‹ Études NapoléoniennesChapitre 85 sur 177 · I. S. Tatislcbef, Alexandre /<"■ et Napoléon, p. i44, note · texte numérisé non relu

I. S. Tatislcbef, Alexandre /<"■ et Napoléon, p. i44, note

204 LA POLITIQUE ORIE?ITALE DE HAPOLÉO!»!

était sincère quand il parlait de régénérer TOrienl. Mais surtout il voulait gagner le jeune tsar ; il voulait Tattacher à sa fortune ; il voulait le tenir par la perspective des plus brillantes conquêtes. Il lui montrait Sainte-Sophie au bout de la voie où il voulait l'entraîner avec lui ; mais il ne l'y conduirait pas aussitôt : il fallait que la Russie donnAt des gages incontestables d'amitié ; il fallait qu'elle méritAt cette merveilleuse récompense. Le tsar et ses conseillers avaient méconnu la valeur de Talliance française ; on leur en disait le prix ; à eux de se décider ; à eux de comparer les déboires de leur politique précédente avec les profils qu'une autre politique leur réservait.

Napoléon avait connu la révolution de Constaiitiimplc dans les derniers jours de juin ; il l'avait apprise par la voie de son ambassadeur à Vienne. Il en ignora d'abord le caractère exact, l'attribua à l>on droit, en sa |)ensée, à des querelles intérieures, pensa qu'elle ne modifierait en rien la politique de la Porte h son égard. C'est pourquoi il n'en parla point tout de suite au tsar ; il était encore obligé à la réserve.

Les premières dé|)éches de Sébastiani l'irritèrent, tout en lui fournissant le prétexte dont il avait besoin pour se délier de ses engagements avec la I\)rte : la Hévolulion avait été accueillie avec enthousiasme par tous les ennemis de l'influence française en Turquie ; les Français en maints endroits avaient été insultés ; le nouveau sultan avait néglige (le faire connaître son avènement à l'ambassadeur de France, lui reprochant sans doute l'amitié particulière dont Sélim l'avait honoré ; sur la demande de Sélim, quelques centaines de canonniers étaient en roule de Dnimalie à Conslanlinoplc ; le nouveau gouvernement les avait invités à retourner sur leurs pas, et ils avaient été l'objet, au milieu des provinces turques, de quelques mauvais procédés. Cela ne prouvait pas évidenmient de mauvaises dis|X)sitions de la Porte à l'égard de la France ; car ces manifestations étaient le résultat naturel du fanatisme excité en général contre tous les chrétiens. Mais Napoléon était en droit de s'en inquiéter. Il était en droit du moins de constater qu'il ne pouvait faire

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fond sur l'alliance ottomane et qu'elle n'était plus pour être mise en balance, dans ses conceptions, avec l'alliance russe qui maintenatit s'offrait.

Un jour qu'à ïilsit il passait avec Alexandre une revue de troupes, il reçut des dépêches de Constantinople et les montra à son nouvel ami : « Voilà, dit-il, un décret de la Providence, qui me dit que l'empire turc ne peut plus exister. »^ Et ce soir-là, ils causèrent longuement de Constantinople et des grandes choses qu'un jour ils y pourraient accomplir. Alexandre fut définitivement conquis : la question de Constantinople était posée et il ne pouvait la résoudre sans Napoléon. Il se donna de tout cœur d'abord à l'alliance française. L'œuvre de séduction entreprise par Napoléon était achevée.

On a fixé à cette confidence théâtrale de l'Empereur le moment précis du revirement de sa politique. On a dit : avant ce moment, il ne voulait pas entrer dans la voie du partage turc ; à partir de ce moment, il y fut décidé^.

Il est bien difficile d'admettre que Napoléon ait bouleversé aussi complètement tous ses plans, qu'après avoir éloquemment dénoncé les dangers de la barbarie russe, il se soit tout d'un coup, sur une dépêche d'un ambassadeur, résolu à lui livrer une part de l'Orient, le chemin de la Méditerranée. Ce serait lui attribuer un tempérament politique singulièrement capricieux, ou une étrange facilité à donner son amitié à un ennemi jusque-là acharné ; ce serait affirmer qu'en quelques heures il a été aveuglé, séduit par les gracieuses manières de son interlocuteur. Napoléon ne paraît pas avoir été si facile à séduire par qui que ce fût.

Bien plutôt, la scène du « décret de la Providence » a tous les caractères d'une scène arrangée. Il savait admirablement ménager ces coups de théâtre pour forcer l'intérêt. Il sentait évidemment chez le tsar une défiance naturelle à l'égard de toutes ses alléchantes promesses sur l'Orient : il avait lié partie avec le sultan, obtenu à Constantinople d'éclatants

I. A. Vandal, Napoléon et Alexandre I^'', I, ch. Ie^ p. 78. a. A. Vandal, lac. cit. — E. Bourgeois, II, aga-SoQ.

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succès sur Tinfluence russe, et, soudain, il abandonnait le sultan, il reniait toute sa politique antérieure? Alexandre I"n'y pouvait pas croire. — Il y crut quand il sut la chute de Sélim, quand il entendit Napoléon s'irriter, avec plus de violence que de sincérité, des événements de Constantinople. Il crut qu'en eflct Napoléon rompait définitivement avec la Porte, et il prêta l'oreille alors volontiers à ses beaux projets sur le partage de l'empire ottoman, sur la nécessité de refouler « la barbarie turque » en Asie. C'est le tsar qui ainsi fut séduit, conquis à l'alliance française, et Napoléon fut si convaincant qu'après Alexandre, les historiens ont cru qu'en effet il avait résolu dès lors de partager la Turquie entre la France et la Hussie.

Le tsar eût voulu tout de suite sortir des généralités cl préciser les termes de la politique que lui pro|K)sait l'Empereur. Napoléon s'y refusa. Le moment n'en était pas encore venu. Il avait beaucoup d'autres choses à régler, qui ne lui auraient pas laissé une sullisante liberté d'action en Orient. Il fallait d'abord organiser l'Europe nouvelle, telle qu'elle résultait de la défaite de la Prusse ; il fallait donner une constitution h l'Allemagne, au grand-duché de Varsovie. Il ({illait achever la formation du royaume de Naples. Il fallait surveiller l'application du blocus continental, sur toutes les côtes de l'Europe, entraîner l'Autriche, le Danemark, la Suède, le Portugal, l'Espagne, dans ce système. Il fallait voir l'accueil que ferait l'Angleterre à ces menaces suprêmes.

En vérité, si Alexandre, en entrant dans l'alliance de Napoléon, songeait surtout à la Turquie, Naj)oléon, en l'attirant h lui, songeait davantage à l'Angleterre. Leurs intérêts n'étaient pas les mêmes, et ce fut le germe de leur mésintelligence future.

Napoléon voulait abattre TAnglelerre, et c'était pour lui la politique la plus pressante, la politique de nécessité. Constan linople ne représentait encore que la politique de magnificence. Les circonstances firent qu'elle ne fut jamais pour lui que la part du rêve ; d'autres soins, dont l'Angleterre fut l'essentiel objet, le détournèrent toujours de cette féerie.

C'est pourquoi il accabla son nouvel allié de promesses ;

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