Id.,id., Sébastiani à Talleyrand, 17 juin
222 LA POLITIQUE ORIETtTALE DE 7IAPOLÉO.N
leur laissassent aucune espérance d'accord avec la Porte. D les rédigea lui-même avec le muphli. A Sir Paget, il était déclaré qu'il ne serait pas reçu par le sultan avant Tévacua tion de l'Egypte et de toutes les stations occupées par les Anglais en deçà de Malte, que d'ailleurs tous arrangements ne pouvaient être discutés par la Turtpiie que conjointement avec la France. Pozzo di Borgo reçut une déclaration encore plus vigoureuse : « La Sublime Porte aimerait mieux s'ensevelir sous les ruines de la patrie que de conclure encore des traités semblables à ceux qui lui ont été jusqu'ici extorqués par la violence. En conséquence, elle exigeait que la Russie ne se mêlât plus de l'administration de la Moldavie et de la Valachie, ni des affaires de commerce ou de culte des sujets rayas du sultan, en un mot d'aucune des aflaires intérieures de la Turquie, qu'elle restituât la partie usurpée de la Géorgie, qu'elle évacuât la République des Sept-Iles', »
l^a Porte faisait donc preuve des meilleures dispositions à l'égard de la France. Mais elle voulait être rassurée sur les intentions de Napoléon. Sébastiani donnait les meilleures paroles. Cependant il craignait de prendre des engagements qui seraient ensuite désavoués. Il se plaignait de n'avoir pas de nouvelles : « Le manque de lumières, écrivait-il à Talleyrand, me met dans une |X)sition dont Votre Excellence concevra facilement le désagrément et redouble le désir que j'ai de quitter le pays'. » En même temps il donnait de bons renseignements sur le nouveau gouvernement : « Sultan Mustapha admire 8a Majesté. Sultan Sélim est bien portant ; il est souvent consulté par le nouveau sultan ; il est résigné, et même il s'applaudit de ne plus être à la tête des aflaires*. »
Tous les nuages qui s'étaient formés entre la France et la Turquie, lors de la Révolution de mai, étaient donc dissij)és par la bonne volonté de la Turquie. Le 26 juin, le reis-effendi adressaitàTalleyrand les lettres les plusamicales; il espérait que les liens déjà formés entre les deux nations alliées se resser-
I. AIT. étrangères. Corr. de Turquie, aSjuin, Sébasliaoik Talleyrand. 3. !<{., id., Sébastiani h Tallcyrand, a5 juillet. 3. Id., id., Sébastiani à Tallevrand, a5 juillet.
reraient désormais, il affirmait que c'était le plus sincère ■désir de la Porte.
Ces lettres se «roisèrent avec une correspondance de Tal- Jeyrand en date de Tilsit. Le ministre annonçait à Sébastiani la signature de l'armistice entre la France et la Russie ; il promettait que, si des négociations s'ouvraient pour une paix •définitive, les intérêts de la Porte seraient sauvegardés ; il faisait allusion à de vagues nouvelles qu'il venait de recevoir par Widdin sur des troubles arrivés à Constantinople. Il communiquait aussi la nouvelle de l'armistice au grand-vizir, lui promettait aussi de défendre les intérêts de la Turquie, mais laissait entendre que le gouvernement français n'était obligé à rien, qu'il avait les mains libres, que le ministre ottoman envoyé auprès de l'empereur Napoléon avait refusé de rien conclure, que la Porte donc ne pouvait rien exiger.
L'ambassadeur ottoman envoyé extraordinairement par la Porte au quartier général de Napoléon, Vahid-effendi, fut prévenu très tard des résultats des négociations de ïilsit. En vérité, il ne fut pas prévenu du tout et apprit les événements par la rumeur publique. Le 12 juillet, trois jours après la signature des traités définitifs, il écrit à Talleyrand'. Il se plaint de n'avoir pas été informé de la conclusion de l'armistice ; il proteste contre toute paix séparée, qui serait une violation des engagements pris par le gouvernement français à l'égard de la Porte; il voulait voir l'Empereur; on l'a prié de l'attendre à Varsovie ; or il vient d'apprendre son départ précipité pour Dresde : « Il est évident, ajoute-t-il, qu'il est tout à fait insignifiant que je reste seul à Varsovie. » Et il <lemande où il doit aller résider, puisqu'il est accrédité auprès de la personne de S. M. l'empereur Napoléon.
Talleyrand lui répondit de Dresde la lettre suivante, singulièrement insuffisante à renseigner l'ambassadeur sur ce qui l'intéressait le plus : « Je présume que l'intention de Votre Excellence est d'attendre à Varsovie les instructions de son gouvernement ; il me sera personnellement agréable que •ces instructions me procurent l'avantage de la revoir ; j'al-