‹ Études NapoléoniennesChapitre 60 sur 177 · NAPOLÉON A FINKENSTEIN. OPERATIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A FINKENSTEIN. OPERATIONS MILITAIRES

Au mois de mars, Napoléon décida le siège de Danzig et en confia le soin au maréchal Lefebvre, qu'il voulait avoir l'occasion de récompenser. Mais ses ennemis tenaient autant que lui à Danzig : à l'abri de ses murailles ils pouvaient effectuer un débarquement et pousser sur la gauche française une très redoutable attaque ; une dernière tentative anglo-suédoise sur la Vistule, combinée avec une offensive des Russes sur la Prégel, aurait mis peut-être Napoléon dans l'embarras. Les alliés ne s'entendirent pas, et ce malentendu acheva de compromettre l'alliance ; il y a peu d'amitiés, entre les peuples, comme entre les hommes, qui survivent ■aux revers ; ils préfèrent la communauté des victoires. Les Français purent conduire le siège de Danzig presque sans être dérangés.

La place était commandée par le feld-maréchal Kalkreuth. Sa défense s'appuyait surtout sur le fort de Weichselmuiïde, entre la ville et la mer, capable de couvrir un débarquement ou du moins de tenir à longue distance les lignes d'investissement. En fait, Danzig ne fut pas enfermé de ce côté par les assiégeants et resta en communication avec la haute mer. Comment les ennemis de Napoléon n'en ont-ils pas mieux profité ?

Aussi fallut-il de longs jours au maréchal Lefebvre pour s'approcher en bonne place pour l'assaut. Napoléon s'impatienta fréquemment, d'autant plus que le maréchal n'écrivait pas volontiers et que ses billets trop laconiques ne donnaient que des renseignements très incomplets. La tranchée fut commencée dans la nuit du i" au 2 avril. Le feu ne fut ouvert que le 23 avril, et de trop loin encore pour être bien efficace.

Alors enfin les ennemis firent une petite diversion, au commencement de mai, c'est-à-dire seulement près d'un mois après l'effort des Suédois sur la Peene. Etait-ce donc pour donner au maréchal Mortier le temps de venir de l'Oder à la Vistule."^ Le 12 mai, soixante petits bâtiments débarquèrent, à l'abri du fort de Weichselmunde, une petite armée de 8 à loooo hommes, commandée par le lieutenant général Kamenski, fils du feld-maréchal russe. A quoi pouvaient-ils

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être utiles ? Pas môme à retarder la prise de la ville. Ils ne purent même pas prendre position à Taise le long du rivage, Lannes rapprocha sa gauche, Mortier arriva de l'ouest avec toutes ses troupes : par mesure de précaution seulement, car le i5 mai la division Oudinot suffît à rejeter les Russes sous le feu du fort, après leur avoir fait i 3oo tués, i 5oo blessés et 200 prisonniers.

Quelques jours après, les Fran(;ais prirent encore le San/i- Peur, « belle corvette anglaise doublée en cuivre, de 2^ canons, montée par 1 20 Anglais, chargée de |)oudre et de boulets ». Lefebvre put achever tranquillement ses dernières approches. Bientôt la tranchée atteignit la villo. Quclcjues bombardements pratiquèrent les brèches nécessaires. L'assaut fut préparé. Le 21 mai, Kalkreuth demanda k capituler. Le vA) mai, les troupes du maréchal Lefebvre entrèrent {\ Danzig, et le lendemain le fort de ^^ eichsehnunde leur fut remis. KUes y trouvèrent de très abondantes ressources, 800 pièces de canons, de vastes magasins tout pleins, 5ooooo quintaux de grains, des caves immenses, de grands approvisionnements de drap et d'épicerie. Napoléon ne dédaigna pas ces richesses, ses soldats moins encore. Surtout il eut \h une place forte de premier ordre, soutenant sa gauche, comme Thorn couvrait son centre et Praga- Varsovie sa droite. Toute sa ligne de bataille était solidement formée, droit sur la frontière russe.

C'est pourquoi il donna un grand éclat à la publication de ce succès, — ses bulletins étaient un des éléments de sa stratégie, en exaltant ses victoires, atténuant ses échecs ; — dans le 77" bulletin de la (îrandc Armée, il fit, avec quelque complaisance, de la prise de Dan/ig, « le premier, le plus beau fruit de la victoire d'Eylau ». Lefebvre fut créé duc de Danzig ; des domaines furent mis en vente dans les pays do Parme et de IMaisance jKjur acheter h son intention, sur les bords de la Loire, de la Seine ou de la Saune, quelque propriété de 100000 francs de revenu, avec une belle habi tation. Les évoques reçurent Tordre de faire chanter le Te Dcum dans toute l'étendue de TLiupire. Et ce n'était que l'annonce d'exploits plus grands ; car la marche en avant

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était déblayée, l'herbe commençait à pousser. Il ne restait plus qu'à garnir les sacs, qu'à fourbir les armes sur tout le front de la Grande Armée.

Elle se trouvait, par l'achèvement des opérations le long de la Baltique, toute échelonnée le long de la Vistule, de Varsovie à Danzig, ses têtes de pont à Praga, Modlin (^aujourd'hui Novo-Georgievsk), Marienbourg, barrant toute la plaine depuis les dernières hauteurs du Lysa-gora polonais jusqu'à la côte, sa ligne creusée au centre, la pointe droite sensiblement recourbée au nord, et mobile, comme pour pénétrer le flanc de l'ennemi et le tenir à la merci de l'Empereur. Mortier en effet était à Dirschau, Lannes à Marienbourg,Bernadotte sur la basse Passarge, puis Soult à Lippstadt, Ney à Guttstadt, Davout à Allenstein ; enfin beaucoup plus loin à la droite, vers Ostrolenka, le V" corps, de Masséna. Le rôle de Masséna était particulièrement important et délicat ; il couvrait Varsovie, et ainsi devait occuper fortement les deux rives de la NarcAv en poussant ses reconnaissances jusqu'au lîug ; il devait aussi être sans cesse en mouvement, se déplacer en tous sens aux environs, pour inquiéter les Russes, les tenir en alarme, les empêcher de se dégarnir par là pour se masser sur la Vistule inférieure, puis, au signal, il devait foncer au nord, rabattre l'ennemi sur l'Aile et la Pregel, le livrer à Napoléon.

En attendant lé jour où cette épée, assujettie dans la main de l'Empereur avec tant de précision, pointera enfin sur la Russie, les dernières troupes appelées de l'ouest entrent dans les rangs, sont passées en revue à Elbing les unes après les autres, renouvellent chaque jour la joie comme enfantine qu'éprouve le maître à contempler sa force. Le 8 mai en particulier, il voit à Elbing 18000 hommes de cavalerie, « en très bon état, parfaitement dispos », et, ajoute-t-il, « c'est un des plus beaux coups d'œil qu'on puisse voir ». Il veille à tout d'ailleurs, et rien ne peut manquer qu'il ne le sache. Il reçoit le 21 mai du général Lacuée un état des dépôts de l'infanterie de l'armée de Naples et de la Grande Armée, après la levée de la conscription de 1808. Il y relève des erreurs : on a oublié le 3^ bataillon du 17*, qui est sur le

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Uhin ; le 7* de ligne n'est pas à la division Boudel, son A*^ bataillon est dans le Piémont, les 2 premiers î\ Braunau. Il manque 60 hommes au 2® cuirassiers, 20 au 3*, 25 au 20* dragons, 20 au iS' chasseurs, 5o au 2' hussards. Sauf cela et d'autres petites choses, « cet état est si bien fait qu'il se lit comme une belle pièce de poésie ».

Il réclame partout des munitions, des vivres. Il est rarement content, du moins le manifeste rarement ; il gronde sans cesse, presse les lenteurs, gourmande les erreurs ou les oublis, se plaint, traite avec dureté même ceux qui ont toute sa confiance, comme Daru auquel il écrit cette note vigoureuse : « Il n'y a pas un boisseau d'avoine à Marienwerder; il en faudrait 200000... Si ce n'avait été Elbing,^ je serais mort de faim. »

Après la prise de Danzig, les notes redoublent ; les courriers se pressent en tous sens dans les plaines enfin reverdies de la Prusse royale ; les olliciers d'état major sont sur les dents. Tout est prêt. On va partir le 10 juin, avec 1 4 jours de vivres, 4 dans les sacs, 10 sur les caissons.

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