I. Vanilal. Xapoléon el Alexandre, I, i8-ao
a. Cf. I'. Bertrand : M. dcTallo}Tand, l'Autriche el la question d'Orionl CM i8o5. — lievue historique, jan\icr iSSy. 3. Vandal, .Xapoléon et Alexandre, I, a8.
NAPOLÉO?i A FmKENSTElN OPÉRATIO?fS DIPLOMATIQUES l55»
Si la Pologne devait être restaurée, l'Autriche n'y perdrait rien, elle obtiendrait quelque grosse compensation, la Silésie par exemple, toujours regrettée, ou la Serbie avec Belgrade, ou même les principa vîtes Moldo-Valaques. A elle de profiter des circonstances et des favorables dispositions de Napoléon.
Etait-il bien sincère, ou trompait-il à la fois Talleyrand et la cour de Vienne, afin de gagner du temps et d'éviter que cette cour ne « se déclarât » pour les alliés de Bartenstein ?" Cette dernière supposition n'est pas invraisemblable.
L'Autriche n'accepta pas l'alliance de Napoléon. Elle ne le pouvait pas. Et, pour être utile aux Prussiens et aux Busses, — car toutes ses sympathies étaient toujours de leur côté, — elle offrit aux belligérants sa médiation et la réunion d'un congrès général pour traiter de la paix. La Prusse et la Bussie aussitôt acceptèrent, et Napoléon y vit de la part du gouvernement autrichien une pensée hostile, celle de lui arracher la victoire où il se préparait, de sauver Danzig par un armistice, ou du moins de se créer une raison d'entrer dans la coalition si ses propositions pacifiques étaient reponssées. Napoléon, tout en regardant cette intervention comme « un malheur », ne voulut donner à l'Autriche aucun prétexte de rupture. Il accepta la proposition d'armistice, approuva fort l'idée d'un congrès, protesta hautement que personne plus que lui ne désirait la paix, que tous les peuples soupiraient après elle et qu'il était temps de leur donner satisfaction. Il avait un autre langage avec ïalleyrand et ses agents : qu'à tout prix il fallait empêcher l'Autriche de « bouger », faire semblant de vouloir lier système avec elle, lui laisser croire qu'elle tenait le sort de l'Europe dans sa main, prendre toujours avec l'empereur François P"", avec le comte de Stadion, avec le baron de Vincent, « le ton de la naïveté la plus moutonnière ». L'essentiel était de gagner du temps, de traîner en longueur les négociations préparatoires, de ne rien signer avant la prise^ de Danzig; et, pour cela, Talleyrand doit proposer l'admission au congrès de toutes les puissances alliées des deux partis, de l'Espagne par exemple, puis de la Turquie : cela
l56 L\ POLITIQUE ORIENTALE DE îfAPOLÉO^l
demanda quelques semaines. Comme le baron de Vincent s'impatientait, Tallcyrand lui expliqua que Tempereur NajX)léon était loin, difTicile à aborder, sans cesse à cheval, aujourd'hui ici, demain là-bas, sans qu'on sût le plus souvent où le pouvoir atteindre, qu'en de telles conditions les courriers restaient souvent en détresse. La Prusse et la Russie faisaient dans le même temps d'autres pmjxîsillons, parlaient de l'Angleterre, répugnaient à admettre aux négociations les représentants de la Turquie. Bref, on occupa l'Autriche tout le printemps ; elle n'en fut pas fâchée |)eutôtre, dispensée ainsi de prendre parti. On gagna la fin de mai, et Danzig fut enlevée ; on gagna le mois de juin, et la campagne de Friedland commença. Napoléon ne demandait sans doute pas d'autres résultats aux négociations engagées avec la cour de Vienne*.
D'ailleurs les événements qui se passaient alors à Constantinople et sur le Danube inférieur attiraient l'attention de cette cour et la distrayaient des affaires de la Vistule et de l'Elbe. L'occupation de la Moldavie par l'armée russe du général Michelson inquiétait l'Autriche sur les secrets desseins du gouvernement de Saint-Péterslx)urg. « L'Autriche et la France, disait Napoléon dans le 5o" Bulletin de la (irande Armée, sont également intéressées à ne pas voir la Moldavie, la Valachie, la Serbie, la Grèce, la Boumélie, TAnalolie devenir le jouet de l'ambition des Moscovites. » L'Angleterre avait le môme intérêt ; mais elle ne voulait pas alors le comprendre et elle faisait cause commune avec les Russes, en partie du reste pour les surveiller ; car ce n'est pas uniquement par esprit de solidarité avec eux qu'à l'occupation de Bucharest par les Russes elle répondit par le passage des Dardanelles et l'attaque de Constantinople.
Cette attaque échoua ; elle surexcita, grâce au zèle et à l'énergie de l'ambassadeur de France Sébastiani et des officier§ français, la colère des Turcs contre les \nglais et les Russes. Les Anglais furent chassés, repassèrent piteusement
I . Cf. sur toute* ces négociations : Correspondance fie Napoléon la juin, — 78" Bulletin de la Gramlf Vnm'o.
NAPOLÉON A FIINKENSTEIN. OPERATIONS DIPLOMATIQUES l57
les Dardanelles, se jetèrent le mois suivant sur l'Egypte, n'y furent pas beaucoup plus heureux.
Ces triomphes, dus en grande partie à l'alliance de la France, portèrent à son apogée l'influence du général Sébastiani à Constantinople. Le sultan lui prodigua pubUquement les marques de sa reconnaissance et de son amitié, lui donna l'ordre du Croissant, une maison de campagne à Therapia — confisquée, il est vrai, sur les biens de la famille du prince Ypsilanti, l'hospodar rebelle de la Moldavie ; — Sélim III fut particulièrement heureux de remettre lui-même, au nom de son puissant ami INapoléon, la grande décoration de la Légion d'honneur à l'ambassadeur de France. Comme le disaient méchamment les Anglais, Sébastiani est alors le grand-vizir du sultan Sélim.
Il ne se plaisait pourtant pas à Constantinople. Il y était même très malheureux. Il avait fait toute la campagne du Danube en i8o5 et avait été blessé à Austerlitz. Ses fonctions nouvelles l'avaient tenu éloigné d'Iéna, de toute la guerre de Prusse ; il avait la nostalgie de la Grande Armée. Presque dans chacune de ses lettres, il suppliait M. de Talleyrand d'obtenir son rappel, il suppliait l'Empereur de l'employer plus près de lui. De grandes douleurs privées achevèrent de lui faire prendre en haine le séjour de Constantinople. Il avait emmené M™" Sébastiani avec lui. Le i5 avril, elle accoucha d'une fille ; il en faisait part le jour même à Talleyrand, se rappelant que celui-ci avait contribué à son mariage avec M"'' de Coigny, et il le priait encore de favoriser son retour d'un pays qu'il avait « pris en aversion* ». On dirait un funèbre pressentiment. Trois semaines après, la jeune jnère fut emportée brusquement, le i5 mai, par une fièvre puerpérale. Le désespoir du général fut terrible. « J'espère, écrivait-il le lendemain à Talleyrand, que vous verserez une larme sur la mort de ma malheureuse Fanny. Vous avez contribué à mon bonheur, vous serez sensible à mon malheur trop aflreux. Arrachez-moi de cet horrible pays, mais de suite. » Il tomba bientôt dans un