I. Mémoires do Talle^rrand, I, p. 3ia
a. Gardcn, Recueil des traités, X, ^O"]. 3. Vandal, .\apoléon et Alrxandre, I, 47-
NAPOLÉON A FOKEÎJSTEIX. OPÉUATIONS DIPLOMATIQUES l5.'î
Le blocus continental ne l'effrayait pas encore beaucoup. C'est pourquoi elle ne mettait pas un grand zèle à secourir ses amis dans leur détresse, et la « grande expédition » destinée aux cotes de la Baltique ne quittait pas ses ports. Elle avait essayé, pendant que les alliés se débattaient en Pologne sous les coups de Napoléon et que Frédéric-Guillaume et la reine Louise de Prusse perdaient presque tous leurs Etats, presque réduits à demander asile à Alexandre I*"", de dicter des lois au sultan, d'enlever Constantinople ou l'Egypte, d'arrondir son empire colonial, de cueillir vite tous les fruits des victoires de Nelson. Elle avait misérablement échoué des deux côtés et y avait laissé quelque chose de son prestige. Pitt était mort.
Mais elle ouvrait moins libéralement son trésor aux alliés du continent et faisait beaucoup attendre les subsides convenus. Les modifications ministérielles lui paraissaient une excuse suffisante. Gela permettait à Napoléon de faire insérer au Moniteur^ ce récit évidemment arrangé. L'ambassadeur russe à Londres, M. d'/Vlopéus, s'en va trouver le nouveau chef du Foreign office, M. Ganning ; mais M. Ganning ne sait aucune langue étrangère; M. d'Alopéus ne sait pas l'anglais ; et ils n'ont pas d'interprète. Ils conviennent de s'entretenir en latin ; mais le latin ne se prononce pas à Saint-Pétersbourg comme à Oxford. M. d'Alo péus répète souvent un mot que M. Ganning ne comprend pas : Oroum ! Oroum ! L'ambassadeur s'impatiente et crie plus fort: Oroum I sans être mieux entendu. Enfin, à bout d'efforts, il retourne les goussets de son gilet pour montrer qu'ils sont vides, comme le trésor public de son pays. M. Ganning comprit enfin que le l\usse avait dit à sa façon le latin auram : il promit d'y songer.
Les alliés fondaient plus d'espérances sur l'intervention de r Vutriche : elle y mettait peu d'enthousiasme. Elle était lasse de payer toujours pour les autres. Depuis quinze ans, elle avait subi des désastres peu communs ; elle aimait le repos. Elle était alors comme frappée d'une crainte superstitieuse à