléon. lO

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de Sletlin, plus de 60000 hommes; il peut en im|K)ser aux Suédois, et, même si l'Autriche se déclare, il sera en Saxe en quelques marches, y recevra rapidement des troupes de Pologne ou de Silésie, de Magdehourg ou de Mayencc, cl il pourra contenir quelque temps, vaincre pcul-élre les ennemis à la sortie de la Bohême, permettre ainsi l'achèvement de l'œuvre de la Grande Armée de la Vistule.

Ainsi la France, couverte sur toutes ses cotes de camps défensifs, prépare dès ce printemps de 1807 les contingents de 1808, et, si la guerre se prolonge jusque-là, l'Empereur aura des soldats tout prêts, déjà exercés, j)our combler les vides que la victoire elle-même creuse dans les rangs de la Grande Armée. Ils n'auront qu'à se pousser, de mois en mois, de la Bretagne au Rhin sous Kellermann, du Bhin à PElho et à l'Oder sous Brune, pour se trouver transportés comme naturellement sur la Vistule et la frontière Russe. C'est le sang généreux de France qui passe à travers tous les corps de l'armée impériale pour les nourrir et sullire à la <1<'\<> rante pensée du conquérant.

La circulation établie du fond de Tltalic et de la côte atlan tique jusqu'à son quartier de Finkenstein, Napoléon détourne un moment tout son effort sur Danzig, dont la résistanc«>. autant que l'hiver, retarde sa marche sur la Russie, en entravant sa gauche. Dès le lendemain (Pl-'ylau, il avait résolu de l'enlever; car il avait senti le danger de ne pas l'avoir : si alors il n'avait pas été, par hasard, prévenu de la marche en avant de Bennigsen et s'il ne l'avait pas arrêté tout à coupen heurtant son flanc gauche, les Russes pouvaient atteindre hi Vistule inférieure et, appuyés sur Dan/.ig, mettre en j)éril toute la ligne française et inquiéter ses communications sur Berlin. C'est pourquoi il avait quitté Varsovie, s'était étabU à Finkenstein, avait resserré ses cantonnements vers la mer Baltique, au risque de dégarnir sa dmite et de laisser les Russes s'enfoncer en Galicic et lier leurs opérations avec l'Autriche si celle-ci entrait en ligne. Mieux valait se préoccuper d'un ennemi avoué comme l'Angleterre que d'un ennemi non déclaré comme l'Autriche. Aussi bien en eiïet l'Autricl-c ne bougea-t-elle pas.

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