‹ Études NapoléoniennesChapitre 72 sur 177 · LE TRAITÉ DE FINKENSTEIN I-JI · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE FINKENSTEIN I-JI

«vec raison de redoutables dangers pour lui-même ; il lui importait extrêmement que le Caucase fût pour ses ambitieux voisins une barrière infranchissable, et dès lors la lutte •était ouverte entre les généraux russes et persans.

En 1795, Mohammed-Khan, schah de Perse, envahit la Géorgie, vainquit Héraclius, prit et pilla Tiflis, emmena en ■captivité un grand nombre des habitants (1795). La mort de Catherine II en 1 796 empêcha les Russes de venger leur protégé.

En i8o3, le tsar Alexandre r'"" reprit la question de la Géorgie, et résolut d'y établir solidement la domination russe. L'instant est grave : c'est la première fois que la politique des tsars franchit le Caucase et entreprend cette percée vers FOcéan Indien où elle devait au xix" siècle faire tant de progrès. La résistance des Persans y fut longue, non parce qu'ils étaient forts, mais parce que la Russie était occupée en même temps des affaires de l'Europe occidentale •et entrait alors dans la troisième coalition contre Napoléon. La guerre commencée en i8o3 ne fut poursuivie que mollement, coupée de trêves de plusieurs mois, dont le nouveau schah Feth Ali ne sut pas profiter, parce que son armée n'avait pas de valeur. Il avait envoyé contre les généraux russes son fils et héritier présomptif, Abbas-Mirza, qui se fit battre à Askéran, le 26 juin 1806, et perdit Bakou et tout le Daghestan.

La Perse n'en maintenait pas moins énergiquement ses droits sur la Géorgie, sur tout le bassin de la Koura, voulait la limite du Caucase, sentait, peut-être, qu'il y allait de son indépendance même.

Le prince Abbas-Mirza, quelques mois plus tard, exposait ainsi la question à Napoléon * :

« Les Russes ont débité d'avoir acheté la province de Géorgie et la ville de Guengé des enfants d'Erglé-Khan (Héraclius) et de Djoad-Khan, gouverneur de cette dernière, et qu'ils n'avaient pris les armes que pour y maintenir leurs

I. AfTalres étrangères, Correspondance de Perse, décembre 1807 Abbas-Mirza à Napoléon.

droits. Or il y a deux choses à observer ici : l' il est absolument faux que ces pays leur aient été vendus ; 2° cette vente, fut-elle même réelle, n'en est pas moins illégale et contraire aux usages établis, puisqu'il est évident à tout esprit judicieux qu'un terrain ne peut être vendu que par le propriétaire légitime et non par le cultivateur, et que le troupeau ne dépend que de celui à qui il appartient, et non du berger. — Indépendamment de celte considération il liuit remarquer encore que toute vente suppose nécessairement un prix ou une contre-valeur. Or il est notoire que le sevd prix qu'aient perçu les enfants d'Erglé-Khan et Djoad-khan pour cette prétendue vente qu'on leur attribue, c'est la mort de Taîné des dits princes, nommé Cîurgiu-khan, qui a succombé aux chagrins que les Busses lui ont causés, celle de Djond-Khan qui a misérablement péri sous leurs poignards homicides, et la dispersion du reste des enfants d'Erglé-Khan, dont plusieurs se trouvent prisonniers en Moscovic et les autres dépouillés de leurs biens, persécutés «>t sans espoir, réfugiés en notre cour. »

iCela n'est d'ailleurs qu'une des pièces du procès, qu'il n'est point ici question d'instruire.

Feth-.Vli demanda d'abord du secours aux Anglais et s'adressa au gouverneur de l'Inde, lord Minto; il reçut à Téhéran Sir John Malcolm, qui, au nom du gouverneur, exigea, en échange de son appui, l'île de Kharek et les ports du golfe Persique. C'est encore le début d'une politique que l'Angleterre a poursuivie depuis. Le schah trouva ces exigences excessives ; d'ailleurs l'alliance de la Russie et de l'Angleterre contre la France renversa cette combinaison du gouvernement de Téhéran.

Le schah de Perse alors rechercha le secours de Napoléon. En décembre i8o4, il lui écrivit : « Le tsar de Russie n'a pas fait réflexion qu'un moineau ne saurait établir sa demeure dans le nid d'un faucon, et que la tanière du lion ne |)eut pas être une retraite paisible pour une ga/.cllc'. » De grandes batailles, ajoutait-il, ont été engagées : « Nos braves troupes,

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