I. Monitrur, 2O juin
^NAPOLÉON A FINKENSTEIN . OPÉRATIOS DIPLOMATIQUES l6l
Mais les Russes ne font pas beaucoup de progrès en avant de Bucharest. Michelson n'a que 25 ooo hommes ; la plus grande partie de ses troupes a été rappelée à l'armée de la Pologne. Pelivan-aga fait dans Ismaïl une résistance invincible, et toute la gauche des Russes s'en trouve arrêtée. Cependant tout le pays riverain du Danube est abominablement traité et l'état de guerre paraît autoriser tous les excès. Les lenteurs et l'impuissance des Russes, l'insuffisance remuante d'Ypsilanti, les misères de cette situation qui dure depuis le commencement de l'hiver et ne paraît pas près de finir, lassent les chrétiens de la Valachie, retombés des plus enthousiastes espérances à la perspective du retour des Turcs. Et ceux qui ont répondu aux appels de Michelson lui adressent des plaintes amères : « Nos pères nous avaient bien dit que nous ne pouvions jamais être entre vos mains que des instruments qu'on sacrifie aux moindres convenances. Heureux ceux qui sont restés fidèles * ! »
Les Russes en sont à redouter l'arrivée prochaine de l'armée turque du grand-vizir, dont on annonce depuis plusieurs mois le départ de Gonstanlinople et dont les préparatifs ont été très longs. Michelson espère le retarder encore par des ouvertures pacifiques. Il écrit au pacha de Routchouk que la Russie n'est pas en guerre avec la Porte, — c'est ce qu'il avait déclaré depuis son entrée en Moldavie, — qu'il évacuera bientôt Bucharest, et le pacha lui répond avec crânerie : « Tu n'es pas en guerre avec la Sublime Porte, et tu as envahi ses États. Tu n'es pas en guerre avec la Sublime Porte et tu assièges ses places fortes ; tu as pris Choczim, Bender, égorgé les musulmans qui s'y trouvaient renfermés. Nous savions que les Russes étaient nos ennemis, nous les savions braves, mais non pas hypocrites à ce point. Cesse de feindre, fuis, mais ne te déshonore pas par de vils mensonges et par des subterfuges inutiles. Au reste, si tu n'es pas notre ennemi, retourne au delà du Dniestr ; rends-nous nos places fortes
I . Cf. Boppe : La mission de l'adjudant commandant Mcriage à Widdîn, 1807- 1809. — Annales de l'Ecole libre des sciences politiques, i5 avril 1886. — Cf. encore Archives Nationales, AF, IV, i()86 : lettres des bords du Danube.
Driault. — Napoléon. n
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et cesse de susciter des rébellions dans notre pays. » Le pacha Mustapha avait raison. Mais il dépensa presque toute son énergie en ces nobles paroles.
En vérité, il semble bien que si les Turcs avaient agi euxmêmes vigoureusement, ils auraient causé aux Husscs d'autres ennuis. En avril, leur plan de campagne est redoutable, Sébastian! y a travaillé, et le capiUaine Boulin en rappelle de temps en temps les divers points au grand-vizir. Leur centre, — 3oooo hommes de troupes régulières disciplinées à la prussienne, 3 600 janissaires venus de Conslantinople et i3ooo honmies de réserve, — est à Roulchouk et Nicopolis, quartier général du grand vizir. L^aile gauche sous Suleïmanpacha, avec 60000 hommes, s'étend versSmerdan et Ariezj». L'aile droite, 20000 hommes de troupes choisies, sous Agapacha, est à Silislrie et appuie lentement le long du Danube, pour gagner Ismaïl, rejoindre Pclivan aga, et de là, suivie dans son mouvement par toute l'armée turque, clic doit [)ercer la ligne des Kusses sur leur gauche, et, s'ils ne reculent, couper leurs communications avec leur frontière. Leur armée sera détruite; au moins la Molda>ie sera d'un coup reconquise.
Le plan est bon. L'esprit qui règne dans les proclamation» oQicielles du sultan Sélim h ses pachas est encore meilleur'. Il veut porter à son maximum d'intensité l'ardeur guerrière de tous les musulmans, par la promesse de la victoire: « Mes intrépides commandants des places limitrophes n'ont pas cessé de fondre sur les Russes, et Dieu merci, chaque fois ceux-ci ont été terrassés ; chaque fois ils ont perdu tètes, prisonniers, artilleurs et munitions. Mon camp inq>érial va s'ébranler et gagner en toute diligence sa première station dans la plaine de Davoud-jwchané, d'où il prendra le chemin de la victoire. Car la Sublime Porte étant la cour de Mahomet, il n'y a point de doute qu'elle n'ait la même durée que le monde, qu'elle n'existe jusqu'au jugement dernier. »
Le grand-vizir ne fit rien pour atteindre un pareil but. 11 se heurta aux mauvaises dispositions et aux rivalités des