‹ Études NapoléoniennesChapitre 86 sur 177 · LE TRAITE DE TILSIT 2O · texte numérisé non relu

LE TRAITE DE TILSIT 2O

il consentit même à leur donner la forme d'engagements concrets ; mais il en remit la réalisation à Tavenir. C'est pourquoi les principaux articles du traité de Tilsit, en dépit des plans de Hardenberg, intéressent surtout la condition nouvelle de la Prusse'. Le rétablissement de Frédéric-GuillaumelII fut le premier gage de l'amitié de Napoléon pour Alexandre; du moins Napoléon le présenta ainsi ; et il fut bien entendu, en l'article 4 du traité patent, que c'était « par égard pour S. M. l'empereur de toutes les Russies, et pour lui donner une preuve de son désir sincère d'unir les deux nations par les liens d'une confiance et d'une amitié inaltérables, que S. M. l'empereur Napoléon consentait à restituer à S. M. le roi de Prusse, allié de S. M. l'empereur de toutes les Russies, la plupart de ses provinces ». L'empereur Alexandre devait déjà s'estimer heureux que les batailles d'Iéna et de Friedland n'eussent pas d'autres suites.

Mais il convient d'analyser avec quelque précision les clauses des traités de Tilsit qui intéressent la Turquie. Elles sont renfermées, les unes dans le traité patent, les autres dans les articles séparés et secrets, les plus importants dans le traité d'alliance.

L'article 21 du traité patent stipule la cessation immédiate de toutes les hostilités sur terre et sur mer entre les forces de S. M. l'empereur de toutes les Russies et celles de Sa Hautesse le sultan. — Par l'article 22, les troupes russes se retireront des provinces de Valachie et de Moldavie ; mais les dites provinces ne pourront être occupées par les troupes de Sa Hautesse jusqu'à l'échange des ratifications du futur traité de paix définitive entre la Russie et la Porte ottomane. — Par l'article 23, S. M. l'empereur de toutes les Russies accepte la médiation de S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, à l'effet de négocier et conclure une paix avantageuse et honorable aux deux Empires. — L'article 2/» établit qu'une convention spéciale fixera les délais dans lesquels les Hautes Parties Contractantes devront retirer leurs troupes des lieux

1. Cf. les traités de Tilsit, dans A. Vandal, Napoléon et Alexandre /"r^ appendice t.

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qu'elles doivent quitter en conséquence des stipulations cidessus, ainsi que le mode d'exécution des diverses clauses que contient le présent traité.

Tout cela était absolument correct de la part de Napoléon. Il faisait profiter la Turcjuie de la paix. Certes il ne lui assurait point la restitution de la Crimée, de toutes les côtes de la mer Noire, conmie il le lui avait maintes fois fait espérer dans sa correspondance avec Sélim. Mais vraiment la Porto avait si peu contribué à la paix qu'elle n'était pas en droit de le lui reprocher. Il lui faisait rendre les provinces qu'elle avait perdues : c'était le fait d'un allié dévoué. Il est vrai que, de vive voix — et Alexandre ne l'oubliera |>oinl — , Napoléon lui avait fait entendre qu'il n'insisterait pas pour l'évacuation réelle de la Moldavie et de la Nalachie par les troupes russes; mais la Porte ne le sut point ; cela ne fut point écrit, et Napoléon refusa longtemps de connaître autre chose que la lettre du traité. Ces articles patents pouvaient être communiqués à la Porte ; elle n'aurait pas à s'en plaindre. Elle avait intérêt à demeurer dans l'alliance française ; à la renier, elle eût risqué de perdre tout à fait ce que le traité lui rendait.

Les deux premiers articles « séparés et secrets » sont ainsi rédigés : Les troupes russes remettront aux trou|>es françaises le pays connu sous le nom de Cattaro. — Les Sept-Iles seront possédées en toute propriété et souveraineté par S. M. l'empereur Napoléon.

Sébastiani reçut l'ordre de ne pas les faire connaître à la Porte', car elle n'aurait pas manqué d'en témoigner de l'étonnement. Les Sept-Iles Ioniennes formaient depuis i8oi une République soimiise au protectorat collectif de la Porte et de la Russie. Le sultan n'eût point été satisfait que sa part de suzeraineté lui fiU enlevée, sans qu'il eiU été admis aux négociations ; il eût pu s'inquiéter de cet établissement de la France sur les côtes de la péninsule des Balkans, quand déjà elle était installée en Dalmatie, et que d'aucuns y voyaient do sa part la volonté d'intervenir dans les destinées de l'empire

I. Aff. étr. Corresp. de Turquie, Talleyrand à Sébastian!, g juillet

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