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A. Vandal, Napoléon et Alexandre l", I. iio

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robllgèrent à aller plus loin qu'il ne voulait en ce sens. C'est aussi qu'il tenait à surveiller ses agissements dans les Balkans et que le meilleur moyen de les surveiller, c'était de sembler y aider. Partenaire d'Alexandre, Napoléon connaissait son jeu.

Napoléon avait même de bons atouts. Si l'armée russe tenait la plus grande partie de la Moldavie et de la Valachie, — que d'ailleurs elle s'engageait à évacuer — , Napoléon avait la Dalmatie en toute souveraineté ; il allait occuper les bouclies de Cattaro et les îles Ioniennes, aussi en toute souveraineté. Ce pouvait être sur la côte occidentale une excellente base d'opérations dans la péninsule des Balkans. Elle pouvait être utile pour contenir la descente des Russes au Danube inférieur. L'empereur Alexandre se persuadait que c'était seulement pour Napoléon le moyen d'aider la Russie à partager l'empire ottoman tout entier quand le moment en serait venu, et il ne s'étonnait point des armements et des vivres que son allié enttissait dans Corfou, de l'activité qu'il exigeait de Marmont dans son gouvernement de Dalmutie. C'était en cfTet le double intérêt de ces |)ossessions françaises de l'Adriatique, et l'attention de Napoléon y était toujours en éveil.

Dès le 8 juillet, de Tilsit, il écrivait à Marmont' de lui « faire connaître, par des ofTicicrs silrs, géograpbiquement et administratlvemcnt, ce qu'il pourrait se procurer sur la Bosnie, la Macédoine, la Thrace, l'Albanie, etc. ; quelle j)opidation turque, quelle population grecque ; quelles ressource» ces pays offriraient en habillements, vins, argent; enfin quel revenu on en {x>urrait tirer tout de suite, au moment de l'occupation ». Il demandait encore au duc de Raguse un mémoire militaire : « Si deux armées entraient i\ la fois, l'une par Cattaro et la Dalmatie dans la Bosnie, l'autre par Corfou, quelles devraient être les forces de toutes armes pour être certain delà réussite ? Quelle espèce d'arme serait la plus avantageuse.^ Comment passerait l'arlillerie.'' Comment se

I. A. Vandal, \apoléon cl Alexandre /"". I. 76, noie. — Voyagea du eue de Roriiife, II, 889.

LE TUAITÉ DE TILSIT 2l3

recruterait-on ? Quel serait le meilleur temps pour agir ? ' » Le Moniteur du i" août 1807, d'après une correspondance de Spalato, disait Fétat des routes construites ou commencées par Marmont en Dalmatie. Tous les petits ports do la côte, de Raguse à Zara, Makarska, Spalato, Sebenico, étaient réunis aux gros bourgs de l'intérieur par des chemins qui pouvaient être autant de routes d'invasion en Bosnie : « Le dernier cliemin qui, sortant des portes de Sebenico, s'étend sur la rive gauche de la Kerka et de la Cikola vers Demis, va doubler la pente diiïicile, au nord-ouest des monts Taxtares, tantôt flanqué par des murs très élevés, tantôt soutenu par des arcades qui coupent la chaîne calcaire de ces montagnes escarpées. Il nous rappelle la hardiesse et la solidité des anciens chemins des Romains, dont les légions, comme les nôtres, savaient pendant la paix travailler au bonheur des nations. »

Napoléon occupait donc, dans les parages des Balkans, des positions telles que rien ne s'y pouvait faire sans sa permission, et que, s'il était obligé de partager les idées de l'empereur, ou si l'Angleterre lui en laissait le loisir, il pourrait faire valoir les avantages de la France et défendre ses intérêts en Orient.

A cette politique nouvelle de la France et de la Russie, il fallait des hommes nouveaux. M. de Talleyrand céda, au mois d'août 1807, le ministère des relations extérieures à M. de Champagny pour devenir vice-grand électeur. M. de Talleyrand, toujours fidèle aux traditions de l'ancien régime, n'approuvait pas en sa conscience les ambitions impériales sur l'empire ottoman, l'alliance avec la Russie, la gigantesque entreprise du blocus continental contre l'Angleterre. Il augurait de tout cela des complications auxquelles le génie même de Napoléon ne suffirait pas. Dans le même temps, à Saint-Pétersbourg, le baron de Budberg, l'homme de la politique anlifrançaise, de l'alliance avec la Prusse, l'Autriche, l'Angleterre, cédait la place au comte

I. Bignon, Histoire de France depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsit, tome VI, p. 343-3/i4- — Voyages du duc de Raguse, II, 889.

2l4 LA POLITIQUE ORIENTALE DE NAPOLÉON

de Roumiantzov, un « oriental », fils d'un général de Catherine II, qui avait vaillamment combattu contre les Turcs avec Souvarov, un dévot du « projet grec ». « Le comte de Roumiantzov, dit Talleyrand, voyait dans la destruction de Tempire ottoman un trophée de famille ; il voulait consommer le grand œuvre commencé par son père ' » ,

Alexandre et Roumiantzov, conscients du peu d'avantages positifs que le traité de Tilsit assurait à la Russie, allaient s'eCforcer d'en « faire suer » tout ce qu'il renfermait sous forme de promesses. Napoléon allait avoir beaucoup de peine à contenir leur impatience avide. C'est toute l'histoire des derniers mois de l'année 1807.

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