‹ Études NapoléoniennesChapitre 92 sur 177 · I. Gorr. de Turquie, Vahid-effendi à Talleyrand, 12 juillet · texte numérisé non relu

I. Gorr. de Turquie, Vahid-effendi à Talleyrand, 12 juillet

tache trop de prix aux relations que j'ai eues avec Votre Excellence pour ne pas en désirer la continuation. »

Le langage diplomatique est fait d'exquises formules ; on se demande pourtant si celles-ci ne sont pas mêlées de quelque ironie; aussi bien Talleyrand n'en était-il pas incapable. Cela le dispensait de donner au minishe turc des explications qui n'auraient pas manqué dètrc embarrassantes.

A la lettre qui annonçait à la Porte la signature de l'armistice franco-russe, le reis-effendi répondit aussitôt qu'il acceptait aussi l'armistice on principe pour les troupes turques du Danube'. II exprimait res|x>ir que, quand même Vahid-eflcndi n'aurait pas encore achevé le traité direct entre la France et la Turquie, il serait admis au congrès de la paix et pourrait mener ensemble Tœuvre du traité d'alliance avec la France et de la paix gêné raie. Le sultan, à la même date du 22 juillet, donnait des assurances de même nature, affirmait sa foi dans les bons offices de rcmpereur Napoléon pour garantir Tintégrilé de la Sublime Porte, exprimait la conviction « qu'une déviation quelconque de la grande voie de l'alliance serait à jamais impossible ».

On le voit, sauf quelque manque d'égards dans les premiers jours qui suivirent la révolution, la conduite du nouveau gouvernement ottoman à l'égard de la France était aussi correcte que possible.

Sébastiani lui-même en témoignait toujours dans les termes les plus précis. La Porte lui paraissait excellemment disjK)sée, même à prendre contre le commerce anglais des mesures de prohibition absolue. Mais elle manifestait ses inquiétudes sur les négociations de Tilsit, cherchait h s'éclairer auprès de l'ambassadeur français. Il était incapable de rien dire, même de maintenir les assurances formelles de sa note du i/j juin; il « marchait à tâtons... » — « Depuis que je suis {\ Constantinople, écrivait-il à Talleyrand le 18 juillet, je me suis trouvé quelquefois dans des situations difficiles ; jamais

I. AfT. élr. C.orr. de Turquie, Méltémet-Saïd-Ilalet ii Tallc)rand. 5 «oiil 1807.

LA POUTi; ET LE TRAITÉ DE TILSIT 225

aucune ne m'a été aussi pénible que celle-ci. J'ai l'air d'avoir trompé ce gouvernement et de vouloir le tromper encore*. »

Cependant quelques bruits commençaient à percer au sujet des conditions de la paix, assez précis à la fois et assez vagues pour autoriser ces inquiétudes. Le 22 août, Vahid eflendi, installé pour quelque temps à Vienne, en attendant un poste fixe, renouvelle ses protestations auprès de Talleyrand : « L'avènement du nouveau sultan, écrit-il, étant d'ordre intérieur, ne peut influer sur les relations extérieures de la Turquie ; le nouveau sultan est décidé à conserver et à fortifier les liens que son prédécesseur a contractés avec la France, à continuer avec vigueur la guerre contre la Russie et l'Angleterre, à ne faire aucune paix séparée avec l'une ou l'autre-. » Il rappelle les promesses maintes fois consenties par le gouvernement français, notamment au sujet de l'abolition des clauses du traité de 177/i qui portent atteinte à l'indépendance et à la liberté de la Sublime Porte ; et il demande en quel lieu il doit se rendre pour prendre part au congrès général de la paix ; car il n'admet pas qu'on puisse s'y passer de sa présence. Ce personnage était, six semaines a[)rès la paix, singulièrement ignorant ; ou, sans doute, il luisait l'ignorant, ce qui lui permettait derenouveler les engagements échangés entre son gouvernement et celui de la France. Cela n'était point dépourvu d'habileté spirituelle, sans aucune chance de sanction d'ailleurs.

Peu à peu la nouvelle de la paix gagnait, à travers l'Autriche, les provinces turques des bords du Danube. Comme ou en ignorait les termes, on les inventait, et l'imagination dans cette voie allait aussitôt très loin. On parlait, en Bosnie, d'un démembrement complet de l'empire ottoman : la Bosnie et l'Herzégovine seraient jointes à la Dalmatie ; la Morée serait annexée au royaume d'Italie qui s'appellerait le royaume de l'Adriatique; la Serbie reviendrait à l'Autriche, la Moldavie et la Valachie à la Russie*. Déjà on

I. Aff. étr. Corr. de Turquie, Sébastian! à Tallcyrand, 18 juillet.

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